Irak - Conférence internationale sur la paix et la sécurité (Paris, 15/09/2014)

Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international

Mesdames et Messieurs,

Je vais vous faire un compte-rendu de cette réunion qui a rassemblé 29 délégations, 29 pays et organisations internationales, parmi lesquels les cinq membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies, de nombreux pays arabes et d’une façon générale, des représentants du monde entier.

L’objet de cette conférence - il a été défini ce matin-même par le président irakien et le président français -, c’est de rassembler un mouvement puissant pour la paix et la sécurité en Irak.

Dans quelques instants, nous ferons distribuer, sous notre responsabilité, les conclusions que nous tirons de cette conférence mais je voudrais pour ma part, avant de laisser la parole à mon collègue et ami, insister sur trois ou quatre points.

Le premier point : le mouvement Daech, qui n’est ni un État ni représentatif de l’Islam, est un mouvement d’une dangerosité extrême que toutes celles et tous ceux qui sont là considèrent nécessaire de faire reculer, puis disparaître. Pourquoi ? Parce que le mot d’ordre de ce groupe terroriste est tragiquement simple et il a été très bien résumé ce matin par le président irakien. Les égorgeurs de Daech, c’est ainsi que je les appelle, disent au monde entier : « Ou bien vous êtes avec nous, ou bien nous vous tuerons ». Lorsque l’on a à faire à un groupe de la sorte, il n’y a pas d’autre attitude que de se défendre. C’est ce que la communauté internationale, quelles que soient ses nuances et ses différences, a décidé de faire.

La deuxième observation, c’est que tout le monde est concerné et pas seulement les pays qui sont directement frappés comme l’Irak, la Syrie et les pays voisins. C’est l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, l’Europe elle-même et la France et le monde entier. On sait qu’il n’y a pas d’exemple où un groupe terroriste s’arrête de lui-même, c’est la raison pour laquelle il y a eu récemment une réunion à Djeddah et il y en aura d’autres. Il y en a bientôt une aux Nations unies, parce que tout le monde est concerné dans cette lutte nécessaire.

La troisième observation que je voudrais faire, c’est que si l’on veut mener une lutte efficace contre ces terroristes - ce qui prendra du temps car c’est une action de long terme -, il faut que cette action soit globale.

Ce matin, nous avons parlé d’une approche politique. C’est parce que les autorités irakiennes ont maintenant décidé une approche inclusive après les élections qu’elles sont en situation, avec notre soutien, de mener cette lutte. C’est donc une approche politique qui est indispensable et qui explique le soutien que nous apportons tous, unis, aux nouvelles autorités d’Irak.

Ce n’est pas seulement politique mais aussi sécuritaire. Lorsque l’on a face à soi un groupe terroriste aussi dangereux, il faut prendre un certain nombre de dispositions militaires, différentes selon les pays concernés, mais qui vont permettre d’aider nos amis irakiens ou d’autres à mener le combat.

Il faut aussi des dispositions corrélatives. Beaucoup ce matin ont insisté sur la nécessité de tarir le financement de ce groupe terroriste et une conférence sera prochainement organisée en ce sens à l’initiative de nos amis du Bahreïn.
De la même façon, il faut interrompre et stopper les flux de combattants qui viennent de nombreux pays du monde. On a cité le chiffre de 51 pays qui, bien évidemment, ne doivent plus pouvoir alimenter les combats sur le terrain.

Par ailleurs, il y a la dimension humanitaire et de reconstruction. Il y a près de deux millions de personnes déplacées en Irak et il y a des situations extraordinairement difficiles. Aujourd’hui, les gens sont démunis dans une chaleur suffocante. Dans quelques semaines, le froid arrivera et il faut que l’ensemble des pays - ils ont commencé à le faire - que ce soit dans les pays voisins, en Europe et à travers l’Organisation des Nations unies, apportent leur soutien sur le plan humanitaire et sur le plan de la reconstruction de l’Irak. C’est un pays potentiellement riche mais qui a besoin de notre soutien à tous.

Voilà quelques-uns des éléments abordés ce matin. Je suis bien sûr lacunaire, mais ce sont les éléments qui m’ont personnellement frappé, ce qui signifie que cette conférence internationale a été, de l’aveu de tous, utile. Elle va permettre d’avancer dans le soutien nécessaire à la paix et à la sécurité en Irak et dans la lutte non moins nécessaire contre le groupe terroriste Daech.

Nous allons clore là cette réunion. Chacun de ceux qui sont intervenus l’ont fait avec gravité, compte tenu des atrocités commises ces derniers jours. Je pense en particulier à la décapitation de ceux qui voulaient donner le meilleur d’eux-mêmes pour aider les autres, notre ami britannique, nos amis américains et combien d’autres qui, tous les jours, tombent sous les coups des terroristes de Daech.

Cette gravité m’a frappé mais en même temps, on voit réuni ces 30 pays qui sont parmi les plus puissants du monde - qui sont dans des situations géographiques, idéologiques et pratiques diverses - et qui disent tous : « Nous avons décidé de lutter contre Daech, pas seulement de le faire reculer mais de le vaincre ».

C’était à la fois une réunion de gravité mais une réunion d’espoir et c’est ainsi que nous l’avons tous vécu./.

Dernière modification, le 16/09/2014

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