Intervention du représentant permanent de la France aux Nations unies

Intervention devant le conseil de sécurité du représentant permanent de la France aux Nations unies (New York, 22 juillet 2014)

(…)

Au quinzième jour de guerre ouverte entre Israël et le Hamas, la conclusion d’un cessez-le-feu ne peut plus attendre et doit permettre la relance d’efforts pour apporter une solution de fond. En effet bilan est accablant. Côté israélien, la population qui vit dans l’angoisse des tirs de roquette. Côté palestinien, des centaines de morts et plus de 100 000 déplacés ; et des quartiers, comme celui de Shejaiyah, deviennent des symboles de l’intensité des opérations israéliennes.

Monsieur le Président,

C’est la troisième offensive menée par Israël sur la bande de Gaza depuis 2008. Comme les fois précédentes, dans la situation actuelle, personne ne peut gagner :

Le Hamas ne peut gagner, car en choisissant de poursuivre l’escalade, il n’a obtenu qu’une chose : le déclenchement du feu israélien sur Gaza. Et il l’a fait sciemment, car le Hamas savait quelle serait la réponse d’Israël aux centaines de roquettes tirées vers son territoire. Israël ne peut gagner, car l’offensive terrestre lancée la semaine dernière ne permettra pas de démanteler les capacités de nuisance du Hamas ; ni de le discréditer, celui-ci pouvant même sortir renforcé de l’épreuve de force, aux yeux d’une population qui ne connaît d’Israël que ses missiles, ses soldats et ses tanks.

Enfin, c’est surtout et encore une fois la population civile de Gaza qui est la principale victime, avec des pertes humaines chaque jour plus lourdes, et demain une précarité aggravée par les destructions en cours. Comme le président de la République française l’a remarqué, tout doit être fait pour mettre un terme immédiat à la souffrance des populations civiles à Gaza.

Le secrétaire général l’a dit, notre priorité immédiate est la conclusion d’un cessez-le-feu, sur la base de la proposition égyptienne endossée par la Ligue arabe. Des efforts diplomatiques intenses sont en cours, dans de nombreuses capitales régionales, par plusieurs hauts responsables. Il convient de faire converger les efforts régionaux de médiation.

Le secrétaire général, le ministre des affaires étrangères français ce week-end, aujourd’hui le secrétaire d’État John Kerry se trouvent ou se sont rendus dans la région. Nous espérons que leurs efforts aboutiront rapidement. Ce qui signifierait :

Tout d’abord l’arrêt immédiat des tirs de roquettes du Hamas sur Israël, dont la sécurité est un droit absolu. Deuxièmement l’arrêt immédiat de l’offensive israélienne. Certes Israël cherche à cibler le Hamas, organisation que la France - et ses partenaires européens - ont reconnue comme terroriste. Mais les faits n’en sont pas moins là : désormais plus de 580 morts, dont 75 % sont des civils selon les Nations unies et une grande partie des enfants, ce qui est contraire à l’impératif légal de protection des civils.

Pour autant, nous le savons, un cessez-le-feu ne suffira pas. Une trêve durable doit être conclue, qui réponde aux causes profondes du conflit, aux préoccupations légitimes des parties et permette une relance du processus de paix :

La sécurité d’Israël doit être garantie, ce qui implique notamment de lutter plus efficacement contre le trafic d’armes.
Gaza doit pouvoir reprendre vie, car la misère, le désespoir et le désœuvrement font grossir les rangs du Hamas, plus qu’ils ne l’affaiblissent. C’est pourquoi il importe de travailler à la levée du blocus, et à la pleine mise en œuvre de l’Accord sur le Mouvement et l’Accès (AMA) de 2005, endossé par la résolution 1860 (2009). L’Union européenne pourrait y contribuer, au moyen d’une réactivation de la mission EUBAM à Rafah, comme l’a proposé la France.

Il importe naturellement d’associer étroitement l’Autorité palestinienne à la sortie de crise. C’est avec M. Abbas qu’il faudra coordonner les efforts de reconstruction et la levée du blocus. Il faut, enfin et surtout, œuvrer au règlement politique, qui seul permettra que nous n’assistions plus, comme trois fois depuis 2008, à une répétition tragique des éruptions de violence.

Monsieur le Président,

C’est aujourd’hui le dernier débat consacré au Moyen-Orient auquel je participe. Permettez-moi de sortir un instant du tourbillon sanglant d’une actualité hélas répétitive, pour rappeler les données de base de ce conflit.

Depuis 20 ans, avec infiniment de patience, de détermination et d’imagination, on a essayé de mettre un terme au conflit, en convaincant les deux parties de négocier directement, sans intervention internationale. Dieu seul sait le nombre de combinaisons et de formulations qui ont été tentées et proposées en vain. Le moment est donc venu de conclure que ces efforts louables ont échoué parce que la méthode est erronée. Jamais Israéliens et Palestiniens ne parviendront à la paix par eux-mêmes : les causes en sont trop nombreuses, et dirais-je trop évidentes, pour que je les énumère.

Il ne s’agit pas, j’insiste sur ce point, de recourir à des quelconques pressions sur les parties qui ne fonctionneraient pas. Il s’agirait au contraire d’un agenda positif, que l’ensemble de la communauté internationale proposerait aux deux parties pour franchir le pas de la paix. L’une a peur pour sa sécurité, et l’autre pour son existence nationale. Américains, Européens et Arabes peuvent répondre à ces préoccupations : intégration et association aux organisations régionales, aides financières, garanties de sécurité, ouverture de pleines relations diplomatiques, sont autant de propositions à explorer. Il y en a d’autres.

Nous devons convaincre l’homme de la rue, à Tel-Aviv et à Gaza que la paix ne sera ni un saut dans l’inconnu, ni une capitulation, mais l’entrée dans un monde nouveau. Au lieu de réparer sans fin le moteur de la même voiture, ce que font des négociateurs qui sont d’ailleurs souvent les mêmes depuis 20 ans, il faut changer la voiture. Nous avons besoin d’idées nouvelles, qui visent d’abord à briser le mur de peur, de méfiance et de haine, qui s’oppose à toute avancée, et laisse la voie libre aux extrémistes des deux camps. Tant que l’homme de la rue ne demandera pas de paix, il n’y aura pas de paix.

Il est peut-être déjà trop tard, je le crains, mais la communauté internationale dans son ensemble portera alors la responsabilité de la longue tragédie qui sera alors le destin de la Terre Sainte. (…)./.

Dernière modification, le 24/07/2014

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