70e Assemblée générale des Nations unies - Israël - Territoires palestiniens - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (New York, 26/09/2015)

Il y aura aussi au cours de cette session différents travaux consacrés à l’avenir de ce que j’hésite à appeler le processus de paix - parce que je ne vois pas bien le processus et je ne vois pas la paix, mais ainsi est-il convenu de qualifier ce point. L’avenir du processus de paix au Proche-Orient fera l’objet mercredi d’une réunion du Quartet, et d’une réunion plus large organisée par Ban Ki-moon, que j’ai demandée et à laquelle je participerai. Sur ce sujet, vous le savez, la France est à l’initiative depuis plusieurs mois. Cette réunion sera un premier résultat de notre mobilisation, bien sûr insuffisante, puisque nous devrions avoir à la fois le Quartet, les partenaires arabes et quelques grands pays qui peuvent soutenir un accord.

Nous, la France, sommes résolus à ne pas baisser les bras, car nous considérons qu’il serait à la fois irresponsable et dangereux d’abandonner ce sujet comme s’il était distant dans l’agenda international. Il n’est pas vrai que l’impasse actuelle garantisse un statu quo et que ce statu quo puisse tenir durablement dans un environnement aussi troublé. Le risque c’est le double risque de l’enlisement et de l’embrasement - on l’a vu ces jours-ci avec les tensions très vives sur l’esplanade des Mosquées. Ce qu’on appelle, précisément, le « statu quo de 1967 » est fragilisé et nous ne pouvons laisser la solution des deux États se déliter sous nos yeux. Et puis, faisons attention à cela, si l’on attendait sans rien faire, ce serait aussi prendre le risque de laisser Daech se saisir, d’une façon ou d’une autre, de la cause palestinienne ce qui serait un scénario catastrophe.

Nous allons continuer cette semaine de plaider pour une action collective qui permette d’inciter les deux parties à une relance crédible des négociations de paix. Il y faut une volonté politique forte de la communauté internationale, des paramètres et un calendrier qui puisse rendre ces discussions crédibles. En signe de notre soutien constant à la solution des deux États, j’assisterai à la cérémonie de hissage du drapeau de la Palestine - État observateur non membre - devant le bâtiment des Nations unies mercredi, en présence du président Abbas. Je vous rappelle que la France a voté en faveur de cette décision il y a maintenant deux semaines.

(...)

Q - Monsieur le ministre, vous avez dit à propos du Proche-Orient qu’il y avait un risque d’enlisement, d’embrasement, un risque aussi de voir Daech se saisir de la cause palestinienne. Or de plus en plus de voix, de plus en plus d’experts disent qu’il n’y aura pas un État israélien et un État palestinien. Comment comptez-vous sortir de cette crise ?

R - Madame, j’ai vu aussi des études d’opinion qu’on a sorties. Peut-être que c’est à cela que vous faites allusion...

Q - Non, d’experts...

R - Oui, mais aussi disant « mais les deux États ce n’est plus possible, etc. ». Ce qu’on n’a pas remarqué suffisamment, c’est qu’il y a sûrement une évolution vers un scepticisme. Mais l’accompagnement de ce scepticisme, y compris dans les études d’opinion, c’est une volonté de trouver la solution par la guerre.

Quelle est la position de la France ? La position de la France, conforme au droit international, ce sont les deux États. Évidemment, les deux États supposent à la fois qu’il y ait une négociation avec toute une série de paramètres, mais les deux États supposent que géographiquement, pratiquement, la colonisation ne soit pas telle que ce soit impossible. D’où notre insistance - c’est un axe très important de la position française, et pas seulement de la position française, puisque la colonisation est jugée illégale en droit international - sur le fait de ne pas prolonger ce mouvement de colonisation, parce qu’au bout d’un certain moment, même s’il y a une bonne volonté, comment faites-vous ?

Nous restons sur cette position-là et nous insistons en particulier, en cohérence avec cette position, sur le fait qu’il n’est pas possible que le gouvernement continue sa politique de colonisation. (...)./.

Dernière modification, le 29/09/2015

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