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Transcription de l’interview
Q - Bonjour Christophe Bigot, bonjour Monsieur l’Ambassadeur. Vous avez vu Gilad Shalit quelques minutes hier, il venait de rentrer chez lui en Galilée. Comment l’avez-vous trouvé ? Sur les images, il paraissait très maigre, très pâle et très affaibli ?
R - Physiquement, il est bien sûr faible, il est pâle, mais j’ai trouvé un garçon extraordinairement lucide, un garçon qui écoutait, qui parlait de manière très claire et qui, je crois, avait un regard très juste sur ces cinq années d’isolement total. J’ai senti que c’était quelqu’un qui avait beaucoup souffert mais qui était tout à fait maître de lui-même. Il a dit à ses parents et à mon équipe, sa reconnaissance pour tous les efforts qui ont été faits pour lui durant ces cinq dernières années.
Q - Savez-vous déjà quelles ont été les conditions de sa détention pendant plus de cinq ans ? Où était-il ? A-t-il été traité correctement ?
R - Je ne voudrais pas entrer trop dans les détails mais, comme son père l’a indiqué, il a été victime de quelques blessures qui n’ont pas été bien soignées. Il m’a dit qu’il pouvait regarder la télévision et surtout les programmes sportifs et les programmes des chaînes nature. Par contre, il lui était interdit de regarder les chaînes d’information. Pour l’anecdote, il m’a confié avoir suivi le Tour de France et cela lui avait permis de rester connecter avec notre pays et avec la réalité.
Q - Quels sont les liens exacts de Gilad Shalit avec la France ? Pourquoi a-t-il la double-nationalité ?
R - Il tient ces liens de sa grand-mère qui était marseillaise et qui est arrivée à Haïfa dans les années 1950. Elle a travaillé au Centre culturel et ensuite, son fils Noam et son petit-fils ont souhaité garder cette relation étroite avec la France, cet attachement qui est un attachement culturel, affectif et personnel. C’est tout à leur honneur et la France se devait, naturellement, de leur apporter le plus complet soutien, comme à l’égard de tous les citoyens français, en France ainsi qu’à travers le monde.
Q - Et ses parents sont israéliens, n’est-ce pas ?
R - Ses parents sont israéliens et français.
Q - Gilad Shalit contre 1.027 Palestiniens, jamais Israël n’avait payé aussi cher. On a souligné le rôle de l’Égypte, quel a été celui de la France dans cet échange ?
R - La France a été aux côtés à la fois des parents de Gilad mais aussi des autorités israéliennes et des médiateurs successifs pour leur apporter tout son soutien. Un soutien qui n’a pas seulement été moral. La France a répété dans les différentes enceintes, au G20, au G8, dans les réunions de l’Union européenne que le sort de Gilad Shalit était, pour nous, une priorité. C’est important.
Ce soutien a aussi été très concret, il se faisait en coulisse. Nous avons soutenu toutes les demandes qui nous ont été présentées par le médiateur allemand, puis ensuite par l’Égypte.
Vous connaissez l’étroitesse de la relation entre la France et l’Égypte et nous avons été à ses côtés pour lui apporter tout ce qui était nécessaire. Vous avez raison, le rôle de l’Égypte a été déterminant. Ce pays est en mesure de recevoir et de parler avec le Hamas et il a une frontière avec Gaza. L’Égypte s’est investie entièrement dans cette mission.
Q - Vous avez assisté à la joie de ce pays Israël, à la libération de son soldat, de son fils et vous avez aussi forcément pensé aux victimes, aux familles des victimes d’attentats dont les auteurs ont été libérés.
R - Bien sûr. Ce fut un moment de joie extraordinaire, je le ressentais à la fois parce que j’habite en Israël mais aussi parce que je connais très bien la famille Shalit. Je la connais depuis 2006, ce sont des gens qui sont extrêmement nobles, touchants et courageux. Mais c’est vrai, vous avez raison de le souligner, le prix est très élevé pour cette libération. Il y a dans la société israélienne, beaucoup de discussions à ce sujet. Nous avons jugé que la décision du gouvernement de M. Netanyahou était courageuse parce que, c’est vrai, il y a des familles endeuillées, ce sont des familles dont le père, le fils, la mère ont été tués encore tout récemment lors de l’Intifada. Ce n’était donc pas une décision facile de libérer certains des auteurs de ces attentats.
Q - Cela crée-t-il un malaise quand même ?
R - Cela crée une réflexion sur le fait de savoir quelle devrait être l’attitude d’Israël s’il y avait à nouveau des prises d’otages. Il y a actuellement un débat qui est en cours pour établir des règles mais je crois que ce qui a prévalu, et tout le monde ici le reconnaît, c’est qu’il y avait une occasion, un moment unique pour pouvoir libérer Gilad qui est un peu ici, le fils de chacun ; chacun se reconnaît en lui, chacun y voit un frère ou un fils. C’était un moment unique pour le libérer et il a été saisi.
80 % des Israéliens considèrent que c’était la bonne décision à prendre tout en sachant, tout en connaissant le prix, la libération d’auteurs d’attentats et les risques pour l’avenir parce que peut-être, certains d’entre eux voudront reprendre le chemin de la violence.
Q - Monsieur l’Ambassadeur, on dit que cet échange est la rencontre de deux fragilités, le gouvernement israélien et le Hamas, tous deux affaiblis par la demande de reconnaissance de la Palestine à l’ONU par Mahmoud Abbas. Cela n’aura pas été possible sans la rencontre de ces deux fragilités ?
R - J’ai une lecture beaucoup plus positive. Je pense que cela montre qu’il peut y avoir des décisions courageuses de part et d’autre, qu’il peut y avoir une culture de compromis et que les acteurs régionaux comme l’Égypte peuvent jouer un rôle essentiel. Je pense que c’est un message qui peut être très positif pour l’avenir, pour une reprise comme nous la souhaitons intensément des négociations entre Israéliens et Palestiniens et aussi pour permettre d’établir une relation plus normale entre Israël et Gaza.
Comme vous le savez, nous souhaitons la levée du blocus et nous souhaitons évidemment aussi l’interruption des tirs des roquettes de Gaza vers Israël.
C’est plutôt un message d’espoir, je crois, pour l’ensemble de la région./.