Concours national de la résistance et de la déportation - Discours de M. François Hollande, président de la République (Paris, 08/05/2015)

JPEG
@Présidence de la République

Madame la Ministre de l’éducation nationale,

Monsieur le Secrétaire d’État aux Anciens combattants,

Monsieur le Président de la Fondation de la Résistance,

Mesdames et Messieurs les Représentants des associations d’anciens combattants, de déportés, de résistants,

Je salue aussi Mesdames et Messieurs les Recteurs, les Chefs d’établissement, les Enseignants qui se sont mobilisés pour ce Concours de la Résistance.

J’ai voulu cette année qu’il puisse se tenir ici, à l’Élysée, le 8 mai. Le 8 mai parce que c’est le jour où l’on commémore la victoire sur le nazisme, c’est le jour où le président de la République ravive la flamme du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe. Le 8 mai c’est le jour où nous nous souvenons qu’il y a 70 ans à Berlin, dans la nuit, les nations alliées - États-Unis, Royaume Uni, Union Soviétique et France - recevaient la capitulation de l’Allemagne nazie.

Aujourd’hui, avec ce concours, nous voulons transmettre. Transmettre la mémoire, parce qu’il y a eu des morts et parce qu’il y a encore des vivants. Ici, leur témoignage, encore à l’instant, vient nous rappeler ce qu’a été leur combat, leur engagement, leur idéal, ce qui est encore la cause qui les anime : faire que la jeunesse de France puisse s’inspirer, s’inspirer non pas pour répéter, la période n’est plus la même, les enjeux sont différents, les défis sont d’une autre nature, les guerres n’ont pas disparu mais elles paraissent loin. Non ! Ce qu’il nous rappelle, c’est le sens même de ce que doit être l’engagement, pourquoi à un moment dans une situation, il y a des citoyens qui considèrent que l’intérêt général, que l’esprit de la République, que la défense des libertés, que tout cela vaut mieux que leur propre vie.

C’est la démonstration, une fois encore, que vous nous avez livrée et elle nous touche. Elle nous touche, nous qui sommes nés après la guerre, qui avons entendu parler de la guerre, vu la guerre. Je remercie, d’ailleurs, les chaînes de télévision qui restituent - notamment dans ces jours qui viennent de s’écouler - ce qu’ont été les atrocités de la guerre. Nous ne l’avons pas vécue, la guerre, nous la regardons comme une réalité lointaine, parfois abstraite, alors même qu’elle est là, pas si loin de nous : en Ukraine, plus loin au Moyen-Orient, c’est-à-dire à 4 ou 5 heures d’avion.

Il y a aussi, on le sait, des ressortissants français qui, pour hélas vivre un embrigadement, un endoctrinement, vont se perdre dans des lieux de conflit où ils peuvent même perdre la vie. Il y a aussi un terrorisme qui peut nous frapper, un racisme, un antisémitisme. Oui, il y a encore des causes qui doivent nous animer.

En ce 8 mai, je pense comme vous aux victimes de la guerre si nombreuses, à toutes ces familles qui ont perdu un proche pendant le conflit, soit parce que ces proches étaient des militaires, soit aussi parce qu’ils ont été soumis à des bombardements, des massacres. Je pense aux déportés, aux fusillés, aux martyrs de la Shoah, je pense aussi aux requis pour le service du travail obligatoire et aux centaines de milliers de soldats qui ont été retenus pendant des années dans des camps.

Je veux, surtout aujourd’hui, avec les jeunes, saluer les survivants, ces femmes - et vous avez eu raison de rappeler qu’elles ont été nombreuses dans la Résistance, qu’elles ont été essentielles à la libération du pays, et si vite oubliées dans le rôle qui leur avait été confié. Oui, ces femmes, ces hommes qui sont, là, encore aujourd’hui, qui tiennent bon quoi qu’il leur en coûte même si c’est difficile, et qui parlent, et qui parlent si bien, qui nous interpellent, qui interpellent nos consciences, qui veulent savoir ce que nous faisons, pas simplement ce que nous aurions fait.

Terrible question, qu’aurions-nous fait à leur place en 1940 ? Et tout au long de la période de l’occupation ? Qu’aurions-nous fait ? C’est cette question à laquelle beaucoup de jeunes à travers ce concours essaient également de répondre. Est-ce que c’est le courage qui aurait emporté nos choix ? Est-ce que c’est la résignation ? Est-ce que c’est l’indifférence ? Est-ce que c’est l’idée que d’autres vont le faire à notre place ? Qu’aurions-nous fait ? Qu’aurions-nous fait devant l’intolérable, ces rafles, ces déportations, ceux qui partaient, on ne savait pas où ils allaient, et puis après, on a su davantage. Qu’aurions-nous fait face à l’avancée des nazis ? Qu’aurions-nous fait lorsque les alliés sont venus nous libérer ?

Eux l’ont fait ! Parfois, ils ne se sont même pas posé la question. Ils l’ont fait au nom d’un idéal, au nom aussi d’un instinct, pas l’instinct de vie ou de survie, mais l’instinct patriotique pour certains, l’instinct tout simplement de se mettre en mouvement face à l’intolérable, parce qu’ils étaient tout simplement humains.

J’ai voulu que ce soit eux qui aient la parole pour qu’ils s’adressent aux plus jeunes, mais j’ai voulu aussi qu’ils puissent être distingués parce qu’il y a encore des survivants, des combattants, des résistants qui n’ont pas encore été distingués par la République.

A l’occasion du 8 mai dans toute la France, il y aura 1.000 anciens combattants de la Résistance qui seront décorés de la Légion d’honneur. Aujourd’hui, ce sont eux qui nous parlent de l’espérance de la Résistance, car la victoire du 8 mai n’a pas été la suprématie, la domination d’une nation sur une autre, elle a été la victoire d’un idéal sur une idéologie totalitaire.

C’est cet esprit-là que les résistants, que les déportés voulaient voir perdurer à travers une initiative après la guerre. Ils ne savaient pas, d’ailleurs laquelle, commémorer. Commémorer une guerre ? Commémorer une victoire ? Oui, sans doute, mais transmettre, c’est ce qu’ils avaient comme intention première. Ils ont eu l’idée d’un prix au lendemain de la guerre qui aurait été le Prix du civisme, mais ce qu’ils avaient accompli était bien plus que du civisme, c’était la Résistance.

En 1961, le général De Gaulle, président de la République, et le ministre de l’éducation de l’époque qui s’appelait Lucien Paye ont voulu que le Prix qui existait depuis la libération puisse se transformer en Concours national de la Résistance et de la Déportation. C’est, aujourd’hui, le plus ancien et le plus large des concours scolaires.

Finalement, on passe beaucoup de concours dans sa vie, mais peut-être que le plus beau, c’est le Concours de la Résistance. Sur les prochains curriculum vitae, j’engage les employeurs à regarder davantage ceux qui ont passé le Concours de la Résistance que ceux qui ont passé le concours de telle ou telle grande école.

Je ne voudrais pas non plus que des vocations d’élèves puissent se sentir contrariées parce qu’un diplôme vient de leur être remis, parce qu’il faut travailler, toujours travailler pour réussir.

Mais c’est le plus grand des concours puisqu’il a réuni plus de 35.000 élèves dans plus de 1 700 établissements. Pendant plusieurs mois, aidés de leurs professeurs que je veux une nouvelle fois saluer, ils ont travaillé sur un thème qui était celui du retour à la République après la libération, pour faire comprendre - et vous l’avez dit monsieur Cortot - qu’il n’y avait plus de République pendant l’Occupation.

Il fallait donc rétablir la République, lui donner une aspiration, un sens, un nouvel idéal qui n’était pas simplement celui d’assurer la liberté, même si c’était déjà beaucoup, mais un sens qui était de faire avancer le progrès à travers le programme du Conseil national de la Résistance, qui à cette époque, avait rassemblé toutes les forces politiques, tous les acteurs sociaux et tous les mouvements de Résistance.

Ce ne serait pas facile, aujourd’hui, de faire un programme commun, un Conseil national de toutes les formations politiques. Pourtant, il ne s’agit pas de cela, mais de se retrouver sur des mêmes principes, pas tous nécessairement, mais sur les mêmes principes d’une organisation d’une société autour de la justice, de la couverture des risques essentiels et puis du progrès. Ce que voulaient les résistants au lendemain de la guerre, c’était de montrer qu’après les cataclysmes, les barbaries, les catastrophes, il y avait la lumière du progrès qui était possible. Pas comme avant - et vous l’avez très bien dit- pas pour revenir en arrière, non ! Pour avancer plus vite, c’était l’esprit du Conseil de la Résistance et c’est toujours son programme qui doit être regardé comme une source d’inspiration.

Pendant tous ces mois, ce fut une expérience exceptionnelle pour ces élèves. Je me souviens du film « Les héritiers » où il y avait - comme dans tous les établissements que nous récompensons aujourd’hui à travers le concours - cette ignorance d’un certain nombre de réalités, puis cette découverte, puis cette recherche, puis cet enthousiasme à pouvoir faire son propre travail, éclairer un certain nombre de dimensions qui n’avait pas forcément été connu jusque-là, dans la région ou au niveau du pays tout entier d’une réalité, le retour de la République.

C’est cette passion qui anime le Concours de la Résistance. Une passion qui est celle des témoins, des derniers témoins, de ceux qui transmettent leurs souvenirs. Il faut - pardonnez-moi cette expression -, il faut en profiter des témoins, parce que pour le film « Les héritiers » le témoin qui s’exprime, qui est venu donner aux élèves ce qu’était la réalité de ce qui avait été sa vie de résistant, il n’est plus là, aujourd’hui. Pourtant jusqu’au bout, il est allé dans les établissements, comme si c’était le combat qu’il devait mener, le combat de sa vie. Chaque fois qu’il saisissait dans le regard d’un jeune, cette espèce d’éblouissement face à ce que ce jeune voyait dans ce témoin : un héros, et lui tout simplement un homme qui voulait transmettre pour que d’autres que lui puissent être des héros du quotidien.

La passion, c’est celle des enseignants, parce que ce sont les professeurs qui participent volontairement, bénévolement à cette démarche. Ce n’est pas inscrit dans un cursus, dans un cycle, il n’y a pas d’heures supplémentaires, non ! C’est la volonté de professeurs d’accompagner des élèves - collèges, lycées - dans cette démarche et avoir cette fierté de permettre à des jeunes de devenir peu à peu des citoyens, des citoyens éclairés.

Et puis, c’est la passion des jeunes. Des jeunes qui découvrent, qui recherchent, qui rencontrent et qui travaillent pour enrichir la mémoire collective. Nombreux sont les jeunes qui grâce à ce concours finalement changent, non pas parce qu’ils en sont les lauréats et qu’ils en sont légitimement heureux, mais qui changent parce que cela a été un moment important de leur vie scolaire.

C’est la raison pour laquelle, j’ai souhaité qu’il y ait une évolution du concours pour le renouveler et pour lui garder sa tradition.

Certaines choses dans ce concours ne doivent surtout pas changer.

Je pense à ce qui est sa nature, sa définition même, l’ancrage dans la Seconde Guerre mondiale, parce que la Seconde Guerre mondiale offre encore des exemples et des sujets de réflexion.

Ce qui ne doit pas changer, c’est la double nature du concours, un concours historique et civique. C’est aussi la raison pour laquelle, il est porté à la fois par l’éducation nationale mais également par toutes les fondations, par toutes les associations.

Ce qui ne doit pas changer, c’est le principe du volontariat, le concours ne doit pas devenir une épreuve, un contrôle, une obligation. Il doit être un choix, un défi, un engagement, une liberté.

Cette liberté doit être offerte à tous les jeunes.

Or, je constate que la participation des lycées et des collèges est très variable entre les départements. Je demande donc aux recteurs de mobiliser toute leur énergie pour que le concours soit véritablement présent dans tous les départements de France et dans tous les établissements de France. Autant dans les lycées professionnels que dans les lycées généraux, dans tous les collèges y compris dans les collèges ruraux ou dans les quartiers.

Je veux aussi que cela puisse toucher tous les jeunes qui sont en formation, en centre d’apprentissage, dans les lycées agricoles, ce n’était pas le cas aujourd’hui, dans les lycées militaires. Enfin, dans toutes structures qui accueillent des jeunes, le Concours de la Résistance doit être proposé, parce que si le concours a pu durer jusqu’à présent, c’est parce qu’il y a toujours eu des associations et des acteurs dans la société qui ont voulu que ce soit pour la Mémoire que le concours soit créé.

C’est cette jeunesse à l’initiative qu’il nous faut recréer et je remercie tous les parrains qui ont voulu cette année s’associer à la remise du Prix du Concours de la Résistance, comme pour montrer que dans les domaines artistique, sportif, littéraire il y ait encore cette passion de pouvoir entraîner les jeunes et leur donner l’exemple. Je salue donc M. Jimmy Adjovi-Boco qui travaille avec des jeunes, pour les jeunes sportifs, pour leur donner une conscience citoyenne, pas simplement être excellent en sport, non ! Etre excellent dans la vie, pouvoir se réaliser, s’accomplir. Je salue Mme Ariane Ascaride qui pour nous restera l’enseignante des Héritiers, même si elle a incarné tant de rôles, M. Alain Cohen, M. Jérôme Garcin, M. Michaël Prazan, M. Léopold Salmain, Mme Valentine Goby. Ils ont accepté d’aller à la rencontre des élèves et ils ont accepté d’être ici pour remettre ce prix.

Le thème qui sera celui du Concours de la Résistance, ce sera « résister par les arts et par la culture », parce qu’il y avait la volonté de la part des résistants de porter un projet culturel, de créer à travers leur combat, de changer le cours des choses en changeant le cours de la création, de l’invention, de l’imagination.

Je souhaite placer cette dernière commémoration du 70ème anniversaire de la Libération - c’est la dernière cérémonie - sous le signe de la transmission parce qu’un pays se construit grâce à son Histoire. C’est pourquoi son enseignement, l’enseignement de l’Histoire est si important.

Retrouver le fil de sa propre histoire familiale dans la grande Histoire du pays ou du monde, parce qu’il y a aussi des enfants qui viennent du monde entier et qui cherchent à comprendre d’où ils viennent et pourquoi ils sont là. Qu’est-ce que signifie être Français ? Aider les élèves aussi par l’enseignement de l’Histoire à comprendre l’environnement qui les entoure et leur place : c’est ainsi que se forge l’esprit d’une nation.

La chronologie est essentielle pour comprendre l’édification d’un pays, les enchaînements successifs, les continuités comme les ruptures, la connaissance des faits, le partage des mémoires, la compréhension des grands mouvements de pensées qui font la France, qui l’ont faite et qui continueront à la faire.

On ne feuillette pas l’Histoire en choisissant ses pages ; on la lit dans un ordre qui construit le récit national, dans un ordre qui donne aussi un sens pour ce que nous avons à faire aujourd’hui. Ce récit national est une ouverture au monde parce que la France, c’est une ouverture au monde.

Il est sans cesse complété par les historiens. Le 70ème anniversaire de la Seconde Guerre mondiale qui s’achève donc cette année n’est pas la fin de la recherche historique sur la Seconde Guerre mondiale. La recherche doit pouvoir se faire sans restriction et c’est la raison pour laquelle toutes les archives publiques, principalement celles du ministère de l’intérieur, relatives à la période 1940-1945 doivent être rendues accessibles aux historiens pour qu’ils continuent de nous éclairer sur ce qui s’est produit, ce qui s’est passé et ainsi, luttent contre ces fléaux qui nous menacent : le révisionnisme, l’altération de la mémoire, l’oubli, l’effacement. Une circulaire du Premier ministre définira clairement les modalités de l’accès à toutes les archives publiques pour que les chercheurs puissent continuer leur travail.

L’Histoire n’est pas une nostalgie ; l’Histoire, c’est une leçon pour l’avenir. Vous nous l’avez faite, cette leçon, elle nous rappelle à notre devoir de défendre des valeurs, de les porter à l’échelle du monde. Elle nous montre que le racisme, l’antisémitisme, peuvent toujours ressurgir sous des formes que l’on n’avait pas forcément imaginées mais qui doivent être combattues avec la même énergie et prévenues avec la même vigilance. L’Histoire nous montre que dans les pires périodes - vous en avez connu ici des périodes terribles - y compris dans les guerres destructrices, il y a toujours une lumière. Une lumière pour l’espérance, quand des individus librement se dressent pour entretenir la flamme.

Le Concours de la Résistance ravive chaque année la flamme, la flamme de l’engagement, la flamme de la liberté, la flamme du progrès à travers la jeunesse qui s’engage. C’est cette flamme-là que nous voulons transmettre aujourd’hui, pour que nous soyons tous dignes de l’Histoire de la France.

Merci./.

JPEG
@Présidence de la République

Dernière modification, le 12/05/2015

haut de la page