10ème anniversaire de la conférence de Berlin sur l’antisémitisme (Berlin, 13/11/2014)

Intervention de M. Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des affaires européennes

Monsieur le Ministre, Cher Ivica Dacic,
Monsieur le Représentant personnel de la présidence de l’OSCE,
Monsieur le Directeur du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme, cher Michael Link,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Représentants d’associations de la société civile, vous qui menez au quotidien l’indispensable combat contre l’antisémitisme,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Nous ne nous retrouvons pas aujourd’hui à n’importe quel moment. L’année prochaine, nous célébrerons le 70ème anniversaire de la victoire sur le nazisme. Nous nous souviendrons du choc que représenta la découverte des camps d’extermination par les soldats alliés, hébétés devant l’horreur. 70 ans après la Shoah, nous aimerions tous pouvoir dire que l’antisémitisme est éradiqué en Europe. Hélas, il est toujours présent, parfois comme une résurgence de formes anciennes portées par l’extrémisme, parfois sous des formes nouvelles, pernicieuses. Mais nous ne devons jamais baisser la garde.

Voilà pourquoi je veux tout d’abord vous dire toute mon émotion et ma fierté d’être aujourd’hui parmi vous, dans le cadre de cette conférence organisée par l’OSCE pour le 10ème anniversaire de la déclaration de Berlin sur l’antisémitisme.

En 2004, l’ensemble des États participant à l’organisation avait souhaité adopter une déclaration solennelle pour souligner la nécessité de mener une lutte sans relâche contre l’antisémitisme, quelles que soient les formes qu’il puisse prendre. Nous avions, ensemble, à cette occasion, pris des engagements fermes pour garantir à chacun le droit d’exercer pleinement et sans discrimination sa liberté de pensée, de conscience et de religion, conformément aux dispositions contenues dans la déclaration universelle des droits de l’Homme.

10 ans après, si nous pouvons nous satisfaire que des digues solides tiennent dans nos pays, nous ne pouvons accepter la persistance de la haine et des attaques antisémites. Le moment est venu d’intensifier notre combat contre une résurgence inquiétante de l’antisémitisme. L’Europe, qui fut le sombre théâtre de mort d’Auschwitz, Treblinka ou Maidanek, doit être en première ligne et mener une lutte sans merci.

Aujourd’hui dans nos pays, la haine des juifs prend trop souvent prétexte du conflit israélo-palestinien ou bien encore s’appuie sur le dévoiement extrémiste et fanatique de l’islam pour se répandre sur internet, sur les réseaux sociaux, mais également dans nos quartiers populaires, auprès d’une jeunesse parfois sans repères, sans conscience de l’Histoire.

La France a été frappée à plusieurs reprises ces dernières années. Nous n’oublions pas, et nous n’oublierons jamais, le meurtre ignoble d’Ilan Halimi, supplicié à Bagneux en février 2006.

Nous sommes encore saisis d’effroi, de douleur et de colère à la mémoire de cette attaque tragique, le 19 mars 2012 contre l’école Ozar Hattorah à Toulouse, et les visages et les noms de Jonathan, Gabriel et Aryeh Sandler et Myriam Monsonégo sont encore dans nos cœurs.

Nous n’oublions pas non plus les quatre victimes de la folie meurtrière d’un djihadiste français revenu de Syrie au Musée juif de Bruxelles, le 24 mai dernier. De même que nous gardons en mémoire l’attaque contre la synagogue de la rue de la Roquette à Paris, le 12 juillet dernier.

Notre responsabilité est aujourd’hui d’agir sans la moindre hésitation : il n’y a pas à tergiverser, à hésiter, il faut dénoncer et il nous faut surtout agir avec la plus grande clarté, avec la plus grande fermeté, partout en Europe lorsque ressurgit l’antisémitisme.

C’est pourquoi chacun de nos pays se mobilise, évaluant sans cesse la menace, traquant les signaux de haine. La France met en œuvre sans faillir les sanctions judiciaires prévues pour punir les auteurs de paroles ou d’actes antisémites. Même si cela a pu surprendre, nous revendiquons d’avoir fait preuve de la plus grande fermeté en interdisant le spectacle de Dieudonné, comique dévoyé, devenu un marchand de la haine antisémite.

Outre le cadre juridique solide dont elle dispose, la France a pris ces deux dernières années plusieurs mesures pour renforcer ses outils de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. J’aimerais plus spécifiquement en citer quatre :

(1) Elle a adopté un plan national d’action contre le racisme et l’antisémitisme 2012-2014 qui, au côté des nécessaires mesures répressives, établit plusieurs programmes d’éducation et de sensibilisation pour tous les élèves, afin de prévenir la formation de stéréotypes et de préjugés et enraciner durablement la tolérance. La mise en œuvre de ce plan est coordonnée par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA), rattachée au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur depuis sa création en 2012 ;

(2) Nous avons également affiné nos outils statistiques : le ministère de l’Intérieur et les institutions judiciaires collectent des statistiques précises sur les attaques à caractère antisémite, leurs motivations, ce qui permet d’évaluer les grandes tendances à l’œuvre en France. Grâce à un dialogue étroit établi avec le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme de l’OSCE, ces données ont pu être communiquées cette année dans le cadre de l’élaboration du rapport annuel sur les crimes de haine ;

(3) La France a mis en place un outil de signalement des propos racistes sur internet afin de mieux lutter contre leur diffusion. Cet instrument intervient en complément à la politique très vigilante menée par les autorités françaises à l’encontre de la diffusion des propos d’incitation à la haine. Les discours antisémites, de même que les propos visant à exploiter certains faits internationaux pour attiser la haine au sein de la nation, sont ainsi régulièrement et fermement condamnés.

(4) Enfin, je voudrais souligner l’importance du travail sur la mémoire. Le président de la République et le Premier ministre ont inauguré en 2012 deux nouveaux sites mémoriaux, le Mémorial de la Shoah, à Drancy et le Camp des Milles, à Aix-en-Provence, pour contribuer à faire vivre la mémoire de la Shoah, notamment auprès des jeunes générations, en les sensibilisant à la défense des valeurs démocratiques ainsi qu’au combat contre l’intolérance et le négationnisme.

L’ensemble de ces mesures ont été adoptées en étroite concertation avec les institutions représentatives des juifs de France, et en particulier avec le CRIF dont je veux saluer le Président Roger Cukierman pour son remarquable engagement personnel.

Dans ce combat contre un mal qui menace les fondements mêmes de nos sociétés, l’OSCE, instance de dialogue et de coopération unique entre 57 États essentiellement issus du continent européen, a un rôle décisif à jouer, non seulement pour éveiller les consciences, mais également pour mettre en place un véritable plan d’action.
La tenue de cette conférence au cours des deux derniers jours a apporté une preuve éclatante de la force de notre mobilisation commune : hier et cet après-midi, vous, représentants de la société civile, avez pu partager votre analyse des défis posés par l’antisémitisme dans toutes ses dimensions, et livrer des recommandations concrètes pour permettre d’y apporter des réponses appropriées, notamment à l’attention des jeunes générations. En parallèle, ce matin, les représentants des États membres de l’organisation se sont réunis pour dresser un premier état des lieux des mesures prises pour mettre en œuvre les engagements de 2004 et pour prendre acte des premiers résultats de vos travaux.

Aussi, cette conférence, au-delà de son aspect commémoratif et symbolique qui est en lui-même important, aura permis de nous doter d’une feuille de route concrète, concertée entre États et représentants de la société civile.

Et je tiens à en remercier sincèrement la présidence suisse, le Bureau des Institutions démocratiques et de droits de l’Homme de l’OSCE ainsi que le gouvernement allemand qui, dix ans après, ont pris l’initiative d’organiser cette nouvelle conférence, en présence de tous les acteurs concernés par la lutte contre l’antisémitisme. Car j’en ai l’intime conviction, il s’agit d’un combat qui ne peut être mené et qui ne peut surtout être gagné seul.

Mesdames et Messieurs, la lutte contre l’antisémitisme, ce n’est pas seulement le combat des Juifs, souvenons-nous de l’avertissement de Kafka : « celui qui frappe un Juif jette toute l’humanité à terre ». La lutte contre l’antisémitisme, c’est le combat de chacun d’entre nous, de chaque Européen. Nous qui partageons une histoire et des valeurs communes, nous devons aujourd’hui faire preuve d’un sens collectif des responsabilités. Que nous soyons décideurs politiques, engagés au sein d’organisations de la société civile ou simple citoyens, nous devons être prêts à dialoguer, à éduquer et à sévir lorsque cela est nécessaire, pour faire comprendre à ceux qui voudraient rallumer les flammes de la haine sur notre continent, que nous ne reculerons jamais.

Je sais pouvoir compter sur votre soutien dans ce combat. Soyez de votre côté également assurés que vous pourrez compter sur l’engagement déterminé et l’action implacable des autorités françaises pour mettre en œuvre les recommandations du Forum de la société civile.
Je vous remercie./.

Dernière modification, le 19/11/2014

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