Etat Islamique/terrorisme - Propos de Manuel Valls

Tunis, le 8 septembre 2014

Q : Vous parliez du terrorisme, il y a de très nombreux jeunes en Tunisie comme en France qui partent faire le djihad en Irak ou en Syrie. Ce matin, on pouvait lire que Nemmouche se vantait de préparer un attentat contre la France. Est-ce qu’en décidant de frapper directement en Irak, la France ne s’expose pas inutilement à des représailles, à des attentats ? J’ai dit « inutilement » car militairement les Américains n’ont pas besoin de nous pour cette opération.

R : Nous sommes confrontés à une menace terroriste d’une très grande ampleur, inégalée, avec ce mouvement terroriste et barbare : "Daech". Et donc nous devons être totalement engagés dans la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas uniquement la nécessité impérieuse de lutter contre un groupe terroriste et barbare. Il y a derrière cela une question de civilisation pour nos sociétés, pas pour nos sociétés occidentales, pour nos sociétés démocratiques, tout simplement. Depuis plus de deux ans, c’est l’ancien Ministre de l’Intérieur qui vous parle aussi, nous le savons, des milliers d’Européens, des milliers de Maghrébins, de jeunes, combattent en Syrie et sans doute aujourd’hui en Irak.

Face à cela, il faut une réponse de la communauté internationale. Nous savons parfaitement, et c’est l’un des risques majeurs que nos sociétés peuvent connaître, que ceux qui combattent en Syrie ou en Irak, qui se forment à la terreur, peuvent revenir dans nos pays respectifs. C’est vrai pour la Tunisie, c’est vrai pour la France. Et nous ne ferions rien ? Nous n’assumerions pas nos responsabilités ? Non, le rôle de la France c’est d’assumer pleinement ses responsabilités. Et la rencontre qu’il y aura prochainement à Paris va évidemment dans ce sens avec la légalité internationale qui doit s’imposer, ça a toujours été la position de la France, et avec l’idée de soutenir le gouvernement irakien pour que celui-ci permette à la fois l’unité du pays et la stabilité. Nous assumons nos responsabilités.

Le procureur de Paris a fait une déclaration ce matin sur le cas de cet individu dont nous connaissons le potentiel. Sur ces questions-là, il faut garder raison, il faut que les informations soient traitées avec intelligence en pensant aujourd’hui à ceux qui sont encore malheureusement otages, sans déclencher de polémique inutile. Et le combat contre le terrorisme, avec les armes de la démocratie, sous l’égide de la communauté internationale, en bâtissant une coalition la plus large possible : c’est la position de la France. Et le Chef de l’Etat, le président de la République François Hollande, est engagé sur ce terrain-là parce qu’il sait parfaitement, comme chacun d’entre nous, le danger que cela représente pour nos démocraties. (…)

Q : Monsieur le Premier ministre, Libération affirme ce matin que Mehdi Nemmouche projetait un attentat le 14 juillet à Paris. Est-ce que vous confirmez cette information ? Est-ce qu’il y avait d’autres projets d’attentat, à votre connaissance, prévus ?

R : Si j’ai bonne information, le Procureur de Paris, M. Molins, a démenti les informations publiées par le journal Libération. Sur ces questions-là, non seulement il faut être discret mais il faut être prudent et vous le savez parce qu’il y a derrière des vies en jeu.

Cependant, le danger terroriste, il existe, et nous savons le danger potentiel réel, concret que représentent ces individus qui partent pour un projet mortifère combattre en Syrie ou en Irak. Et le retour peut être mortel. Je rappelle que cet individu, qui est actuellement en Belgique, est poursuivi puisqu’il serait l’auteur de l’attentat du musée juif de Bruxelles. Ça veut dire que le danger est là, et que c’est la plus grande menace que nous n’ayons jamais connu depuis des décennies.

C’est une menace pour nos intérêts, c’est une menace pour nos concitoyens, mais c’est une menace plus générale pour les valeurs qui sont les nôtres et que nous partageons avec nos amis tunisiens. Ces terroristes, ces barbares, car nous avons tous évidemment à l’esprit des images terribles, encore ces dernières semaines, qui sont combattus également sur le terrain en Irak, veulent s’en prendre au fondement même de ce qu’est la civilisation, bâtie autour de l’émancipation de l’être humain, de l’homme.

Et ce que nous combattons ensemble, Français et Tunisiens, et au-delà, ce sont ceux qui veulent toucher, atteindre ce modèle civilisationnel. Donc c’est pour cela que c’est une guerre, encore une fois sur les bases du droit, de la démocratie, sur les fondements de la communauté internationale, qui est un combat tout à fait essentiel. Il faut le faire dans un travail de renseignement, de coopération le plus efficace possible.

En France, c’est ce que nous avons engagé quand j’étais Ministre de l’Intérieur, que Bernard Cazeneuve poursuit, je vous rappelle que dans quelques jours l’Assemblée nationale va être saisie d’un nouveau texte qui donnera davantage de moyens pour combattre le terrorisme : des moyens juridiques, je vous rappelle que nous nous appuyons aussi beaucoup sur les familles, sur la coopération avec les pays les plus concernés. Donc c’est tout le gouvernement qui est engagé.

Photo : Jackolan1

Dernière modification, le 10/09/2014

haut de la page