Israël - Territoires palestiniens / Réponse de M. Laurent Fabius à des questions posées à Sciences-Po (Paris, 10/09/2014)

Sur Gaza et Israël la position du gouvernement français est connue. Nous souhaitons et nous demandons certaines garanties pour la sécurité d’Israël mais, en même temps, cela ne légitime pas toute une série de critiques et nous nous sommes exprimés en ce sens.

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© MAEDI/Bruno Chapiron

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Q - Comment la France, patrie des droits de l’Homme, arrive aujourd’hui à cautionner la colonisation en cours en Palestine ? Et, si vous ne la cautionnez pas, quelle est, selon vous, la solution, s’il y en a une ?

R - Nous ne reconnaissons pas du tout la colonisation. La France, et d’ailleurs l’Europe, a pris des positions qui consistent, à partir des résolutions des Nations unies, à condamner la colonisation. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement israélien d’étendre la colonisation et de rendre, du coup, de plus en plus compliquée la solution, que nous pensons être, à ce stade, la seule, qui est la solution des deux États.

Mais, ayant dit cela et ce n’est pas très original, je voudrais vous dire quelque chose de plus qui peut-être l’est davantage. Quand vous réfléchissez à ce conflit, - que l’opinion publique avait un petit peu oublié en raison des autres pays en difficulté au Proche et Moyen-Orient -, on s’est aperçu, avec le drame récent, d’abord que la solution n’était pas apportée. Et que, lorsqu’il y avait un conflit, cela devenait un conflit absolument fondamental et qui non seulement déchirait la région mais déchirait toute une série de populations à travers le monde.

Quand on regarde ce conflit, il est d’une nature un peu différente d’autres conflits. Pourquoi ? Lorsque vous pensez à tel ou tel conflit qui existe, souvent la question principale posée est : quels sont les paramètres de solution ? Et il est vrai que les paramètres de solution sont assez compliqués et controversés. J’ai à l’esprit toute une série de conflits à travers la planète - des conflits plus ou moins vifs - où la question est : quelle va être la solution ? Et la discussion porte sur la nature de la solution.

En ce qui concerne la Palestine et Israël, les choses, à mon avis, sont un peu d’une autre nature. C’est que les paramètres de la solution - je vais peut-être vous heurter en vous disant cela - on les connaît. Quand vous mettez côte à côte ou en addition le plan proposé par les Arabes - singulièrement les Saoudiens mais qui a été accepté -, le plan proposé par les Américains, le plan proposé par les Européens, je ne dis pas que cela règle tout dans les détails mais les grands éléments sont quand même extraordinairement convergents.

Mais, simplement, ce qui se passe c’est que depuis 25-30 ans, on arrive à un certain moment à faire entrer les parties en négociation, elles avancent et, au moment où on devrait conclure, on n’y arrive pas. On n’y arrive pas parce que mon analyse c’est que, pour des raisons notamment politiques, les deux parties, du côté du gouvernement israélien et du côté des Palestiniens, avec en plus la division entre le Fatah et le Hamas, sont constituées d’une telle manière qu’il leur ait extraordinairement difficile de conclure. Parce que conclure, pensent-ils, ce serait renoncer à ce qu’ils sont eux-mêmes.

La conclusion que j’en tire, c’est qu’il faut bien sûr arriver à les remettre autour d’une table de négociations. Mais qu’il faudra, à un moment ou à un autre, que la communauté internationale, c’est-à-dire les pays arabes, l’Europe, les Américains et le conseil de sécurité des Nations unies, une fois que les parties seront au bord de l’accord, leur dise : « Mesdames et Messieurs, vous êtes au bord mais maintenant c’est comme ça ». Sinon, je crains que les choses se déroulent à nouveau comme elles se sont déroulées depuis 30 ans, avec - c’est là l’intérêt de la question qui a été posée - une solution des deux États qui va devenir de plus en plus difficile car il y a un moment où (on va se poser la question) : les deux États, mais où est le deuxième ?

Donc, sur la condamnation de la colonisation, il n’y a pas de débat, du moins pour les Français.

Mais, en revanche, il faut que nous poussions les deux parties à reprendre les négociations et il faut que nous prévoyions les moments, le terme est impropre, je ne vais pas dire « d’imposer la solution » parce que ce n’est pas comme cela que cela se passe, mais que, tirant les leçons de l’expérience depuis maintenant 30 ans, 35 ans, 40 ans, nous nous préparions, Européens, Américains, Arabes, conseil de sécurité, à dire, à la fin : « Mesdames et Messieurs, vous avez discuté ; eh bien, maintenant, c’est cela la solution. ».

(…)

Q - Une question sur les événements récents à Gaza. Je voudrais vous demander comment vous pourriez expliquer pourquoi accorder le droit à Israël d’utiliser, et je cite le président Hollande, toutes mesures pour assurer sa sécurité est-il comptable avec la politique française d’équilibre portée par le Quai d’Orsay. Et aussi sur le fait de ne pas se prononcer sur l’ouverture d’une enquête sur les possibles crimes de guerre commis à Gaza ?

R - Sur Gaza et Israël la position du gouvernement français est connue. Nous souhaitons et nous demandons certaines garanties pour la sécurité d’Israël mais, en même temps, cela ne légitime pas toute une série de critiques et nous nous sommes exprimés en ce sens.

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Dernière modification, le 12/09/2014

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