Dérèglement climatique - Allocution de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21, lors de la conférence internationale « Progressistes pour le Climat » de la Fondation Jean Jaurès (Paris, 10/04/2015)

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Merci beaucoup d’avoir eu la gentillesse de m’inviter. Je veux à la fois féliciter les organisateurs de cette conférence bien utile pour permettre d’avancer sur la COP21 et puis saluer toutes les participantes et tous les participants. Cela me fait plaisir de retrouver de jeunes amis et de faire connaissance, même si je ne pourrai pas rester très longtemps avec vous, avec d’autres.

Le trait commun, si j’ai bien compris, c’est que vous êtes à la fois tous des progressistes et que vous voulez tous que la COP21 soit un succès.

Dans huit mois, nous allons accueillir la COP21 aussi appelée « Paris Climat 2015 ». Elle aura lieu au Bourget et il y aura beaucoup d’activités à Paris du 30 novembre au 11 décembre.

Pour mon pays, c’est évidemment un honneur et une responsabilité considérable. C’est la plus vaste conférence internationale que nous ayons jamais organisée en France : 20 000 délégués, 20 000 invités, - j’espère qu’il n’y aura pas trop de personnes non invitées - 3 000 journalistes. Évidemment l’ensemble des pouvoirs publics, au premier chef desquels le président de la République, seront mobilisés pour essayer de faire de cette réunion un succès. Moi j’aurai l’honneur de la présider.

À quoi reconnaîtra-t-on un succès de la COP21 ?

Moi j’appelle cela « l’Alliance de Paris pour le Climat » qui définirait une trajectoire mondiale crédible de transition vers des économies avec moins de carbone. De plus en plus, l’idée progresse que cette conférence de Paris devrait comportée quatre piliers, non pas que l’accord au sens juridique du terme reprenne ces quatre éléments, mais finalement autour de Paris et à Paris, il faudrait avancer sur ces quatre points.

D’abord, le premier pilier, qui est l’essentiel, c’est que nous obtenions ce que nous n’avons pas pu faire dans le passé, malgré tous les efforts des uns et des autres, un accord universel. Accord qui ait une force juridique réelle, qui soit différencié et qui nous permette de limiter le réchauffement climatique à deux degrés par rapport à l’ère préindustriel.

C’est le juge de paix, si nous obtenions cet accord, on pourra dire que c’est un succès et si nous ne l’obtenons pas, il faudra trouver un autre qualificatif.

C’est très difficile, j’y reviendrai dans un instant mais pour y parvenir, il y a des questions très sensibles à résoudre d’ici le mois de décembre et les négociateurs, techniciens ou politiques, sont en train d’essayer de les résoudre.

Je pense que c’est ce dont vous avez parlé entre vous et c’est quelque chose qui m’apparait comme évident. Les politiques doivent donner l’impulsion, puisque ce sont eux qui parviendront à dépasser les contraintes et les contradictions politiques.

Parmi les nombreuses questions que pose l’obtention de cet accord juridique et universel, il y en a une ou deux que je sélectionne parmi d’autres.

Quelle sera la forme juridique de l’accord ? Ce n’est pas par souci de purisme juridique mais vous savez que certains pays, je pense notamment aux États-Unis d’Amérique, ont des contraintes juridiques telles que ce que souhaiteraient beaucoup d’autres pays ne sera pas possible. Il est évident que même s’il ne faut pas uniquement se référer aux contraintes américaines, un accord qui n’engloberait pas les États-Unis ne pourrait pas être réputé universel. Nous avons donc à travailler, nous avons des idées assez précises mais il faudra atterrir sur la forme juridique de l’accord.

Un autre problème sera de savoir exactement ce que signifiera le mot engagement et le mot différencié. Il faudra trouver un point d’équilibre entre le niveau de contrainte des mécanismes très contraignants qui ont tendance, on le voit avec les contributions nationales (INDC), à rendre les dirigeants très prudents quant à leurs engagements. Mais, d’autre part, nous ne pouvons pas baisser le niveau d’ambition sinon, nous aurons esquivé nos responsabilités. C’est en tout cas la matrice, le point central, il faut que nous parvenions à cet accord universel avec une portée juridique réelle.

Deuxième pilier : les contributions nationales. Lorsque nous nous rencontrerons au Bourget, à cette époque dans notre évaluation, plus de 90% des pays auront publié leur contribution(INDC). Aujourd’hui, même si les délais ne sont pas respectés parce qu’il avait été écrit que le plus grand nombre possible d’États devraient publier leur contribution avant la fin mars, nous sommes au début du mois d’avril et 34 pays, dont des pays grands émetteurs de gaz à effet de serre, ont publié leur contribution.

Je voudrais saluer en particulier la contribution de l’Union européenne qui est probablement la plus ambitieuse devancée par la Suisse, qui a mis les choses à un très bon niveau.

L’un des problèmes qui va se poser et qui est à la fois un problème de présentation et de fond, c’est qu’il existe un risque que la somme des engagements nationaux qui seront annoncés avant la COP21, à travers ces « INDCs », ne soit pas suffisante pour respecter l’objectif des deux degrés. C’est ce que nous disent les spécialistes, nous verrons bien mais les premières contributions laissent effectivement à penser, si on prend la simple addition des « INDCs », que l’on serait au-dessus de deux degrés. Cela ne veut pas dire du tout que la COP21 serait inutile, c’est même le contraire. Cela signifie néanmoins que la COP21 ne sera pas simplement un point d’aboutissement de quelques chose mais un point de départ d’autre chose. Il faudra donc prévoir, c’est l’un des sujets dont il faudra discuter dans les semaines qui viennent, des mécanismes : certains parlent de clauses de révision régulière des objectifs nationaux, d’autres de la fixation par les pays d’objectifs nationaux pour 2050, ou encore d’un objectif collectif de long terme plus précis que la limite des deux degrés. D’autres parlent également de la « neutralité carbone » à tel ou tel moment ou d’un objectif très ambitieux d’énergie propre.

J’insiste sur ce point, parce que je pense que lorsque davantage de contributions auront été publiées, le chiffre des deux degrés et l’addition des contributions nationales ne vont pas nécessairement correspondre. Il faudra alors expliquer, par l’action et par la proposition, comment en tirer toutes les conséquences.

C’est donc le deuxième pilier, toute une série de contributions nationales qui seront importantes et intéressantes.

Il y a un troisième pilier qui ne sera pas nécessairement inclus juridiquement dans l’accord mais qui est absolument décisif, c’est le pilier financier et technique. Lorsque l’on parle en particulier avec les pays en voie de développement de ces questions d’émission de gaz à effet de serre, ils disent qu’ils sont d’accord mais qu’ils sont très peu émetteurs de ces gaz alors qu’ils sont les premiers à être frappés par les conséquences du dérèglement climatique. Si on souhaite qu’ils fassent ce qui est nécessaire, il faut que nous dispositions de finances et de technologies.

C’est une évidence et ces questions seront d’ailleurs abordées tout au long de cette année avec toute une série d’échéances. On devra les aborder à l’initiative de l’Allemagne et de la France lors du G7 qui aura lieu en Allemagne dans quelques semaines. Ces questions seront posées certainement aussi au mois de juillet lors du sommet d’Addis-Abeba qui traitera des questions de finances où il y aura - et il faudra encore faire œuvre de pédagogie et de méthodologie - avec une certaine confusion entre les finances nécessaires au développement général et les finances nécessaires au climat. Il y a des intrications entre les deux financements et il faudra en effet que nous avancions.

Nous avons obtenu, et c’est une bonne chose, que ces questions soient traitées lors des réunions du FMI et de la Banque mondiale car lorsque l’on parle de finances, mieux vaut - même si c’est un peu difficile d’en parler avec les financiers et nous en reparlerons en octobre lors de la réunion à Lima - qu’ils nous disent clairement comment mobiliser les 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020. Et aussi que fait-on du « Green climate fund » qui devra être opérationnel au moment de la COP21. Ce point est absolument crucial, de même qu’est cruciale, - car tout ne viendra pas d’un financement public -, l’idée que la prise en compte des questions climatiques dans les financements est indispensable et peut être bénéfique pour la croissance, pour les institutions et pour les entreprises. Sur ce point, il y faut faire évoluer les mentalités dans les institutions multilatérales, dans les entreprises privées et publiques, dans tous les organes de financement. Il faut montrer que c’est indispensable, que c’est nécessaire et que c’est possible.

Ce sera donc en lien avec les technologies pour une économie sobre en carbone.

Enfin le quatrième pilier, c’est une innovation par rapport aux COP précédentes. Elle est inscrite dans les décisions que nous avons prises à Lima en décembre de l’année dernière. C’est ce que l’on appelle « l’agenda de Paris à Lima » et dans notre vocable, nous l’appelons aussi « l’agenda des solutions ». C’est non seulement l’idée, mais la mise en œuvre des faits que ce ne sont pas seulement les gouvernements qui ont à prendre position sur ce sujet mais aussi les grandes villes, les régions, les entreprises, les secteurs économiques, les organisations et plus largement la société civile. Tous ces acteurs doivent pouvoir apporter un certain nombre de choses pour lutter contre le dérèglement climatique.

De même qu’il y a les « INDCs », il y a les « non governmental determined contributions » et l’idée serait de pouvoir, en évitant les doubles comptes, agréger aux engagements des États, les engagements de ces grandes villes, de ces régions, de ces entreprises, de ces secteurs économiques qui, peu à peu et, nous l’espérons, assez vite, vont aller vers la lutte contre le dérèglement climatique. Nous prévoyons d’ailleurs qu’il y ait au sein de la COP21 une journée au moins qui soit consacrée à cet « Agenda des solutions » pour montrer, y compris physiquement, par le biais des maires, des présidents de grandes régions et les responsables des secteurs économiques, qu’il y a des engagements qui peuvent être pris, qui sont pris et que les technologies sont au point.

Je ne dis pas que nous réussirons sur tous ces aspects mais, au moins, la COP21 ce n’est pas un seul élément, c’est l’ensemble de ces quatre piliers. Et cette proposition, que nous avons faite avec M. Manuel Pulgar-Vidal, président de la COP20, avec lequel je travaille très étroitement, des quatre piliers est une idée qui maintenant, je crois, est entrée dans l’esprit des uns et des autres et est bien acceptée.

Si on me dit « est-ce que cela va être un succès ? », je me réfugierai derrière une citation en l’occurrence de Léon Blum à qui on demandait dans une grande circonstance : « est-ce que vous pensez que cela va réussir ? » et il avait une formule que je trouve très belle : « Je le crois parce que je l’espère ».

Alors, pourquoi, en essayant de rendre cela plus rationnel, les chances de succès sont plus fortes qu’à d’autres moments ? D’abord, c’est de tirer d’une mauvaise situation une bonne chose, parce que le phénomène contre lequel nous devons lutter s’est aggravé.

Mais, outre cette donnée de base, je pense que, quand on prend un peu de recul, il y a trois grands changements par rapport à des périodes passées.

Premier élément, le contexte scientifique n’est pas le même du tout que celui que nous avons connu il y a même dix ou cinq ans. Je ne dis pas que le climatoscepticisme a totalement disparu et ce matin je lisais des déclarations de tel ou tel responsable républicain américain qui montraient qu’il reste quand même quelques personnes qui devraient lire les journaux.

Au plan général, grâce en particulier au travail exceptionnel fait par le GIEC, on a de moins en moins de climatoscepticisme et le fait scientifique que le phénomène du dérèglement climatique existe et qu’il est lié à l’activité humaine n’est plus sérieusement contesté dans la plupart des milieux de décision.

Évidemment, c’est un changement très important par rapport à d’autres périodes où, quand vous abordiez ces questions, beaucoup disaient : « Est-ce que cela existe vraiment ? L’homme est-il responsable de cela ? Et de toute manière c’est une affaire que l’on verra lors du prochain millénaire ». Le contexte scientifique, avec les effets de la science, a complètement changé et dans le bon sens.

Deuxième modification très importante du contexte qui va peser : l’économie et la technologie ont bougé sur ces points-là. La technologie, c’est évident, j’y ai fait allusion. Les technologies sont maintenant de plus en plus nombreuses, de plus en plus efficaces et de moins en moins chères. Mais les milieux économiques eux-mêmes ont changé, je ne dis pas tous mais beaucoup d’entre eux ont compris que c’était à la fois une nécessité d’ordre physico-morale mais qu’en plus c’était un des ressorts les plus forts de la croissance du futur. C’est ce qui explique d’ailleurs que l’on puisse réunir un Agenda des solutions et que l’on puisse demander à des grands secteurs économiques de se mobiliser. Je pense que, compte tenu de l’influence de l’économique sur le reste de la société, c’est une donnée très favorable.

Puis, un troisième aspect qui a beaucoup changé, c’est la donne internationale. Le président Obama est très engagé de manière absolument incontestable ainsi que mon collègue John Kerry. Ils veulent vraiment mettre leur crédit en jeu quels que soient les obstacles rencontrés au Congrès. La Chine et son président sont engagés, c’est manifeste à travers l’accord américano-chinois et c’est manifeste lorsque vous discutez avec les responsables chinois. Ces deux grands pays, qui n’étaient pas auparavant les plus prosélytes dans ce domaine, entraînent le mouvement avec beaucoup d’autres qui font que le contexte est tout à fait différent.

Ce qui fait que notre défi pour le succès de la COP21, c’est bien sûr le travail de conviction et je compte sur chacune et chacun d’entre vous pour aider à ce travail. Mais c’est aussi et surtout le « comment ». Le « pourquoi », je pense qu’il a été largement compris, le « oui » il faut encore le renforcer, mais il faut travailler beaucoup sur le « comment ».

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de difficultés qui soient considérables, elles sont de toutes sortes. La difficulté, c’est que chaque pays regarde midi à sa porte et qu’en fonction de la différence de situation, les efforts sont différents. C’est légitime pour une grande part dans la mesure où cela ne bloque pas le travail d’ensemble.

Il y a aussi le fait que certains gouvernements - je ne veux pas distinguer le gouvernement et le pays puisqu’à la COP21 c’est le gouvernement qui lève ou non la main -, pour des raisons en général idéologiques, ont montré leurs réticences. Et notre travail - je dis « notre » parce que nous sommes tous concernés -, c’est un travail de conviction. C’est-à-dire qu’à chaque fois que nous rencontrons un dirigeant d’un de ces pays, il faut que nous posions la question de l’action de ce pays en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique. Il faut que nous avancions des arguments, il faut que nous le convainquions. Et ce travail ne peut pas être fait uniquement par les ministres de l’environnement, qui ont un rôle tout à fait essentiel, mais il doit être fait par l’ensemble des gouvernements et je dirais l’ensemble de la société ; la responsabilité de la société civile est évidemment très importante.

C’est nécessaire parce que les choses sont ainsi faites que cet accord indispensable ne peut être acquis que par consensus. Il faut donc qu’à la fin de la Conférence, dans l’hypothèse souhaitable où nous serions arrivés à un texte commun, je le soumette au vote et que tout le monde lève la main. Je ne peux pas faire et je ne me vois pas vraiment faire ce qu’avait fait mon prédécesseur – c’était au Qatar - qui, à la fin de la conférence, avait soumis le texte à l’approbation de l’assemblée et avait dit, c’est la formule, « qu’est-ce qui est pour ? Qui est-ce qui est contre ? Personne n’est contre. Adopté. ». Mais, malheureusement, il y avait pas mal de gens qui étaient contre. Je ne me sens pas exactement faire cela. Donc, il faut que la conviction, que la pression, que les modalités soient telles qu’à la fin on puisse obtenir un consensus.

Si on veut aller en ce sens, il faut que nous fassions un énorme travail de conviction, au plans technique et surtout politique. Il faut que nous comprenions bien que dans ces conférences il y a des groupes de pays mais aussi, et cela est un fait nouveau, que ces pays, indépendamment de la représentation du groupe, souhaitent être traités en tant que tel. Et ils souhaitent - après tout ce n’est pas illégitime – que l’on réponde à leur question « qu’ai-je à gagner dans cet accord que l’on me demande de partager ? ».

Il y a donc tout un travail qui est fait, qui est un travail politique dans le meilleur sens du terme, qui est de comprendre, sans remettre en cause l’équilibre d’ensemble, qu’il y a des choses à faire. En particulier pour le cas des AOSIS parce que le problème des AOSIS c’est que, quand vous êtes gouvernant d’une île ou d’un ensemble d’îles et que vous risquez d’être tout simplement recouvert par les flots, votre problème n’est pas exactement le même que celui de la Grande-Bretagne ou celui de la France.

De la même façon il y a une spécificité de l’Afrique. L’Afrique est très diverse mais les pays d’Afrique ont des spécificités qui demandent à être prises en compte dans le cadre de cette COP21. De la même façon, tel ou tel ensemble de pays d’Amérique du Sud.

Il va donc falloir à la fois trouver cet accord d’ensemble mais être suffisamment concret pour que les gouvernements se disent que cela vaut le coup et qu’il faut avancer dans ce sens. Et non pas pour dans cinquante ans : avec la COP21 notre accord doit porter sur la période d’après 2020. Mais plus on commence vite, plus, évidemment, les conséquences concrètes sont positives. Nous avons donc tout un travail à faire sur la période 2015-2020, il ne faudrait pas que les gouvernants et l’opinion publique, qui joue un rôle très important, se disent : « on nous dit des choses qui sont pour dans très longtemps ». Il faut à la fois avoir la vision longue mais aussi montrer le cheminement et avoir aussi l’aspect plus court.

Pour conclure, je voudrais dire un mot sur les conséquences que je tire de ces quelques éléments sur la méthode de négociation. La France en est l’hôte et j’ai dit que c’est un honneur et c’est une responsabilité. Mais être l’hôte, assumer la présidence d’une conférence comme celle-ci, cela ne veut pas dire qu’on puisse procéder par imposition, encore moins par arrogance, cela n’aurait aucun sens. Le rôle qui est celui de la présidence, en l’occurrence de la présidence française, c’est d’écouter chacun, de respecter ce que chacun a à dire, d’essayer de faciliter une synthèse, de garder un bon niveau d’ambition mais nous ne pouvons pas nous substituer aux parties prenantes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, probablement, on a choisi le ministre des affaires étrangères pour présider cela, parce que normalement le ministre des affaires étrangères doit favoriser une négociation. En tout cas, c’est notre rôle.

La France elle-même aura, et c’est Mme Ségolène Royal qui développera ce point, à expliquer ce qu’elle fait, à travailler au sein de l’Europe d’une manière positive, à montrer en France ce que nous faisons en matière de transition énergétique et dans d’autres domaines. Mais, pour ce qui est de la présidence, il faut que nous soyons plutôt des facilitateurs avec ambition et on ne peut pas procéder autrement.

Cette conférence est à la fois un point d’aboutissement et un point de départ. J’étais à Lima à la COP20 et la plupart des orateurs qui intervenaient disaient : « à Paris, l’année prochaine, ce sera un grand succès ». Très bien, il vaut mieux arriver avec un esprit positif. Simplement, beaucoup d’entre eux disaient au début de leurs propos : il y a un point très important, très difficile mais nous n’allons pas le traiter aujourd’hui, on va plutôt le remettre à l’année prochaine. Je leur disais : « rapprochez les deux termes de votre discours et ce serait bien quand même, si vous souhaitez qu’il y ait un succès à Paris, qu’il y ait quelques questions qui aient été réglées avant ».

La question du temps est très importante. Je ne pense pas que l’on puisse attendre de régler tous les problèmes avant même qu’ait commencé la COP21. Je ne suis pas un spécialiste de ces questions, même si j’essaie de rattraper mon retard, mais ce que j’ai compris, c’est qu’au fond il y a une sorte de contradiction dont on a du mal à sortir. L’organisation des travaux des COP, consiste tout au long de l’année à réunir des techniciens pour essayer d’avancer sur toute une série de sujets. Mais les techniciens, même les meilleurs du monde, produisent ce que l’on met dans la machine c’est-à-dire de la technique et ils ont énormément de mal à surmonter les contradictions et à faire des choix. Le choix doit appartenir aux politiques. Et si les politiques n’interviennent qu’au moment de la COP21 qui dure 11 jours, - et la première partie est en général consacrée à la technique - cela devient très compliqué. Et ce n’est pas parce qu’on l’a déjà fait dans telle ou telle conférence auxquelles je pense où on ferait venir à la fin du processus de très grands dirigeants qu’en deux jours ou même en une nuit, ils pourraient résoudre ces questions.

Nous avons ce problème qui n’est pas simplement un problème de méthodologie mais qui est un problème plus profond. Nous avons parlé avec beaucoup de responsables de différents pays et nous allons essayer - j’espère que nous allons y arriver - de préparer les choses le plus en amont possible pour faire que, si cela est à notre portée mais cela demandera des choix politiques, de grandes questions aient été tranchées avant même que commence la COP21. Et pour que tout le travail ne soit pas accumulé au dernier moment, sinon nous risquons, comme disent les mathématiciens, d’avoir une équation surdéterminée et nous n’y arriverons pas.

Cela veut dire très concrètement, et alors que la COP21 va commencer fin novembre, l’objectif que nous nous sommes fixés, avec le secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon qui est très engagé dans ce processus, c’est d’essayer d’avoir traité de grandes questions dès la fin du mois d’octobre de cette année pour que seules certaines questions qui ne vont pas être réglées puissent être traitées ensuite à la fin lors de la COP21 ; le travail de toutes les manières sera considérable. Cela demande donc qu’il y ait une pression de nature politique qui soit exercée sur les négociateurs techniciens. Cela demande qu’il y ait une mobilisation politique et c’est au premier chef le président de la République qui le fera, je serai bien sûr à ses côtés, pour que l’on ne soit pas pris par le temps et que l’on parvienne à concilier ces impératifs qui jusqu’à présent ont eu beaucoup de mal à être conciliés.

Cette conférence est très importante pas seulement parce que, comme le dit avec une formule qui résume tout Ban Ki-moon, il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B. Cela résume tout et on comprend tout.

Ce qui est en cause, c’est plus largement le système multilatéral. Si nous n’arrivons pas au succès lors de cette conférence, je pense que c’est la méthode elle-même de discussion qui ne pourra pas être reprise. Or comment peut-on résoudre des problèmes par définition mondiaux s’il n’y a pas une méthode de discussion qui engage les uns et les autres. Dans cette conférence, et bien au-delà d’une conférence que la France serait heureuse d’accueillir en contribuant à sa réussite, c’est vraiment le multilatéralisme qui est en jeu. Et la question toute simple, mais qu’il va falloir faire partager à tous, c’est comment faire en sorte que le monde soit encore vivable. Je compte beaucoup sur les dirigeants du monde entier, sur les responsables du monde entier, sur toutes les organisations. Bien sûr les gouvernements feront je l’espère ce qu’ils doivent faire mais si la société civile dans sa diversité est mobilisée dans le bon sens, c’est ainsi que nous allons réussir. Je sais que c’est votre souhait et la France fera le maximum pour qu’il en soit ainsi.

Dernière modification, le 13/04/2015

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