DISSUASION NUCLEAIRE - Extraits du discours du Président François Hollande(19/02/2015)

Déplacement auprès des forces aériennes stratégiques. Istres (13)
’La position que nous avons adoptée depuis déjà plusieurs mois pour ne pas dire plusieurs années, dans les négociations avec l’Iran (...) : oui au nucléaire civil, non à l’arme nucléaire. Le problème est que pour l’instant l’Iran ne nous a pas encore démontré qu’il voulait renoncer à la bombe. Mais dès qu’il le fera, l’accord sera conclu".

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Messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les élus, les parlementaires,
Monsieur le Chef d’Etat major des Armées,
Monsieur le Chef d’Etat major de l’Armée de l’air,
Mesdames et messieurs.

(…)

La course aux armements a repris dans de nombreuses régions du monde, avec une augmentation importante, rapide même, des dépenses militaires et des arsenaux, dans un contexte de montée des tensions. Il y a des Etats qui investissent dans des technologies, qui peuvent être de nature à fragiliser les équilibres stratégiques que nous connaissons. Plusieurs développent même, des logiques d’influence, de menaces, dans leur environnement proche, terrestre ou maritime.

Aussi, et c’est particulièrement grave de le constater, la possibilité de conflit étatique nous concernant directement ou indirectement, ne peut pas être écartée. Dans le domaine du nucléaire militaire, de nouvelles puissances sont apparues ces vingt dernières années. D’autres cherchent à émerger, et les Etats qui avaient été, jusqu’à présent, dotés d’arme nucléaire et qui professaient l’urgence de leur désarmement, ont même accru leur capacité avec le développement de nouvelles composantes nucléaires, ou la poursuite de production de matière fissile pour les armes.

En parallèle, des arsenaux tactiques se renforcent, qui laissent craindre un abaissement du seuil d’emploi de l’arme nucléaire. Dans ce contexte, que doit faire la France ? Appeler toujours à l’organisation d’un monde plus sûr ; c’est ce que fait notre diplomatie. Mais la France doit être lucide. Elle sait qu’il ne suffit pas de proclamer le désarmement nucléaire immédiat et total, il faut que la réalité des actes de chacun soit cohérente avec les discours.

La France a donc décidé de lutter contre une des menaces les plus graves qui pèse sur la stabilité du monde, la prolifération des armes de destruction massive.

Tout accroissement du nombre d’Etats possédant l’arme nucléaire est un risque majeur pour la paix ; dans les régions concernées d’abord, mais aussi pour la sécurité internationale.

C’est le sens de la position que nous avons adoptée depuis déjà plusieurs mois pour ne pas dire plusieurs années, dans les négociations avec l’Iran. Si je voulais résumer ce qu’est notre attente par rapport à cette négociation, c’est très simple : oui au nucléaire civil, non à l’arme nucléaire. Le problème est que pour l’instant l’Iran ne nous a pas encore démontré qu’il voulait renoncer à la bombe. Mais dès qu’il le fera, l’accord sera conclu.

(…)

Mais il n’y a pas que la prolifération nucléaire, il y a aussi la prolifération chimique, biologique et des vecteurs qui sont associés.

En Syrie, c’était à l’été 2013, un tabou fondamental de notre système de sécurité collective a été brisé, puisque le régime de Bachar EL- ASSAD a employé des armes chimiques contre sa propre population. Il a fallu la menace de recourir à la force, pour que soit engagée la destruction des stocks, usines et armes chimiques, déclarés par le régime de Bachar EL-ASSAD.

Ce processus est aujourd’hui terminé. Mais je ne suis pas pour autant complètement rassuré, car il reste des zones d’ombre et il est hautement probable que des bombes contenant du chlore aient été larguées, il y a moins d’un an sur des villages syriens.

Prolifération ; menace globale sur le monde. Prolifération ; forcément menace sur la France.

Certes, la France ne se sent pas directement agressée, elle n’a pas d’ennemi déclaré, mais nous avons vu, je le rappelais, au cours des douze derniers mois, la crise ukrainienne, la montée en puissance de Daesh, l’attaque informatique d’une ampleur inégalée contre SONY ; des surprises donc, voire des ruptures sont possibles. Et la réapparition d’une menace étatique majeure pour notre pays, ne peut être exclue.

Alors en tant que chef de l’Etat, j’ai le devoir impératif de prendre ces menaces en compte, car rien ne doit atteindre notre indépendance. Le contexte international n’autorise aucune faiblesse. Et c’est pourquoi, le temps de la dissuasion nucléaire n’est pas dépassé. Il ne saurait être question, y compris dans ce domaine, de baisser la garde.

Je vous l’ai dit, c’est ma responsabilité en tant que Président de la République, en tant que chef des Armées.

En la matière, comme l’avait dit le président François MITTERRAND, le chef de l’Etat est le premier citoyen en France à avoir son mot à dire et à décider.

La dissuasion nucléaire vise à protéger notre pays de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne, et quelle qu’en soit la forme. J’ajoute que pour la France, l’arme nucléaire n’est pas destinée à remporter un avantage quelconque dans un conflit. En raison des effets dévastateurs de l’arme nucléaire, elle n’a pas sa place dans le cadre d’une stratégie offensive, elle n’est conçue que dans une stratégie défensive.

La dissuasion, c’est aussi ce qui nous permet de préserver notre liberté d’action et de décision en toute circonstance, parce que c’est elle qui me permet d’écarter toute menace de chantage d’origine étatique qui viserait à nous paralyser.

La France est l’un des rares pays au monde dont l’influence et la responsabilité se situent justement à l’échelle planétaire. Parce que la France peut exercer ses responsabilités. Parce que chacun sait que lorsque la France parle, elle peut passer à l’acte. Et les forces de dissuasion permettent de garantir que les engagements internationaux de la France seront toujours honorés, même si l’emploi de l’arme nucléaire n’est concevable que dans des circonstances extrêmes de légitime défense.

Nos forces nucléaires doivent être capables d’infliger des dommages absolument inacceptables pour l’adversaire sur ses centres de pouvoir, c’est-à-dire, sur ses centres névralgiques, politiques, économiques et militaires.
C’est la responsabilité suprême du Président de la République d’apprécier en permanence la nature de nos intérêts vitaux et les atteintes qui pourraient y être portées.

L’intégrité de notre territoire, la sauvegarde de notre population constituent le cœur de nos intérêts vitaux. Quels que soient les moyens employés par l’adversaire étatique nous devons préserver la capacité de notre nation à vivre. Tel est le sens de la dissuasion nucléaire.

Néanmoins, je ne peux exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux. C’est pourquoi je veux rappeler ici, que la France peut, en dernier ressort, marquer sa volonté à défendre nos intérêts vitaux par un avertissement de nature nucléaire ayant pour objectif le rétablissement de la dissuasion.
(...)

Dernière modification, le 20/02/2015

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