29 Avril 2014

1 - Réponse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, à une question à l’Assemblée nationale (Paris, 30/04/2014)

Monsieur le Député,

Concernant la protection des minorités, je pense que nous serons absolument d’accord. Rien ne justifie, rien ne peut expliquer, rien ne peut excuser que des minorités, quelles qu’elles soient, soient massacrées comme elles le sont. C’est un point d’accord total entre nous.

Que nous puissions faire des démarches à l’égard des pays voisins, nous le faisons et là aussi, je vous en donne acte.

Mais il ne faut pas tout mélanger : à partir de cette demande parfaitement justifiée, que nous appuyons, vous laissez entendre que la politique menée dans ce pays par la France, comme par d’autres, serait contestable ; et en particulier, vous dites que c’était une erreur de menacer la Syrie d’une intervention, au moment où des armes chimiques étaient brandies. Je ne partage pas votre sentiment. Si à ce moment-là autour de la France, la Grande-Bretagne qui n’a pas pu le faire pour les raisons que l’on sait, et les États-Unis d’Amérique étaient intervenus, sur la base de ce que l’on appelé les lignes rouges, non seulement l’attitude du gouvernement de Bachar-Al-Assad aurait dû être différente, mais la crédibilité des interventions occidentales, y compris par rapport à la Russie, aurait été différente. Et je pense qu’à cette époque, une erreur a été commise.

Monsieur le Député, je veux conclure, on a tendance en France, comme dans d’autres pays parce qu’il y a la crise ukrainienne et d’autres crises, à oublier ce qui se passe en Syrie, ce qui est absolument dramatique. Jour après jour, des dizaines de personnes sont tuées. Il va y avoir la parodie d’élection de monsieur Bachar-Al-Assad. Un homme qui est responsable de la mort de 150.000 personnes ne peut pas être l’avenir de son peuple./.

2 - Lutte contre les filières djihadistes - Réponse de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, à une question à l’Assemblée nationale (Paris, 29/04/2014)

Monsieur le Député, vous posez une question très importante, relative à ces jeunes qui basculent dans la violence en rejoignant des groupes djihadistes en Syrie.

Permettez-moi tout d’abord de vous rappeler l’importance du phénomène. Trois cents ressortissants français se trouvent sur le théâtre des opérations syriennes. Vingt-cinq au moins y ont perdu la vie et cent vingt sont actuellement en transit vers la Syrie.

Le Premier ministre, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, avait arrêté dans le cadre d’un conseil de défense les principes d’un plan en vingt-trois mesures, qui a été présenté en conseil des ministres la semaine dernière et qui témoigne de la très grande fermeté et de la très grande détermination du gouvernement français face à ce phénomène de nature à porter atteinte à la sécurité de notre pays. Je veux vous en rappeler le contenu.

Premièrement, nous voulons empêcher ces ressortissants de partir sur le théâtre des opérations. C’est la raison pour laquelle, dès que des informations nous seront transmises par nos services de renseignement ou par les familles, nous inscrirons ces ressortissants sur le fichier des personnes recherchées et dans le système d’information Schengen, de manière à pouvoir, avec l’ensemble des pays de l’Union européenne, empêcher leur départ.

Deuxièmement, nous devons démanteler les filières. À cette fin, tous les étrangers stationnant sur le territoire français et susceptibles d’être engagés dans des opérations terroristes seront, dans le respect du droit, expulsés. Les entretiens administratifs avec ceux qui auront la tentation de partir se multiplieront.

Par ailleurs, nous allons engager de façon déterminée une action de démantèlement de ces filières sur Internet, en faisant d’ailleurs légiférer l’Assemblée nationale et le Sénat sur le sujet, car la propagande au moyen de ce média est en grande partie à l’origine de l’engagement de ces jeunes. Il s’agira de donner à nos services la possibilité d’intervenir sur Internet sous pseudonyme et de conserver au-delà de dix jours les données de connexion./.

(Source : site Internet de l’Assemblée nationale)


3 - Intervention du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 29/04/2014)

(…)

En Syrie, le régime ajoute le ridicule d’une parodie d’élection présidentielle à l’infamie du déni d’accès humanitaire.

Le second rapport de suivi de la mise en œuvre de la résolution 2139 remis la semaine dernière est sans appel. La situation des populations civiles ne s’est pas améliorée. Les sièges des villes, qui sont aux trois-quarts le fait du régime, n’ont pas été levés, ni même allégés. Les bombardements indiscriminés et la politique de terreur contre les civils se poursuivent. Tout ceci est inacceptable.

Sur le plan politique, malgré les appels lancés par le Représentant spécial conjoint M. Brahimi et par le Secrétaire général lui-même, Bachar Al-Assad organisera sa réélection triomphale le 3 juin au moment d’une parodie tragique d’élection présidentielle. C’est une décision qui est contraire à l’esprit et à la lettre du communiqué de Genève. Pendant ce temps, les civils continueront de se faire bombarder et massacrer. Aucune légitimité ne sortira de cette élection fantôme dans un pays dévasté, qui éloignera encore la Syrie d’une solution politique.

La France partage la préoccupation de tous, exprimée par Mme Kaag la semaine dernière, en ce qui concerne les allégations d’emploi de gaz de chlore à Kfar Zeïta qui auraient fait plusieurs victimes et de nombreux blessés. Il va sans dire que les responsables d’usage d’agents chimiques devront rendre des comptes, comme l’exige la résolution 2118.

Je rappelle enfin que nous souhaitons la saisine de la Cour pénale internationale pour que tous ceux qui ont commis des crimes de masse en Syrie sans discrimination soient jugés. Nous poursuivons nos efforts en ce sens.

(…)./.

Dernière modification, le 02/05/2014

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