Discours de Ségolène Royal, au nom du gouvernement français, aux obsèques des victimes de l’attentat antisémite à Paris, 13/01/15

Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, au nom du gouvernement français, Givat Shaul, Jérusalem (13/01/15) :

« Aujourd’hui, en ce cimetière de Givat Shaul, je viens rendre

l’hommage solennel de la Nation française aux quatre victimes

d’un lâche et misérable assassinat.

Nos pensées vont à Yohan Cohen et Yoav Hattab, exécutés au

seuil de leur vie d’adulte en voulant protéger leurs compagnons.

Nos pensées vont aussi à Philippe Braham et François-Michel

Saada, deux hommes respectés et estimés. A leurs familles et à

leurs amis réunis ici, je veux adresser les condoléances de la

République française et partager leur détresse.

Ils ont tous les quatre été tués parce que juifs. C’est la plus

révoltante des morts.

Aujourd’hui nos pensées sont tournées vers vous. Votre douleur

est la nôtre, votre douleur est celle de la France toute entière qui

pleure avec vous vos enfants, vos frères et vos amis lâchement

assassinés.

La France souffre aujourd’hui comme vous et se rappelle, avec

vous, de Myriam, Gabriel, Arieh et Jonathan, eux aussi juifs, eux

aussi lâchement assassinés parce que juifs.

L’antisémitisme n’a pas sa place en France. C’est là, aussi, le

message des millions de Français qui se sont retrouvés dimanche

dans les rues du pays tout entier. « Je suis Charlie ! » mais aussi

« Je suis juif ! » raisonnaient à l’unisson dans les rues du pays.

Dimanche, le Chef de l’Etat s’est rendu à la Grande Synagogue de

Paris, pour témoigner de cette solidarité et de cette détermination

car la France, je le redis, sans les juifs de France n’est pas la

France comme l’a dit le Premier Ministre.

L’histoire a créé une relation indestructible entre la République et

les juifs de France. Les valeurs de liberté et de fraternité qui

défilaient dimanche entre la place de la République et celle de la

Nation, étaient celles de Voltaire mais aussi de Zola et de Jaurès

qui s’étaient déjà levés pour défendre l’honneur outragé du

capitaine Dreyfus.

Aujourd’hui cette histoire encore nous oblige et la République

sera, comme elle l’a toujours été, au rendez-vous de ces valeurs. Je

veux vous assurer, ici, de la détermination sans faille du

Gouvernement français à lutter contre toutes les formes d’actes

antisémites et c’est pourquoi le président de la république a

annoncé que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sont en

2015 la grande cause de la Nation tout entière.

Je sais l’effroi et la peur légitimes que suscitent de tels actes. Mais

je veux vous redire ceci avec force : chaque coup porté à un Juif

est un coup porté au peuple Français. La France gagnera ce

combat contre l’antisémitisme, elle s’en donne des moyens

exceptionnels aujourd’hui en protégeant avec détermination les

lieux de vie, de culte, d’enseignement de la communauté juive de

France.

La France compte en son sein la première communauté juive

d’Europe. C’est sa fierté, une part de sa grandeur, une

composante essentielle de son identité. Elle contribue aujourd’hui

comme hier au rayonnement de notre pays, elle lui a tant offert. Il

est de notre responsabilité de préserver la place qui est la sienne

dans notre pays : nous mènerons ce combat sans faiblesse et sans

compromis.

C’est ce que nous devons aux victimes que nous pleurons

aujourd’hui. Nous leur devons aussi la reconnaissance officielle de

la Nation.

Vous êtes la République et la République a comme plus haute

distinction la Légion d’Honneur.

C’est pourquoi au nom du Président de la République, je

m’adresse à vous

Philippe Braham

François-Michel Saada

Yohan Cohen

Yohav Attab

je vous fais chevaliers dans l’ordre de la Légion d’Honneur et je

vais remettre les insignes à vos familles en deuil. »

Dernière modification, le 13/01/2015

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