Conférence de presse de M. François Hollande, président de la République (Bruxelles, 18/12/2015)

Conseil européen - Lutte contre le terrorisme - Daech - Syrie

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Troisième sujet : la lutte contre le terrorisme. D’abord, j’ai salué les progrès qui ont été enfin obtenus pour le PNR, c’est-à-dire ce programme qui permettra de suivre les déplacements pour le transport aérien et qui respecte les données personnelles, puisqu’il y a aussi eu du côté du Parlement les garanties qui ont été apportées, puisque cette semaine un cadre législatif a été trouvé pour les données personnelles. Nous pouvons donc maintenant mettre en oeuvre. C’est toujours le même sens que je veux attacher aux décisions du Conseil européen. Il ne s’agit pas simplement de proclamer, il ne s’agit pas simplement de décider, il s’agit de mettre en oeuvre. Le PNR doit être mis en oeuvre très vite, et c’est ce que le Conseil européen a une nouvelle fois décidé.

Deuxième point très important : des contrôles systématiques à toutes les frontières extérieures de Schengen pour les ressortissants qui entrent dans cet espace, ce qui nous permettra de vérifier les entrées et les sorties du territoire, et de pouvoir identifier les personnes - je pense notamment aux combattants étrangers, soit qui veulent rejoindre les zones de la Syrie et de l’Irak, soit qui en reviennent.

Il y a une troisième décision, c’est la lutte contre le trafic d’armes, qui doit être menée avec encore plus de coordination et donc plus d’ambition. Toutes les armes ! Car l’on sait maintenant que les armes qui peuvent être utilisées dans le cadre du banditisme ou dans le cadre du trafic de drogues, à un moment ou à un autre, peuvent se retrouver dans les mains des terroristes.

Et c’est le sens aussi, de la lutte contre le financement du terrorisme. Là encore, l’Europe doit se donner les moyens d’agir, d’échanger les informations et de se mettre aussi en mouvement dans le cadre de ce qui vient d’être décidé à New York, une réunion très importante s’est tenue hier pour lutter contre le financement du terrorisme. Et en luttant contre le financement du terrorisme, on lutte contre la finance sale. On lutte contre les paradis fiscaux qui sont utilisés par des groupes mafieux ou des groupes terroristes ; et donc on permet aussi une clarification qui était attendue et qui était nécessaire. Car chaque fois qu’il y a, si je puis dire, des « trous » dans les règles internationales, c’est dans ces trous-là que se cachent aussi les financements des terroristes par.

Il se tient, en ce moment même, une réunion à New York sur la Syrie. Et tous les pays qui peuvent contribuer à une sortie du drame syrien sont réunis. C’est la troisième fois que ce processus se répète et tant mieux, nous avançons, il y a eu une réunion à Ryad il y a quelques jours, de l’ensemble des Forces d’opposition en Syrie.

Ces forces sont dotées d’un nouveau président, Riad Hijab, ancien Premier ministre, qui vient donc du régime, qui a rompu avec le régime en 2012 et qui peut être, avec d’autres, celui qui pourra avancer dans la négociation. Cette négociation doit aboutir à une transition, et Al-Assad - cela a été répété au Conseil européen - ne peut pas être l’avenir de la Syrie. Donc nous avons appuyé ce mouvement et il contribue effectivement à la recherche d’une solution en Syrie.

Mais nous devons aussi mener des opérations militaires, et je veux ici me réjouir qu’après la résolution que la France avait pu faire adopter au Conseil de sécurité, la résolution 2249, adoptée à l’unanimité pour lutter contre Daech, j’avais fait - c’était lors de mon discours au Congrès réuni à Versailles - la proposition de saisir l’ensemble des pays européens au titre de l’article 42-7 en leur demandant la solidarité, puisque la France était attaquée. Et bien je relève qu’un mois après ce discours, un mois après que Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, ait saisi ses homologues, des pays européens ont répondu : Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Belgique, Danemark, Pays-Bas, Italie, et je ne vais pas les citer tous, il y a une très grande solidarité, une très grande mobilisation pour nous permettre d’avoir, sur le plan militaire, la riposte et la réponse qui sont nécessaires.

Nous unissons nos forces contre Daech, et aussi nous veillons à ce que les trafics que Daech peut organiser, trafics de pétrole, trafics d’oeuvres d’art, là aussi, puissent être annihilés.

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Q - Pour revenir sur la Syrie, vous avez évoqué quelques rendez-vous internationaux en cours, est-ce que vous avez des raisons d’espérer dans les mois prochains, une solution politique au vu de tous ces rendez-vous ? Et puis des succès militaires plus robustes contre l’Etat islamique ? Je vous remercie.

R - Commençons d’abord par les opérations militaires. Elles se sont intensifiées, comme je l’avais demandé au lendemain des attentats du 13 novembre. Des coups sérieux ont été portés et en Irak et en Syrie à Daech. Et en Irak, à travers des opérations au sol, appuyées par les frappes aériennes dont la France a été, pour une large part, responsable, il y a eu des reconquêtes de territoires. En Syrie, l’action a essentiellement porté sur les centres d’entraînement et également sur les sites logistiques notamment liées au pétrole. Nous avons maintenant la certitude que le trafic pétrolier dont Daech pouvait être un moment bénéficiaire s’est largement réduit. Donc, nous asséchons les ressources financières de ce groupe terroriste, de cette armée terroriste, et nous pouvons obtenir d’autant plus de résultats que Daech sera, sur ce plan-là, réduit est affaibli.

Sur le plan des négociations, il s’agit là de pouvoir convaincre tous les pays qu’un compromis est possible. Ce qui s’est passé à Ryad, c’était pour rassembler l’opposition et faire en sorte qu’elle puisse offrir un visage et une organisation permettant ainsi au processus que nous avons ouvert de pouvoir déboucher. Du côté de ceux qui sont liés au régime, Russie et Iran, nous devons les convaincre qu’il est nécessaire de lutter contre Daech et d’avoir comme seul objectif l’éradication de Daech ; et qu’à partir de là, la discussion doit s’engager avec l’opposition qui est elle-même certaine que c’est Daech l’ennemi principal mais considère qu’il doit y avoir une évolution en Syrie.

Donc opérations militaires et discussions, tout cela va de pair. Avec la Russie - là, je m’exprime au nom de la France - le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, va en Russie ces prochains jours, après que je m’y sois rendu, j’étais d’ailleurs accompagné du ministre de la défense et du ministre des affaires étrangères - et nous avions convenu qu’il y aurait des échanges avec les Russes pour que des frappes, et notamment celle des Russes, soient dirigées contre Daech. Et nous voulons qu’il y ait cette coordination.

Avec l’Iran - je recevrai le président Rohani à la fin du mois de janvier - nous aurons, là aussi, des discussions sur le sujet de la Syrie. Et de l’Irak. Donc la diplomatie, elle s’appuie aussi sur des évolutions qui se sont confirmées sur le terrain. Après de l’espoir, vous savez, il y a 250.000 personnes qui sont mortes, il y a des réfugiés en grand nombre, il y a des massacres qui sont commis, je pense que ce n’est pas de l’espoir donc il faut faire preuve, c’est surtout de la persévérance, de la volonté et de l’abnégation.

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Q - J’avais une question pour revenir sur le parti de la clause de solidarité défense mutuelle du 42-7, vous aviez l’air assez optimiste du retour de certains Etats. J’ai fait un petit tour des capitales, j’ai bien vu qu’au Royaume-Uni, à Berlin, en Belgique, il y avait des réponses, mais je suis beaucoup plus dubitatif sur la réponse des autres Etats, parce que ça se compte plutôt en nombre de personnes sur une ou deux mains, qui a été fournie par chacun des Etats, il y a encore un certain nombre d’Etats qui n’ont rien fourni. Est-ce que vous pouvez nous préciser un petit peu cet écueil : est-ce que vous pensez qu’il y a d’autres décisions qui vont venir ? Est-ce qu’il y a de vraies contributions ? Ce n’est pas juste de la contribution symbolique et politique.

R - Je vous remercie de faire l’enquête d’abord et de fournir des informations qui pourront m’être utiles. Donc avec le Royaume-Uni et l’Allemagne c’est très important ce qui s’est passé. Au Royaume-Uni parce que vous en souvenez, David Cameron avait été empêché d’intervenir lorsque la France y était prête, c’était à l’époque par rapport au régime de Bachar Al-Assad qui avait utilisé des armes chimiques. Cette fois-ci, il a pu avoir le concours de son Parlement, de la Chambre des Communes pour agir en Syrie et contre Daech. L’Allemagne, c’est une décision là aussi tout à fait majeure qui a été prise par la chancelière et par le Bundestag parce que c’est la première fois que les Allemands vont pouvoir participer à une opération extérieure et pas simplement en fournissant du matériel mais aussi avec des personnels, c’est un moment très fort de solidarité.

Alors d’autres pays, la Suède a annoncé le 16 décembre des moyens en matière de transport aérien et vous connaissez la tradition de la Suède, ce n’était pas si simple. Belgique, Danemark : des débats sont en cours pour aussi cette contribution et je sais que l’Italie, les Pays-Bas ont également cette volonté. En Espagne, il y a des élections dimanche et ce sera après le scrutin que nous pourrons avoir la confirmation. Donc nous allons continuer avec tous les pays ; quelquefois, ce sont des pays qui donnent des contributions modestes mais qui sont symboliques aussi de leur volonté de participer à la lutte contre le terrorisme, contre Daech et de montrer aussi une solidarité à l’égard de la France.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence la République)

Dernière modification, le 22/12/2015

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