Irak - Conférence de presse de M. François Hollande

Irak - Conférence de presse de M. François Hollande, président de la République - Propos liminaires (Paris, 18/09/2014)

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Mon premier devoir, c’est d’assurer la sécurité de la France. J’en ai la responsabilité. Or, le monde, je le disais, est menacé. Menacé gravement par un terrorisme qui a changé de dimension. Un terrorisme qui n’a jamais disposé d’autant de moyens : financiers, militaires, humains. Un terrorisme qui prétend non plus simplement contester les États mais prendre leur place. Un terrorisme qui s’en prend à la population, bien sûr, la plus fragile, et quelle que soit sa religion.

Ce sont ces groupes que nous avons combattus, et d’ailleurs victorieusement, au Mali. D’autres agissent au Nigeria, en Libye, en Somalie, mais c’est en Irak et en Syrie, que le danger est le plus grand. Le mouvement terroriste, que l’on appelle Daesh, a prospéré dans le chaos syrien et, disons-le, aussi parce que la communauté internationale est restée inerte.

Je me souviens aussi des paroles que j’avais prononcées - c’était il y a un an - après que le régime de Bachar Al-Assad ait utilisé des armes chimiques. Les armes chimiques ne sont plus là, mais le terrorisme, lui, s’est engouffré dans la brèche. Il occupe de larges parties du territoire et maintenant en Irak.

Il massacre toutes celles, tous ceux qui lui résistent. Il chasse les minorités, notamment chrétiennes. Il commet des atrocités sur les civils, décapite des journalistes, crucifie même ses opposants, enlève des femmes. Voilà le mouvement auquel nous faisons face.

Les réfugiés se comptent par centaines de milliers, par millions même. Je n’oublie pas qu’il y a 200.000 victimes du conflit syrien. 200.000 ! Et beaucoup d’autres cherchent à fuir, comme ils peuvent, et essaient de traverser la mer Méditerranée au péril de leur vie.

Ce groupe terroriste, « Daech », attire, en plus, des combattants du monde entier. En France, près de 1.000 Français ou résidents en France ont rejoint ce groupe en Syrie et en Irak. Des jeunes endoctrinés, embrigadés, souvent même mineurs, risquent leur vie - 36 sont morts - et peuvent revenir avec les pires projets dans la tête. Chacun a en mémoire ce qui s’est produit au musée juif de Bruxelles avec ces assassinats. Ce n’est pas seulement l’Irak qui est menacé, pas seulement le Moyen-Orient, c’est l’Europe, c’est le monde !

Je reviens d’Irak et notamment au Kurdistan irakien. Le président Barzani m’a dit qu’il avait retrouvé un char qui était occupé par des assaillants terroristes. Il m’en a donné la nationalité. Il y avait un Allemand, un Tchèque, un Russe et un Libyen. Voilà ce qu’est aujourd’hui ce mouvement : un mouvement qui vient de partout et qui veut conquérir des territoires.

La France a donc pris ses responsabilités. Au cours du mois d’août, j’ai autorisé la livraison d’armes aux Irakiens. Laurent Fabius s’est rendu sur place pour que ces combattants, courageux, puissent endiguer le terrorisme. Vendredi, avec le ministre des affaires étrangères et le ministre de la défense, je me suis rendu en Irak pour y rencontrer les nouvelles autorités légitimes. Elles m’ont demandé une seule chose, en plus de l’aide humanitaire et de l’aide matérielle que nous avions déjà fournies : l’appui de la France pour des opérations de protection aérienne. Je leur ai indiqué, alors, ma disponibilité.

Lundi s’est tenue, à Paris, à l’initiative de la France et de l’Irak, une conférence internationale. Elle a fourni un cadre politique pour le soutien à l’Irak dans tous les domaines. Je les ai évoqués : humanitaire, sécuritaire, sanitaire mais aussi militaire. La menace a été également identifiée par le conseil de sécurité des Nations unies.

Ce matin, j’ai réuni le conseil de Défense et j’ai décidé de répondre à la demande des autorités irakiennes pour accorder le soutien aérien. Notre but est de contribuer à la paix et à la sécurité en Irak en affaiblissant les terroristes. Je le dis, aussi nettement que j’affirme la nécessité de ce soutien et de cet appui aérien, nous n’irons pas au-delà : il n’y aura pas de troupes au sol et nous n’interviendrons qu’en Irak.

Conformément à la Constitution, le Parlement sera informé dès les premières opérations engagées, c’est-à-dire vite. Le Premier ministre réunira les présidents des groupes parlementaires du Sénat et de l’assemblée nationale dès la semaine prochaine. Un débat pourra avoir lieu au sein des assemblées.

Voilà la décision que j’ai prise. Elle est fondée sur l’enjeu de notre propre sécurité. Elle suppose également que nous puissions lutter, ici en France, contre le terrorisme. À l’Assemblée nationale, le ministre de l’intérieur - aujourd’hui retenu car il est auprès des victimes des intempéries dans l’Hérault tout au long de ces dernières heures - a fait adopter le projet de loi à la quasi-unanimité pour lutter contre les filières terroristes et pour faire en sorte que les jeunes ne puissent pas être embrigadés sur des lieux de combats où ils n’ont pas leur place.

J’ai entendu l’appel des parents, de ces mères, de ces pères, qui voyaient des jeunes filles, des toutes jeunes filles, partir sans savoir où elles allaient pour se retrouver sur un champ de bataille, quelquefois exploitées dans les pires conditions. Alors, nous devons agir dans le respect des libertés. Agir pour notre sécurité. (…)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification, le 22/09/2014

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