29 Avril 2014

- Processus de paix israélo-palestinien - Intervention du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 29/04/2014)
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Après neuf mois d’efforts intenses, les pourparlers entre Israël et l’Autorité palestinienne sont aujourd’hui suspendus.

Nous atteignons le terme du délai de neuf mois prévu par Israël, l’Autorité palestinienne et le Secrétaire d’État M. John Kerry pour parvenir à une solution au conflit israélo-palestinien. M. Kerry, ainsi que les équipes qui travaillent autour de lui, n’ont ménagé aucun effort pour faire progresser les négociations. Nous saluons cet engagement exceptionnel.

En dépit de ces efforts, le non-respect des engagements pris en juillet a abouti à la suspension des pourparlers selon un scénario maintes fois répétés depuis 20 ans. D’un côté, le quatrième groupe de prisonniers pré-Oslo n’a pas été libéré. De l’autre, l’autorité palestinienne a adhéré à 15 conventions internationales. L’annonce d’un gel du versement à l’Autorité palestinienne des taxes et droits de douane perçus par Israël aggraverait cette impasse et ferait peser un risque majeur sur la stabilité des Territoires palestiniens.

Ces développements sont intervenus alors que la situation continue de s’aggraver sur le terrain. La colonisation s’est poursuivie et accélérée : elle a plus que doublé en 2013. Les tensions à Jérusalem se sont aggravées, notamment sur l’Esplanade des mosquées et aux alentours de l’église du Saint-Sépulcre. Forte de ses responsabilités historiques à l’égard des chrétiens de terres saintes, la France rappelle son attachement au respect des lieux de culte dont l’accès doit être garanti, en particulier au moment des fêtes de Pâques, moment le plus sacré de l’année chrétienne.

C’est dans ce contexte de crise qu’a été conclu l’accord de réconciliation inter-palestinienne. Nous estimons que cet accord peut être une opportunité, s’il se traduit comme l’a annoncé le président Abbas, par la formation d’un gouvernement d’entente nationale composé de personnalités indépendantes, placé sous son autorité directe, et par l’organisation d’élections dans les Territoires palestiniens. Il n’est pas possible, d’un côté, d’affirmer qu’un accord israélo-palestinien est impossible tant que persiste la scission entre les deux mouvements palestiniens, et, de l’autre, de considérer la réconciliation inter-palestinienne comme un obstacle au moment où elle intervient.

La France est prête à travailler avec un gouvernement de l’Autorité palestinienne dès lors qu’il exprime son refus de la violence, son engagement en faveur du processus de paix et son acceptation de l’ensemble des accords conclus, notamment avec Israël. Une réconciliation définie sur ces bases constituerait un progrès vers la solution de deux États.

Les pourparlers ne sont, à cette date, que suspendus. M. Abbas s’est engagé, devant la direction de l’OLP, à ce que ce futur gouvernement rejette la violence et reconnaisse l’État d’Israël. Il a effectué un geste d’ouverture important en reconnaissant publiquement, pour la première fois, que « l’Holocauste était le crime le plus odieux de l’histoire moderne ». Ces déclarations doivent être mises à son crédit. Elles constituent un geste d’ouverture qui peut servir de base à la reprise du dialogue entre les parties et à la relance des efforts de paix.

Madame la Présidente,

Nous venons d’entendre une fois de plus de part et d’autre les mêmes arguments pour rejeter la responsabilité de l’impasse sur l’autre côté. En réalité, cette répétition de la même rhétorique, séance du Conseil après séance du Conseil, souligne une fois de plus si besoin en était que les deux parties sont incapables d’aller à la paix par elles-mêmes même si les États-Unis soutiennent ces efforts.

Tôt ou tard, nous devrons en conclure que, soit nous nous résignons et laissons le conflit à lui-même, soit la communauté internationale décide d’intervenir de tout son poids pour parvenir à un accord dont, après tout, nous connaissons les paramètres fondamentaux.

Il est paradoxal que d’un côté nous soyons capables de rédiger dans ses grandes lignes ce que serait un traité de paix et que de l’autre toutes les initiatives de paix échouent les unes après les autres.

Dernière modification, le 02/05/2014

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