INTERVIEW. L’école Marc Chagall, l’excellence pédagogique

Une interview de Pierre Nahim réalisée par David Bronner pour Guysen International News - Mardi 26 janvier 2010 à 13:56

Située dans le quartier historique de Neve-Tzedek, près de la place Suzanne Dellal, l’école Marc Chagall de Tel-Aviv accueille les enfants de 3 à 11 ans. Aujourd’hui, ce sont 125 élèves de 17 nationalités qui bénéficient d’un enseignement de qualité et personnalisé. Pierre Nahim, le directeur de l’école Marc Chagall raconte l’histoire de cet établissement unique, dévoile ses ambitions, et donnerait aux plus grands l’envie d’y retourner…

Vendredi 29 janvier, la direction de l’école organise une "Journée Portes Ouvertes" destinée aux parents désireux d’offrir à leurs enfants une scolarité d’excellence. Une occasion unique de rencontrer directement des enseignants et des parents d’élèves qui répondront à toutes les questions en français, en hébreu, mais aussi en anglais, arabe, russe ou italien...

Guysen : Vous dirigez une école qui porte un nom prestigieux et symbolique, racontez-nous son histoire...

Pierre Nahim : A l’origine, cet établissement français créé en 1966 par un petit groupe de diplomates en poste à Tel-Aviv, s’appelait La Petite Ecole Française et était installé à Jaffa. Quand on déplaça cet établissement au 24 rue Chelouch, dans le quartier de Neve Tzedek, adresse qu’il occupe actuellement, il fut appelé L’Ecole Française de Tel-Aviv. Au début des années quatre-vingts, les élèves proposèrent de donner un nom à leur école. Les élèves, leurs parents, et les enseignants hésitèrent entre plusieurs noms de personnalités françaises et ce fut, après un vote général, le nom de Marc Chagall qui fut choisi. Personnellement, je trouve que c’est un excellent choix. Qui ne connaît pas ce peintre d’origine russe, ayant adopté la nationalité française et qui était très lié à Israël ? C’était un artiste cosmopolite et il correspond tout à fait à ce que représente le Collège Marc Chagall de Tel-Aviv. Un établissement français accueillant cette année dix-sept nationalités différentes. (française, israélienne, russe, américaine, italienne, espagnole, …)

Le collège Marc Chagall de Tel-Aviv, au même titre que le Lycée Français de Jérusalem, est un établissement fonctionnant sous couvert de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), structure mise en place par le Ministère Français des Affaires Etrangères et Européennes. Cette agence créée en 1990 veille au bon fonctionnement des établissements scolaires français à l’étranger. Les deux établissements font partie de la Zone Europe du Sud-Est qui regroupe douze pays (l’Italie, la Grèce, Chypres, la Slovénie, la Roumanie, la Croatie, la Turquie,…) et se trouvent sous la responsabilité pédagogique d’un Inspecteur de l’Education Nationale Française basé au Lycée Franco Hellénique d’Athènes.

Guysen : Combien d’élèves l’école accueille-t-elle aujourd’hui ? Quelles sont les capacités, et les spécificités ?

Pierre Nahim : Actuellement, l’école accueille 128 élèves, de la petite section maternelle, enfant de 2 ans, à la classe de sixième, pour nos plus grands élèves âgés de 11 ans.

Il y a encore quatre ans nous accueillions des élèves jusqu’à la classe de seconde. Comme vous le savez, en septembre 2007, le Collège Lycée franco-israélien Raymond Leven a ouvert ses portes sur le campus de Mikve Israël à Holon. Cet établissement, projet commun des deux gouvernements, français et israélien, accueille les classes de cinquième à terminale. Il représente notre collège de référence. Avec Christian Pouteau, directeur de la filière francaise, il s’est mis en place une collaboration pédagogique assurant un suivi cohérent entre les deux établissements. Comme cela se passe en France, entre l’école primaire et le collège. Cette année, nous travaillons sur un projet musical commun à tous les établissements de la zone.

En effet, sous l’impulsion des Directeurs des écoles françaises de la zone Europe du Sud-Est et de l’Inspecteur de l’Education Nationale est né le projet "Chante ton Pays". L’objectif étant d’éditer un CD de chansons du folklore des pays de la zone. Nos élèves de CM2, de sixième et les élèves de cinquième du collège Raymond Leven, se retrouvent lors de répétitions communes et préparent deux chansons en hébreu, chansons qui accompagnerons les chansons des douze pays de la zone.

Le collège Marc Chagall est un collège "multi-cultures" puisqu’il accueille pas moins de dix-sept nationalités. Les cours se déroulent en français avec dès la grande section maternelle, une initiation à l’hébreu et à l’anglais. Il est possible pour les parents d’inscrire leur enfant à des activités périscolaires en hébreu, en anglais et aussi en espagnol.

Guysen : Quelles sont vos ambitions pour les dix prochaines années ?

Pierre Nahim : Dès la rentrée prochaine, nous espérons accueillir encore plus d’élèves. Sans parler des dix prochaines années, l’équipe pédagogique qui s’est étoffée en l’espace de trois ans élabore son projet d’établissement sur trois années. Ce projet définit quatre objectifs principaux. Il s’agit de poursuivre cette volonté d’ouverture au pays d’accueil, à la culture israélienne, de définir des actions dans le domaine de l’histoire des arts (davantage de visites de musées et prévoir l’accueil d’artistes israéliens à l’école), de favoriser l’intégration d’élèves non francophones et pour cela, leur donner les moyens de suivre les cours en français (aide personnalisée ciblée) et enfin de poursuivre notre politique en matière d’enseignement des langues étrangères. Comme vous pouvez le voir, sur les trois années à venir nous avons déjà beaucoup à faire pour rendre notre établissement encore plus performant en matière de pédagogie.

Guysen : Vous organisez des JPO ce 29 janvier, pourquoi ? Vous souhaitez ouvrir l’éducation à la française aux israéliens francophones ?

Pierre Nahim : Le collège français Marc Chagall accueille cette année 22 % d’enfants israéliens. Pour nous et pour toute l’équipe pédagogique c’est une vraie réussite quand on sait qu’il y a encore six ans aucun élève israélien n’était inscrit à Chagall. Nous avons réussi à faire reconnaître à quelques familles israéliennes qui deviennent de plus en plus nombreuses que notre pédagogie centrée sur le respect de l’élève et sur un projet pédagogique ambitieux, celui de la réussite scolaire de tous les élèves, leur apporte ce qu’elles attendent d’un établissement scolaire.

Pour les élèves non francophones, nous mettons en place une aide personnalisée visant à leur permettre au bout d’un certain temps de suivre correctement leur scolarité. Pour certains élèves, il suffira de trois ou quatre mois, pour d’autres le temps d’apprentissage du français nécessitera une ou deux années. Chacun avançant à son propre rythme. En général, nous accueillons les élèves non francophones jusqu’à l’âge de 6 ou 7 ans, en classe de CP ou CE1. Depuis trois ans, nous avons noté que les familles israéliennes russophones étaient également très intéressées par notre établissement.

Vous voyez, nous avons non seulement ouvert notre école à des familles israéliennes francophones mais également à des familles israéliennes non francophones. Ces familles sont de plus en plus séduites par l’école française.

Ceci peut s’expliquer aussi par le fait que depuis six ans, un des objectifs de notre Projet d’Etablissement concerne l’ouverture à la culture israélienne. L’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger souhaite vivement que les écoles françaises mettent en place des actions favorisant l’ouverture à leur pays d’accueil respectif. Je crois, sans me tromper, qu’à Tel-Aviv nous avons beaucoup œuvré dans ce sens.
Je pourrai vous citer beaucoup d’actions qui ont permis à nos élèves de mieux connaître Israël, sa population, son histoire, ses régions, sa faune et sa flore.

Les classes se rendent fréquemment dans les moshavs ou les kibboutz (à la découverte des olives et de l’huile d’olive, de la fabrication du pain, de la laine, des oranges, des abeilles et de la fabrication du miel, le monde des canards) qui ont mis en place un système d’accueil pour les écoles extrêmement bien pensé, à la fois ludique et pédagogique. Nous nous rendons très souvent dans les musées. Cette année, le collège Marc Chagall a signé une convention de partenariat avec le musée Nahum Gutman qui se trouve en plein cœur du quartier de Névé-Tzedek. Toutes les classes peuvent visiter ce musée et participent à des ateliers d’art plastique dirigés par des artistes ou pédagogues israéliens.

En mai 2009, les classes de CE1 et CE2 (élèves de 7 et 8 ans) ont visité la région du Golan. Cette sortie pédagogique de trois jours et deux nuitées, pour des élèves encore jeunes, s’est formidablement bien passée. Bien évidemment, ce type de projet est mûrement réfléchi. Puis est élaboré un dossier pédagogique qui ne doit rien laisser au hasard. Ce dossier est adressé à l’Inspecteur de l’Education Nationale Française et au Conseiller Culturel de Tel-Aviv qui donnent leur avis et accordent les autorisations.

Vendredi 29 Janvier, nous ouvrirons notre établissement et nos salles de classe aux personnes désirant mieux connaître notre école. Cet événement est très important dans la mesure où c’est la première fois qu’une telle opération est organisée. De nombreux parents d’élèves seront présents pour expliquer le fonctionnement du collège. Ils pourront répondre aux questions, en français, en hébreu, en anglais, en arabe…

Dernière modification, le 26/01/2010

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