Irak - Conférence de presse de L.Fabius

Irak - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (New York, 22/09/2014)
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Q - Beaucoup pensent maintenant que le problème de Daech est un problème d’abord arabe et musulman. Alors on a bien vu que la France était partante dès le départ, est ce que vous pouvez nous expliquez ici un peu quelle est la particularité de la vision française de ce problème, de ce danger ? Et puis une deuxième question, est ce que vous pensez qu’en France, dans l’évaluation française des choses, qu’à partir d’un certain moment, des forces terrestres devraient être envoyés en Irak ou peut-être même en Syrie ?

R - D’abord, vous avez raison de dire, s’agissant de Daech, que c’est d’abord le territoire sur lequel ce groupe agit qui doit réagir. S’agissant de l’Irak, nous avons dit que c’est d’abord aux Irakiens eux-mêmes de mener ce combat. Simplement, pour qu’ils puissent le faire, une unité politique était nécessaire. Le nouveau gouvernement de M. Al-Abadi permet d’aller en ce sens, et c’est à ce titre que nous le soutenons tous ensemble parce que, dans le passé, le gouvernement précèdent, par les choix qu’il avait fait, ne permettait pas cette unité.

Donc d’un point de vue à la fois politique et stratégique, nous pensons que c’est aux Irakiens de mener ce combat. Maintenant, l’Irak nous a demandé de façon tout à fait officielle, par lettre, d’assurer une protection, un soutien aérien et le président de la République, chef de l’État, chef des armées a décidé qu’il en serait ainsi. Demain la question sera examinée comme c’est normal par l’Assemblée nationale. Il n’y a pas de vote mais c’est une consultation tout à fait légitime et donc nous avons décidé d’apporter à la demande de l’Irak et conformément au droit international notre soutien aérien et je vous confirme qu’il n’y aura pas d’engagement des troupes au sol. D’ailleurs je crois avoir vu que le gouvernement irakien avait précisé récemment qu’il ne le souhaitait pas.

Alors vous posez la question des arabes. Oui, bien sûr le monde arabe est directement concerné. Vous avez vu qu’il y a eu une réunion importante avant celle de Paris qui a eu lieu à Djeddah. Il y a toute une série de conversations qui ont lieu en ce moment. Et nous souhaitons bien sûr que le maximum de pays s’engage car la vision selon laquelle Daech serait opposé aux chrétiens, ou serait opposé à telle ou telle minorité est complètement inexacte et même erronée. Daech, ce groupe terroriste, se prétend un califat, c’est-à-dire qu’il veut exercer un contrôle sur l’Irak, sur la Syrie, sur la Jordanie, sur le Liban, sur la Palestine, sur Israël, en attendant le reste. Et donc tous ces pays, toute la région est concernée et j’ajouterais nous aussi puisque vous avez vu les déclarations et au fond, son message c’est : tous ceux qui ne pensent pas comme nous, Daech, doivent être tués. Et donc, nous attendons de nos amis arabes et du monde arabe en général, qu’il s’engage fermement puisque c’est sa propre défense qui est en cause.

Q - Est-ce que le fait d’avoir un otage peut infléchir ou remettre en cause notre intervention militaire en Irak ?

R - Nous avons affaire à un groupe terroriste d’une cruauté extrême. Vous avez vu leurs déclarations préalables et puis les déclarations après la prise d’otage. Ils veulent, c’est leur raison d’être, inspirer la terreur et faire pression sur la politique de la France. L’attitude de la France est constante dans ce domaine. Nous essayons de faire le maximum pour libérer les otages, et en l’espèce, cet otage. Mais un groupe terroriste ne peut pas infléchir la position de la France.

Q - Est-ce qu’il y aurait moyen d’imaginer par exemple une pause dans les frappes pour laisser un espace à la négociation ?

R - Non, la position de la France a été déterminée par le président de la République. Elle est guidée par la défense de nos propres intérêts. C’est non seulement parce que ce groupe est un groupe qui sème la terreur et qui n’a que la haine comme programme. Mais c’est aussi notre défense, à nous Europe, à nous Français qui est en jeu. C’est notre sécurité qui est en jeu. Et il n’est pas question de céder, si peu que ce soit, aux menaces des terroristes.

Dernière modification, le 24/09/2014

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