Irak - Remarques à la presse de M. Laurent Fabius (New York, 19/09/2014)

"Je pense que l’intérêt de cette réunion, puisqu’elle a lieu à l’ONU avec le Conseil de sécurité sous une forme élargie, c’est de donner une audience internationale plus grande à la fois à la lutte contre les terroristes de Daech et au soutien à l’Irak ; voilà ce que cela signifie."

Q - Le but de cette réunion était-il de légitimer les frappes françaises en Irak ?

R - Non, les frappes françaises sont totalement légitimes. À partir du moment où nous avons reçu une demande écrite du gouvernement irakien de les appuyer en termes de forces aériennes, cela est totalement légitime en termes de droit international. Il n’y pas de nécessité, dans ce cas-là, d’aller devant le Conseil de sécurité. C’est clair.

Q - Cette réunion était censée clarifier les rôles de chacun dans cette coalition, est ce qu’on y voit plus clair maintenant ? Est-ce que l’on sait qui fait quoi dans cette coalition ?

R - Je pense que l’intérêt de cette réunion, puisqu’elle a lieu à l’ONU avec le Conseil de sécurité sous une forme élargie, c’est de donner une audience internationale plus grande à la fois à la lutte contre les terroristes de Daech et au soutien à l’Irak ; voilà ce que cela signifie. Cela n’a pas une valeur juridique. Il y avait déjà eu la réunion de Djeddah, mais là c’était entre pays arabes. Ensuite, il y a eu la réunion de Paris, qui était nettement plus large. Cette fois, c’est dans le cadre d’un Conseil de sécurité élargi. Cela n’a pas de valeur juridique à proprement parler, mais les choses vont quand même dans le bon sens.

Q - Concrètement, je comprends ce que fait la France, je comprends ce que font les États-Unis, mais pour le reste…

R - Nous espérons que cela va se mettre en place dans les jours qui viennent.

Q - C’est un peu long à se mettre en place ?

R - Il y a des pays qui sont plus rapides que d’autres à prendre leurs responsabilités. En ce qui concerne la France, - je ne peux m’engager que pour la France -, nous avons défini au départ une position très claire : nous pensons que le groupe terroriste Daech est un danger mortel, pas seulement pour l’Irak ou pour la Syrie mais pour toute la région, et pour nous aussi. À partir de ce moment-là, nous avons dit que nous ne pourrons pas rester à l’écart. D’où ce que nous avons fait sur le plan humanitaire, la fourniture en équipement, et puis l’ordre qui a été donné ce matin par le président de la République de frapper conformément à ce qu’il avait dit dans sa conférence de presse. D’ailleurs, les choses se sont passées d’une manière extrêmement efficace. Donc, notre position est claire et nette, et nous souhaitons qu’il y ait un maximum de pays qui nous accompagnent dans le même mouvement.

Q - Est-ce que l’Iran doit avoir un rôle dans cette coalition, qui est à peu près la seule armée opérationnelle du secteur ?

R - Je l’ai dit dans mon intervention : c’est d’abord aux Irakiens d’assurer le soutien militaire. Nous et d’autres devons venir en appui. L’expérience que nous avons avec toute une série de conflits au cours des années passées montre que personne ne peut remplacer de l’extérieur une force militaire qui serait de fait : cela revient d’abord aux Irakiens. Pour cela il est nécessaire que les Irakiens soient unis. Ce n’était pas possible avec le précédent gouvernement, ça l’est avec celui-là. Ils doivent ensuite avoir des appuis : la France est un appui, les États-Unis sont un appui ; d’autres vont venir. Les Iraniens ont une situation géographique évidemment décisive. De plus, ils sont extrêmement sensibles à ce qui touche au sud de l’Irak, puisque le sud est chiite. Mais je crois qu’ils ont dit qu’ils ne voulaient pas à proprement parler faire partie de la coalition.

Q - Est-ce que vous estimez qu’une participation puissante de l’Iran au sein de la coalition serait la bienvenue, comme l’a indiqué M. Kerry tout à l’heure ?

R - Les Iraniens ont pris position contre Daech d’une façon nette. Il y a eu beaucoup de déclarations en ce sens. Ce qu’ils font concrètement, je n’en sais rien, mais s’ils peuvent agir concrètement, cela serait bien sûr utile.

Q - Si Daech se réfugie en Syrie, les frappes en Irak ne serviront pas à grand-chose, allez-vous aborder ce sujet de frappes en Syrie ?

R - C’est inexact. Aujourd’hui il y a 1,8 millions de personnes déplacées en Irak, ce n’est pas un petit nombre, et c’est à cause de Daech. Les gens de Daech sont des égorgeurs et, tous les jours, ils tuent des gens, violent des femmes, décapitent, encore l’autre jour un de vos collègues. Donc, on ne peut dire que c’est inutile. Cela dit, il est tout à fait exact que Daech a commencé en Syrie, avec d’ailleurs le soutien de M. Bachar Al-Assad, et qu’il y a encore des forces importantes. Il faut donc les poursuivre et faire ce qui est nécessaire en Irak et en Syrie. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai réaffirmé, au nom de la France que nous allons soutenir, comme nous le faisons, l’opposition modérée qui doit être renforcée. Il y a certainement d’autres choses à faire, mais la France ne peut pas non plus tout faire !

Q - A ce stade, combien de pays en dehors de la France ont pris des engagements concrets sur le volet sécuritaire de l’Irak ?

R - Combien de pays vont fournir des équipements militaires, un appui aérien : à ce stade, nous le savons pas encore. Ce qui est certain, c’est que les États-Unis sont engagés, la France a pris ses responsabilités, d’autres le feront, mais je ne suis pas chargé d’en discuter./.

Dernière modification, le 23/09/2014

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