Allocution du Président de la République devant la communauté Française

(Jérusalem, 23 juin 2008)

Mesdames et Messieurs,
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C’est pour nous une joie immense que d’être parmi vous, sur cette terre si chargée d’histoire, dans cette ville unique au monde. Aucun lieu n’aurait suffi à vous contenir tous, Français qui vivez en Israël, à Jérusalem, ainsi que dans les Territoires palestiniens ! Je voulais tout particulièrement saluer les Français d’Israël, qui représentent l’immense majorité d’entre vous présents ici ce soir, mais aussi m’adresser à nos compatriotes franco-palestiniens, aux membres des communautés religieuses françaises et à ceux d’entre vous qui travaillent dans des organisations internationales ou dans des ONG.

Aux Français d’Israël, je voudrais dire que vous êtes l’une des communautés françaises les plus nombreuses et l’une des plus dynamiques vivant hors de notre pays et en même temps, vous êtes un peu plus que cela. Car les éléments constitutifs de nos deux pays se sont mêlés : il y a un peu d’Israël en France et il y a un peu de France en Israël. Les Français qui ont fait le choix de vivre et de travailler en Israël sont, avec la communauté juive de France, des passeurs, des vecteurs privilégiés de l’attraction mutuelle si forte qui existe entre nos deux pays.

Parmi vous aujourd’hui, j’ai aussi voulu que soient invités les représentants des communautés chrétiennes françaises, notamment de Jérusalem. Jérusalem a besoin que des Chrétiens y vivent. Vous savez bien que, dès le XVIème siècle, sous l’Empire ottoman, la France s’est vu attribuer ici une mission de protection des Lieux Saints. Dans de nombreux domaines, d’éducation, de santé, d’action sociale, ces communautés contribuent au rayonnement de la France, de notre langue, de notre culture, de nos valeurs. Je veux leur dire, à ces communautés, l’attachement de la France à cette mission et la reconnaissance de la Nation. Quelques chrétiens pour aider, parce que tout le monde se parle quand c’est nécessaire. Quelques Français, aussi, ont fait le choix de vivre dans les Territoires palestiniens, d’y inscrire leur activité professionnelle, d’y fonder une famille. D’autres, dans des organisations internationales se dévouent à la paix et au développement. J’ai aussi voulu qu’ils soient ici parce que leur choix, pas toujours le plus simple, est parfaitement respectable. Et Bernard Kouchner voudra bien soutenir ce choix, lui qui incarne le travail remarquable des ONG. A ceux-là, je voudrais dire que je sais qu’il existe de longue date, au sein du peuple palestinien, une amitié profonde pour la France, mais aussi une forte aspiration à la paix et à la vie en bonne harmonie avec ses voisins. Enfin, aux Français qui travaillent dans des organisations internationales, dans des conditions parfois difficiles, je voudrais dire qu’ils oeuvrent pour la paix, pour l’avenir et qu’ils ont, bien sûr, tout le soutien de notre pays.

Ce que je vois aussi ce soir, c’est toute la richesse de la présence humaine, économique, financière de la France en Israël. Elle s’est développée grâce aux Français qui ont fait le choix de travailler et de vivre ici. Elle ne se limite pas, à la Renault Mégane électrique, le véhicule de l’avenir qui s’invente ici.
Je pense, en particulier, aux jeunes Français trentenaires qui, une fois diplômés en France, ont fait leur alya ces dernières années, attirés par une société dynamique et pleine d’opportunités. Ils sont très attachés à la France et ils vivent souvent à cheval entre les deux pays. Ils sont l’avenir de notre relation bilatérale, une relation qui a un immense potentiel.

Vous avez fait le choix d’Israël, tout en restant également, je le sais, farouchement français. Votre double fidélité est une chance, une richesse pour la France. Et personne n’a à vous reprocher cette fidélité. C’est par conviction, et non parce qu’on se sentirait mal en France, qu’on doit pouvoir faire le choix d’Israël aujourd’hui. Je sais que cela n’a pas toujours été le cas. Je sais que certains ont fait le choix de partir parce qu’ils percevaient en France une montée de l’antisémitisme. Je veux que l’on en parle franchement. Il ne faut pas avoir peur. L’antisémitisme, ça ne s’explique pas, ça se combat. Et cette lutte, je vous le dis, ne faiblira pas. Et je suis particulièrement choqué de ce qui est arrivé à un jeune Français il y a quelques jours, sous le seul prétexte qu’il portait une kippa. Une bande de voyous l’a agressé. Je veux dire que la ministre de l’Intérieur qui est ici, Michèle Alliot-Marie, mettra en œuvre toutes les forces nécessaires pour retrouver les coupables et que la justice française les punira avec la sévérité qu’ils méritent. Pour une raison très simple : la lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire de la communauté juive de France. La lutte contre l’antisémitisme, c’est l’affaire de la communauté nationale dans son ensemble parce que l’antisémitisme, c’est une tache sur le drapeau tricolore. C’est donc l’affaire de tous les Français, qu’ils soient juifs ou pas. Je veux quand même dire les choses, c’est qu’en 2007, le nombre d’actes antisémites a chuté de moitié par rapport à l’année précédente, et la France est aujourd’hui, avec les Etats-Unis, le pays qui a la communauté juive la plus forte et la mieux intégrée Je vais vous dire une chose : que l’on parte pour vivre en Israël par conviction, je respecte profondément ce choix mais je n’accepterai pas qu’un seul juif de France parte parce qu’il a peur. Parce que les juifs de France sont les bienvenus en France qui est leur pays. Vous savez je le dis devant quelqu’un qui est très proche de mon cœur, Simone Veil. Ne vous fiez pas au regard gentil qu’elle me jette. Carla le sait, je l’aime beaucoup Simone !
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Mes Chers Compatriotes, le soixantième anniversaire de la proclamation de l’Etat d’Israël a été fêté partout en France de façon impressionnante. La visite d’Etat du président Shimon Pérès a été un moment très fort, comme sa présence à l’inauguration du Salon du Livre, consacré cette année à la littérature israélienne et qui a contribué à donner à cet événement. Et aux écrivains israéliens, une audience qu’ils méritaient depuis longtemps. J’ai, pour ma part, tenu à être présent le 25 mai dernier, dans les jardins du Trocadéro pour m’associer à la joie de toute la communauté juive de France.
Parallèlement, notre ambassade a organisé ici une série d’événements exceptionnels pour fêter dignement cet événement. L’un des plus remarquables a été l’exposition intitulée "A qui appartenait ces tableaux ?", au musée d’Israël, ici même, à Jérusalem : à la fois une très belle manifestation artistique et une contribution au travail de mémoire, illustrant les pillages scandaleux commis par les nazis contre les juifs d’Europe, mais aussi la volonté d’une politique française, exemplaire, de recherche et de restitution à leurs ayants droit des biens spoliés.
Je sais que la culture française est une référence incontournable en Israël. Il y avait un paradoxe dans la richesse de cette vie culturelle française : c’était son absence de visibilité, à laquelle est venu remédier le magnifique Institut français de Tel Aviv, inauguré l’été dernier.
Au-delà de la culture, c’est la francophonie israélienne, sans doute riche de près d’un million de personnes, que je veux saluer aujourd’hui. Israël a plus de francophones que bien des pays qui font partie de l’Organisation internationale de la Francophonie et je ne vois pas au nom de quoi les portes de l’organisation francophone lui resteraient fermées. Voyez-vous, je le pensais avant de devenir président, c’est curieux, mais je n’ai pas changé d’avis. Il y a des obstacles politiques à franchir, mais je ferai tout pour les aplanir. Mais, sans attendre une reconnaissance institutionnelle, les universités israéliennes ont commencé à rejoindre l’Agence universitaire de la Francophonie et des villes israéliennes font partie de l’Association internationale des maires francophones. Il faut encourager le mouvement, c’est par la base qu’on va renverser des oppositions qui n’ont plus lieu d’être.

Il y avait également quelque chose d’étrange à ce que rien ne soit prévu pour que ceux qui le souhaitent puissent scolariser leurs enfants dans un grand établissement français, au-delà de la classe de troisième, en dehors, bien sûr, de Jérusalem, où le lycée français fournit un travail remarquable depuis plus de 40 ans. Le nouveau lycée franco-israélien installé près de Tel Aviv, a connu sa première rentrée en septembre dernier ; il délivrera à terme un véritable baccalauréat franco-israélien, innovation majeure qui permettra à ceux qui le souhaitent d’avoir accès aux universités aussi bien françaises qu’israéliennes. Soit nous sommes amis, soit nous ne le sommes pas. Alors, il faut arrêter de dire que l’on est amis et ne pas en tirer toutes les conséquences et vous avez compris que les choses avaient un peu changé.
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Mes Chers Compatriotes,

L’accueil que j’ai reçu ici depuis hier a été absolument extraordinaire. J’ai le sentiment, que nous sommes en train de remettre enfin la relation entre nos deux pays au diapason de ce qu’elle était réellement dans les cœurs.
Plus personne ne doit douter de l’attachement indéfectible de la France à la sécurité d’Israël. Il y a un lien avec Israël, avec cette volonté folle d’extermination des juifs, alors que l’Europe a été le territoire où cela s’est passé. Et, on a vu, par la suite, la création de l’Etat d’Israël. Comment peut-on imaginer que l’Europe et, en particulier la France, ne soit pas préoccupée de la sécurité de l’Etat d’Israël ? Il y a eu des propos inacceptables du président iranien ou de dirigeants de groupes terroristes, Israël sait pouvoir compter sur l’engagement et la détermination de la France pour leur barrer la route. Israël n’est pas seul dans ce combat-là.

La situation en cours dans la bande de Gaza et dans le sud d’Israël est insoutenable. Aucune population ne peut vivre sous la menace permanente du terrorisme et des tirs de roquettes, que la France condamne sans réserve. Je le dis d’autant plus fermement que je sais que plusieurs d’entre vous venus ici ce soir habitent, dans la peur, à Sdérot et à Ashkélon. Mais je pense aussi au drame humanitaire vécu par la population civile de la bande de Gaza, qui n’est pas non plus acceptable. Il existe aujourd’hui un espoir d’accalmie, c’est une chance pour toutes les populations de la région. Il n’y a pas de solution militaire à la crise actuelle, dont le règlement passe d’abord par l’établissement d’un cessez-le-feu complet.

A ce propos, je veux dénoncer de la façon la plus forte, la captivité de notre compatriote Gilad Shalit et je veux dire à ses parents, que je viens de recevoir, notre solidarité. Deux ans de détention comme otage, deux années intolérables de souffrance et d’isolement, lui qui n’a pas reçu le moindre courrier. Je puis vous dire que nous allons multiplier les initiatives pour obtenir sa libération.

C’est avec beaucoup d’émotion que je viens de voir les parents de Gilad, dont la dignité est exemplaire. Je veux leur redire toute la sympathie de la France. Et je veux lancer un nouvel appel aux ravisseurs : il faut libérer Gilad, laissez-le retrouver les siens ! On ne construira pas la paix en tenant ainsi des otages.
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Mes Chers Compatriotes,

Je veux vous dire, ici, enfin, que cette visite en Israël est une occasion forte d’affirmer que ce soixantième anniversaire doit être l’année historique de la paix. De dire que cette paix passe par la création d’un Etat palestinien moderne et souverain, viable et démocratique, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Israël, un Etat palestinien dont l’existence est même l’une des conditions majeures de la sécurité à long terme d’Israël !

On va travailler à la sécurité et à la paix.

Mes Chers Compatriotes,

Vous voyez toute la délégation importante qui m’entoure. C’est toute la France qui est venue apporter son amitié à Israël. Vous me permettrez de faire un sort particulier à une franco-italienne, Carla, merci de m’avoir accompagné en Israël.
Je vous remercie./.

Dernière modification, le 27/06/2008

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