Irak - Syrie - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec le quotidien « Le Figaro »

Irak - Syrie - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec le quotidien « Le Figaro » (Paris, 09/09/2014)

Q - Comment évaluez-vous la menace représentée par l’État islamique qui, en quelques mois, s’est emparé d’un vaste territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie où il fait régner la terreur ?

R - Nous sommes confrontés à un phénomène inédit et particulièrement alarmant. Le groupe terroriste appelé « État islamique » représente une menace sans équivalent. En termes militaires, ces djihadistes sont capables de mener à la fois des opérations terroristes, des actions de guérilla urbaine et d’utiliser des moyens militaires conventionnels.

D’autre part, aucun groupe terroriste ces dernières années n’a été aussi riche. Il a mis la main sur des équipements militaires sophistiqués, exploite des puits de pétrole et vend l’or noir à des prix très réduits. Enfin, sa vocation internationaliste : son projet est de dépasser les frontières et de retrouver la dimension du califat de Bagdad du

VIIIe siècle. Il exerce une attractivité considérable auprès de tous ceux, qu’ils soient tchétchènes, tunisiens, britanniques, français ou belges, qui veulent participer à ce fanatisme morbide et destructeur.

Q - Combien sont-ils à former l’État islamique ?

R - Entre 15 et 20.000 individus. Leur progression a été extrêmement rapide. Le mouvement est venu d’Irak, est passé en Syrie, puis est revenu en Irak avec la même volonté. Ce groupe s’est renforcé en récupérant les anciens soldats de l’armée de Saddam Hussein qui n’avaient pas été repris dans la nouvelle armée irakienne ainsi que différentes tribus sunnites qui se sentaient exclues du gouvernement.

Q - Comment la coalition internationale ébauchée au sommet de l’Otan va-t-elle pouvoir agir ? Des frappes aériennes seront-elles suffisantes ? La France pourrait-elle mettre des troupes au sol ?

R - La France a déjà apporté 63 tonnes d’aide humanitaire. Avec l’accord du gouvernement irakien, nous avons livré de l’armement aux combattants kurdes. Nos armées concourent également à leur formation. Le sommet de l’Otan, à Newport, a permis de faire émerger une coalition internationale pour que le péril djihadiste en Irak ne reste pas sans réponse. Il reste à en déterminer les modalités politiques et militaires. Conscient du fait que le groupe EI menace notre propre sécurité, notre pays y apportera son concours.

Il faut également s’assurer le soutien des pays voisins, notamment l’Arabie saoudite, qui a pris l’initiative d’une réunion des pays du Golfe. Avec le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, je m’y emploie. Je me rendrai aux Émirats arabes unis lundi prochain dans cette perspective.

La conférence internationale que François Hollande a décidé d’organiser permettra de mettre la question politique irakienne à l’agenda. Il faudra également trouver les moyens de sécuriser les pays voisins, notamment le Liban et la Jordanie. (…)./

Dernière modification, le 10/09/2014

haut de la page