Iran - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec « France2 » (Paris, 02/04/2015)

Depuis le début, la position que nous avons prise, le président de la République et moi-même, c’est de dire que l’on souhaite un accord, mais il faut qu’il soit solide et vérifiable. Aujourd’hui, incontestablement, il y a eu un pas en avant, mais nous ne sommes pas au bout du chemin. Je pense que la France, puissance indépendante, a un rôle très utile, qu’elle a déjà joué et qu’elle va continuer à jour.


Q - Vous étiez en première ligne sur les discussions sur le nucléaire iranien. Peut-on dire avec certitude que l’accord garantit que l’Iran n’aura pas l’arme nucléaire dans les années qui viennent ?

R - Pas encore. Cet accord est un accord d’étape qui comporte des avancées positives incontestables, mais il reste encore du travail à faire, puisque nous devons avoir fini avant le 30 juin. Qu’est-ce que je veux dire en parlant d’avancées positives ? Je vais vous donner un exemple dans ces matières très compliquées. Si on veut avoir de l’uranium enrichi, il faut utiliser des centrifugeuses. Actuellement, l’Iran a en fonctionnement un peu plus de 9 000 centrifugeuses. Là, il n’aura droit qu’à 5 060 centrifugeuses, dans un premier temps. Du coup, l’Iran produira moins d’uranium - il produisait 8 tonnes d’uranium, il ne pourra en avoir que 300 kilogrammes - et il n’aura par conséquent pas la possibilité d’aller vers l’arme nucléaire. C’est donc là quelque chose de positif puisque le fond de l’accord, c’est de permettre à l’Iran d’utiliser de l’énergie nucléaire civile, sans aucun problème, mais la bombe atomique non.
Mais il y a encore des avancées à faire. Je prends là encore un exemple très concret. Si l’Iran ne respecte pas ses engagements, il faut que l’on puisse revenir aux sanctions économiques qui actuellement existent vis-à-vis de l’Iran ; le mécanisme précis n’est pas encore mis au point.
Je résume en disant qu’il s’agit d’un accord d’étape positif, mais il y a encore du travail, certainement d’ici la fin juin.


Q - Peut-on dire qu’une confiance a été établie entre les parties, qui vous fait, vous, Laurent Fabius, afficher votre optimisme sur un accord définitif pour que l’Iran ne puisse pas avoir l’arme nucléaire ?

R - Depuis le début, la position que nous avons prise, le président de la République et moi-même, c’est de dire que l’on souhaite un accord, mais il faut qu’il soit solide et vérifiable. Aujourd’hui, incontestablement, il y a eu un pas en avant, mais nous ne sommes pas au bout du chemin. Je pense que la France, puissance indépendante, a un rôle très utile, qu’elle a déjà joué et qu’elle va continuer à jour.
Il faut bien savoir que depuis très longtemps - cette affaire remonte à 2002, 2003 -, l’Iran a suscité, légitimement, beaucoup de méfiance, parce qu’il avait caché toute une série d’installations. Maintenant, possiblement, c’est le début d’un nouveau processus, on va essayer d’avancer, mais nous ne sommes pas encore au bout du chemin./.

Dernière modification, le 06/04/2015

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