Conférence de presse conjointe du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec ses homologues américain et britannique - Propos de M. Fabius (Paris, 16 septembre 2013)

Ce matin, le président de la République nous a reçus avec John Kerry et William Hague pour discuter de la situation en Syrie et des décisions à prendre dans les prochains jours.

Après cette réunion à l’Élysée, nous avons tenu une première réunion de travail avec mes deux collègues. Nous recevrons dans un instant, après cette conférence de presse, notre collègue le ministre des affaires étrangères turc, M. Davutoglu pour examiner aussi avec lui ce qu’il convient de faire.

Cette réunion a deux objectifs. D’une part, préparer la mise en œuvre concrète et rapide de l’accord sur l’élimination des armes chimiques qui a été obtenu à Genève. Et, d’autre part, travailler à la relance du processus politique qui est la seule voie possible pour mettre fin à la tragédie que connaît la Syrie depuis maintenant deux ans et demi.

L’accord de Genève est, comme j’ai eu l’occasion de le dire, une avancée importante. Depuis le massacre chimique du 21 août, notre position a été claire et constante, je l’ai résumé en disant « sanctions et dissuasion. »

Cette attitude de fermeté qui est la nôtre, celle des pays ici représentés, a payé. Le régime syrien n’a eu d’autres choix que de s’engager à éliminer ses armes chimiques, des armes, je veux le rappeler, dont il niait encore l’existence il y a seulement quelques jours, des armes dont le rapport des inspecteurs de l’ONU, cet après-midi, confirmera certainement l’emploi le 21 août.

Ce qui importe maintenant, c’est que cet accord soit rapidement mis en œuvre pour éliminer une fois pour toutes la menace chimique que le régime syrien fait peser sur sa propre population et sur ses voisins. Nous voulons très vite des actes concrets et vérifiables, en gardant à l’esprit que toutes les options doivent rester sur la table si les déclarations ne sont pas suivies d’effet sur le terrain. C’est pourquoi ce que l’on appelle le P3, c’est-à-dire les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, nous voulons obtenir du conseil de sécurité des Nations unies, dans les jours prochains, une résolution forte. Une résolution qui appuiera de toute l’autorité du Conseil le plan de désarmement chimique. Une résolution qui prévoira bien sûr des conséquences sérieuses s’il n’était pas appliqué, une résolution enfin qui réaffirmera clairement que les responsables des crimes commis doivent rendre des comptes.

Nous y travaillons, nous allons y travailler dans les prochains jours à New York afin d’aboutir à une résolution commune du P3 et ensuite une résolution qui pourra être adoptée par l’ensemble du conseil de sécurité des Nations unies.

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Mesdames et Messieurs, le chimique n’est évidemment qu’un aspect particulièrement atroce du drame syrien. Ce n’est qu’un moyen parmi tous ceux que le régime utilise pour réprimer sa population dans le sang. Les combats, malheureusement, continuent et, avec eux, les souffrances terribles du peuple syrien. Nous le savons, il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, la solution est politique.

À Genève, il y a un an et demi, nous étions parvenus à adopter quelques principes clairs pour organiser la transition politique en Syrie, en particulier, - c’était la formule - le transfert de tous les pouvoirs exécutifs, y compris le contrôle sur l’armée et les services de sécurité, à une autorité de transition. Mais le régime de Damas n’a, pour le moment, pas voulu y donner suite, préférant, selon la formule de M. Bachar Al-Assad, « liquider l’opposition ».

Nous devons faire comprendre au régime qu’il n’y a pas d’autre perspective que la table de négociation. Nous allons renouveler nos efforts conjoints dans les semaines à venir et même dans les jours à venir pour construire une solution politique en concertation avec tous les pays qui souscrivent aux principes qui ont été agréés à Genève.

Nous savons que pour négocier une solution politique, il faut une opposition forte. Nous comptons donc également renforcer notre soutien à la Coalition nationale syrienne et dans cet esprit, il sera organisé à New York, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, une grande réunion internationale autour de la coalition nationale syrienne.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les dispositions et les décisions qui sont les nôtres. Je veux insister avant de donner la parole à mes deux collègues et amis sur le fait qu’il est décisif, comme cela l’était hier, qu’aujourd’hui et demain, les trois pays ici représentés soient unis.

(…)

Dernière modification, le 17/09/2013

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