Dérèglement climatique - COP21 - Cérémonie d’ouverture de la session du groupe de travail sur la plateforme de Durban (Bonn, 01/06/2015)

Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP2

Dear Christiana, Mr Ambassador, who is representing Minister Manuel, Dears Delegates,

Now, I turn to French.

Chers Amis, je suis heureux d’être avec vous aujourd’hui pour l’ouverture de cette session de travail si importante pour d’avancer vers le succès que nous souhaitons tous pour la COP21 à Paris.

Nous sommes à mi-chemin d’une année 2015 qui est toute entière placée sous le signe du développement et du climat. Parmi les nombreuses réunions internationales très importantes qui ont lieu cette année, nous aurons en juillet prochain la conférence d’Addis Abeba sur le financement du développement, le sommet de New York en septembre sur les Objectifs de développement durable, et enfin la COP21 de Paris en décembre. Nous avons la responsabilité collective de définir un cadre d’action international qui puisse concilier à la fois l’aspiration de tous à la prospérité et les limites naturelles de notre planète.

Ce que je veux vous dire, c’est la chose suivante : nous devons préparer ces échéances en lien les unes avec les autres. Et je suis persuadé, comme vous tous ici, que nous ne gagnerons pas la bataille du développement et de l’élimination de la pauvreté sans gagner la bataille contre le réchauffement climatique.

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Chers Amis, que souhaitons-nous pour Paris ? Bâtir ensemble une « Alliance de Paris pour le Climat », qui nous permette de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2°C ou 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Une Alliance qui puisse donner le signal clair à nos concitoyens à travers le monde, à nos collectivités et à nos entreprises que nous sommes en train d’engager une transition résolue vers des économies plus sobres en carbone tout en garantissant à tous un accès équitable au développement durable.

Cette alliance de Paris, je la présente souvent en quatre volets.

D’abord, le premier volet - et c’est absolument l’essentiel - un accord universel et juridiquement contraignant, selon une formule juridique à définir sur la base du mandat de la COP de Durban. Cet accord devra porter sur l’atténuation et sur l’adaptation, qui est une priorité pour tous les pays qui ressentent déjà les effets du dérèglement climatique, et parfois de façon tragique. Cet accord devra aussi prendre en compte les responsabilités et les capacités de chacun, qui évoluent. Il devra être durable et mettre en place un processus de coopération entre nous pour renforcer notre effort collectif et atteindre progressivement notre objectif commun de long terme, que nous devons essayer de préciser. C’est le premier, évidemment essentiel, et sur lequel vous travaillez tous ici utilement.

Le deuxième volet, ce sont les contributions déterminées nationalement (INDC). Certains pays les ont déjà présentées. Dans la préparation de Paris, il est important que chaque pays puisse présenter sa contribution nationale, avec des engagements en matière d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, mais également des projets d’adaptation. C’est le deuxième volet que nous constaterons à Paris et sur lequel le secrétariat de la convention fera un travail de recensement.

Le troisième volet de notre alliance - tout à fait essentiel -, c’est celui des moyens financiers, technologiques et en termes de renforcement des capacités à mettre en œuvre. S’agissant des financements, il nous faut créer la confiance sur le fait que sera effectivement tenu l’engagement pris à Copenhague en 2009 de mobiliser 100 milliards de dollars par an en 2020, à destination des pays en développement - et une partie transitera des 100 milliards par le Fonds vert. Plus largement, nous devons mettre en place les règles et les incitations pour permettre une réorientation profonde des flux financiers, publics et privés, vers l’économie sobre en carbone. Et j’insiste sur cette question des financements et de la technologie, car nous savons bien qu’elle détermine beaucoup de choses.

Enfin, le quatrième volet de cette « Alliance de Paris », c’est le « Plan d’action de Lima à Paris », l’Agenda des actions, qui vise à associer les acteurs non-étatiques, c’est-à-dire les collectivités locales, les entreprises, les associations, afin qu’eux aussi prennent des engagements - j’y insiste -, en soutien et non en remplacement de ceux des États, de façon à renforcer notre effort collectif, notamment - ce sera un point important - avant même 2020. Nous avons prévu de vous présenter l’état d’avancement de ce volet avec le Pérou en début d’après-midi. Manuel vient de nous délivrer un message - je reprends ses termes - d’espoir et d’optimisme. Je veux lui rendre hommage, ainsi qu’à toute son équipe péruvienne parce qu’ils ont fait un travail magnifique. Il m’a dit quelque chose lors de notre dernière conversation, qui m’a beaucoup frappé : à chaque réunion, il doit y avoir un nouveau progrès. Je pense que c’est une idée qu’il faut garder en tête.

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Chers Amis, sur chacun de ces points que je viens de citer, nous devons avancer avant même la conférence de Paris. Et à moins de 200 jours de la COP21, chaque rendez-vous doit constituer un pas supplémentaire vers l’accord de Paris.

Grâce à vos efforts au cours des dernières années, nous disposons aujourd’hui d’un projet d’accord, mais, chacun le sait, c’est un texte long et qui sur plusieurs points n’a pas encore choisi. Nous devons donc faire des choix.

J’ai totalement confiance dans la capacité des co-présidents, Ahmed Djoghlaf et Dan Reifsnyder, que je veux saluer, à faciliter et guider nos travaux.

Ici, en juin, il nous faut avancer sur trois volets :

- distinguer ce qui relèvera de l’instrument juridique proprement dit et ce qui relèvera des décisions de la COP ;

- simplifier et parvenir à raccourcir le texte du futur accord, en commençant à rédiger les dispositions sur lesquelles se dégage un consensus et en isolant les grandes options plus politiques que les ministres devront trancher ;

- et puis, bien sûr, préparer une décision sur l’action avant même 2020 en vue de son adoption à Paris.

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En tant que futur président de la COP21, je suis à votre entière disposition, mon équipe et singulièrement ma négociatrice Laurence Tubiana, pour soutenir le processus de négociation. Et, puisque j’ai la chance de m’adresser à vous, je voudrais vous dire un peu plus précisément ici comment nous entendons ce rôle de présidence et comment nous allons préparer les choses, si vous le voulez bien, ensemble.

À chaque étape, nous entendons collaborer avec nos amis péruviens parce que nous avons beaucoup à apprendre de leur présidence de la COP 20, mais aussi - chacun le comprendra - parce qu’il est important de rappeler que pays du Nord et pays du Sud peuvent et doivent travailler ensemble pour relever un défi commun. Et nous préparons aussi les choses avec le Maroc, en vue de la COP22.

Nous serons à l’écoute de tous les pays, petits et grands, riches et pauvres, avec évidemment une attention plus soutenue, particulière, pour les pays les plus vulnérables, les plus exposés aux effets que nous ressentons déjà du dérèglement climatique. Avec le président de la République française, nous avons déjà commencé depuis plusieurs mois - et nous allons continuer - à écouter toutes les parties, pour bien comprendre vos idées, vos attentes et les préoccupations de chacune et de chacun.

Nous devrons veiller également à ce que tous les observateurs de ce processus puissent s’exprimer, car leur contribution a une grande valeur.

Je sais pouvoir compter sur vous non seulement pour défendre les intérêts de votre pays ou de votre groupe, mais aussi pour faire preuve de compromis afin de trouver un accord à la hauteur de la menace climatique qui nous affecte tous.

Et en retour, j’aurai besoin de votre confiance pour préparer et présider la conférence dans un esprit d’impartialité, de transparence - pace que c’est essentiel pour construire la confiance - et d’ambition.

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Le calendrier ? Vous savez mieux que quiconque à quel point les négociations climat sont compliquées : ce n’est donc pas à la dernière minute de la COP21 que nous pourrons préparer et obtenir l’accord équilibré et ambitieux dont nous avons besoin. Et évidemment, je ne souhaite absolument pas avoir à sortir un texte de mon chapeau, au contraire.

L’objectif est donc, ensemble, que nous parvenions à un pré-accord dès le mois d’octobre dans le cadre du groupe ADP. La COP21 permettrait ensuite d’y mettre la dernière main et de traiter les points en suspens, mais sur la base d’un texte solide et clair pour tous.

Pour faciliter vos travaux, nous avons commencé et nous allons poursuivre, avec le Pérou, l’organisation de consultations informelles sur les questions les plus difficiles. Ces réunions seront toujours ouvertes à tous ceux qui souhaitent y participer et, dans un souci de transparence mais aussi d’efficacité, nous en rendrons compte régulièrement au groupe ADP. Parce que la transparence est une condition essentielle de la confiance entre nous.

Il y a déjà eu deux premières réunions, à Lima en mars puis à Paris en mai. Elles ont permis d’identifier de possibles zones de compréhension mutuelle sur les questions d’adaptation et d’ambition. Nos collègues péruviens et l’ambassadrice Tubiana vous rendront compte des discussions en ouverture de la session de l’ADP tout à l’heure.
Je souhaite également pousser les discussions rapidement avec mes collègues ministres. J’ai prévu d’organiser une première réunion ministérielle les 20 et 21 juillet à Paris, puis une deuxième le 7 septembre toujours à Paris. Ces consultations devraient nous permettre d’avancer sur des questions très délicates afin de faciliter vos travaux dans le cadre du groupe ADP.

Souvent, on me pose la question sur l’implication des chefs d’État et de gouvernement. D’un côté, nous savons que cette implication doit faire l’objet de beaucoup de précautions, parce que les négociations peuvent être très techniques - ce n’est pas le rôle des chefs d’États et de gouvernement de se prononcer sur des points techniques. Mais d’un autre côté, sur un sujet aussi important que le dérèglement climatique, nous avons besoin d’une orientation politique claire au plus haut niveau, qui donne un mandat fort aux négociateurs, puis aux ministres qui participeront à la COP21.

Et dans ces conditions, nous envisageons une réunion des chefs d’État et de gouvernement en septembre prochain à New York, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, avec le président français et le Secrétaire général des Nations unies, qui sont très engagés dans ce combat pour la planète ; et sans doute la présence des chefs d’État et de gouvernement qui le souhaiteront au moment de l’ouverture de la COP21, s’ils veulent confirmer l’impulsion politique.

Mais c’est aux ministres que reviendra la responsabilité de conclure les négociations à Paris et je souhaite, en lien avec le Secrétaire de la Conférence et en particulier avec Christiana Figueres, que je salue très chaleureusement, les impliquer dès la fin de la première semaine de la COP21.

Je voulais vous donner ces indications, qui ne sont pas encore des décisions, pour situer le calendrier dans lequel nous travaillons.

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Je veux maintenant conclure. À mesure que je rencontre mes homologues des différents pays, des dirigeants de collectivités locales, des chefs d’entreprises, des représentants de la société civile ou de simples citoyens, je suis frappé, je pense comme vous, par la mobilisation qui monte sur ce sujet et la volonté unanime de réussir.

Combien de fois ai-je entendu ces mots : un échec de la COP21 serait dramatique en lui-même et car il porterait en plus un coup, peut-être fatal, au processus même de discussion ; et donc nous avons absolument besoin d’un succès à Paris.
J’ai en particulier pu observer, à l’occasion des consultations avec le secteur privé sur le climat qui se sont tenues mi-mai à Paris, une mobilisation croissante du secteur privé. Les acteurs économiques développent des solutions d’avenir, ils s’engagent dans des initiatives collaboratives et sectorielles, mais ils attendent - c’est normal - des signaux politiques forts pour accélérer le mouvement. En particulier sur la question dite du prix du carbone.

Entreprises, collectivités, ONG, citoyens : tous font leur part du travail et ils attendent avec raison - et nous n’allons pas les décevoir - que nous fassions le nôtre. Ici, à Bonn, nous allons enclencher la vitesse supérieure. Les concepts, les idées, les propositions ont été clarifiées autant qu’ils pouvaient l’être ; ils figurent dans le texte, très large, issu de notre dernière réunion à Genève. Il nous faut maintenant avancer pour décider.

Nous avons deux semaines de travail. Cela peut paraître long mais c’est en fait terriblement court, parce c’est un très gros travail. Je veux féliciter et dire ma totale confiance dans les coprésidents, les présidents des organes subsidiaires, les facilitateurs, chaque délégué, vous tous. De l’extérieur, le travail du groupe ADP est peu connu, parfois même peu compris. Mais nous savons tous ici que le travail ici est absolument essentiel. Ce n’est pas un travail comme un autre mais, pour la plupart d’entre vous, C’est la conviction et le travail de toute une vie. Vous avez et nous avons ensemble une responsabilité considérable.

Je nous souhaite une excellente session de travail parce ce je suis convaincu que le succès indispensable de la COP21 repose pour une large partie sur chacune et chacun d’entre vous./.

Dernière modification, le 08/03/2016

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