Iran - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec « France 24 » (Paris, 02/04/2015)

On travaille pour que d’un côté on soit sûr que l’Iran ait renoncé à la perspective de l’arme atomique et, d’un autre côté - si c’est confirmé et que les précisions sont données - il pourrait y avoir levée des sanctions.

Q - Monsieur Fabius, on vient enfin de trouver un accord, un accord d’étape - peut-être d’ailleurs que le mot est important : est-ce accord ? Est-ce entente ? Qu’est-ce qui, aujourd’hui, nous permet de dire, dans cet accord, que l’Iran ne pourra pas se doter de l’arme atomique ?

R - Le sujet, c’est exactement cela. Il faut que l’Iran puisse disposer de l’énergie nucléaire civile, mais pas de la bombe atomique. C’est une affaire qui existe depuis très longtemps, cela date du début des années 2000 - 2002 - 2003.
Il y a là, incontestablement, des avancées positives. J’ai employé le mot d’accord d’étape parce que l’accord définitif doit être trouvé avant la fin du mois de juin.
Je vous donne quelques exemples : il y a un problème qui est très important, sans entrer dans les détails techniques, c’est le nombre de centrifugeuses qui sont disponibles. Aujourd’hui, l’Iran dispose d’un peu plus de 9 000 centrifugeuses et il est prévu qu’il pourrait disposer de 5 060 centrifugeuses en fonctionnement, soit une réduction de près de la moitié. Avec ces centrifugeuses moins nombreuses, il ne pourra pas produire autant d’uranium qu’auparavant : il avait huit tonnes d’uranium et, là, il ne pourra disposer que d’un stock de 300 kilos enrichissables, simplement et pour être précis, à 3,66 %, alors qu’à un certain moment il l’enrichissait jusqu’à 20 %. Et, si on enrichit fortement l’uranium on peut construire une bombe atomique.
Il y a donc des avancées très positives et nous avons beaucoup travaillé en ce sens, y compris bien sûr d’abord la France.
Cela dit, il y a encore du travail à faire parce qu’il y a des questions qui demandent à être complétées. Et puis il va falloir se mettre d’accord aussi sur tous les détails. C’est seulement à ce moment-là, si on y arrive, qu’il pourra y avoir un accord définitif qui devra être enregistré par le conseil de sécurité des Nations unies.
Pour des gens qui ne sont pas spécialistes, l’idée à retenir c’est : avancée dans le bon sens, incontestablement, mais il reste encore du travail à faire.

Q - L’Iran réclamait en échange une levée de toutes les sanctions, européennes, américaines - visiblement celles-ci ne posaient pas problème -, et réclamait surtout la levée des sanctions de l’ONU : est-ce qu’elles vont être levées immédiatement, comme il le réclamait ?

R - Vous avez raison, il y a deux séries de sanctions différentes. Il y a les sanctions des Nations unies et les sanctions surtout économiques des Américains et des Européens.
C’est un des points les plus compliqués. Ce point n’est pas encore totalement fixé. Nous, nous reconnaissons et nous demandons le principe de ce que l’on appelle le « snap back », c’est-à-dire que s’il y a violation des accords on revient à des sanctions. Cet aspect-là n’est pas contesté, mais sur les modalités exactes - qui va voter et comment on va voter - et selon quelles précisions, là il y a encore du travail à faire.


Q - Donc, pour l’instant, elles sont levées, les sanctions de l’ONU… ?

R - Non, au moment où nous sommes, rien n’est levé…

Q - C’est décidé ?

R - Non, pas encore. Il faut qu’il y ait un accord complet pour qu’à ce moment-là il puisse y avoir les conséquences de cet accord. Mais, là, du point de vue du droit positif, actuellement on reste dans le même droit positif qu’avant. Simplement, on travaille pour que d’un côté on soit sûr que l’Iran ait renoncé à la perspective de l’arme atomique et, d’un autre côté - si c’est confirmé et que les précisions sont données - il pourrait y avoir levée des sanctions. Mais, aujourd’hui - nous sommes le 2 avril -, le droit positif n’est pas changé.

Q - Cela a été extrêmement dur, on l’a vu : 37 heures de négociations non-stop depuis jeudi matin, il y en a eu 17 heures la veille. Alors que maintenant on va devoir rentrer dans les détails et cela va donc sans doute être encore compliqué, comment être sûr que l’on va pouvoir avoir cet accord global fin juin ?

R - Non, on s’est mis d’accord sur beaucoup de principes et j’espère bien que le travail qui a été fait n’aura pas à être refait. Mais il est vrai que nous avons énormément travaillé, depuis longtemps et encore là dans les derniers jours. Moi, je crois que je suis arrivé ici samedi et donc c’était jour et nuit, puis je suis reparti pour le conseil des ministres français et je suis revenu. Tous mes collègues étaient dans la même situation.
Là, il y a un momentum positif. Il faut qu’il y ait encore du travail à faire mais je pense l’on peut tirer une leçon positive de cette phase./.

Dernière modification, le 06/04/2015

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