Israël - Territoires palestiniens - Conférence de presse de M. Laurent Fabius (New York, 26/09/2014)

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Le conflit israélo-palestinien n’a pas été absent bien-sûr de cette session, mais au moment où je m’exprime, on peut dire et je pense que vous faites le même constat, qu’il a été moins présent, peut-être, que certains pouvaient l’imaginer. Il y a eu des rencontres entre le Fatah et le Hamas, mais sur la question directement des relations entre Israël et la Palestine, même si le cessez-le-feu est toujours heureusement en vigueur, pour le moment les choses n’ont pas avancé.
Vous savez qu’il y a une réunion qui est prévue le 12 octobre au Caire, à l’initiative en particulier de l’Égypte et de la Norvège. Nous allons voir comment cette réunion, qui est prévue pour la reconstruction de Gaza, peut se dérouler ; mais il est évident que la priorité aujourd’hui, c’est de trouver le prolongement du cessez-le-feu et l’amorce de solution sur le fond. Mais, à cet égard, force est de constater que les choses n’ont pas beaucoup avancé au cours de cette Assemblée générale.

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Q - Vous avez dit que le conflit israélo-palestinien n’avait pas été extrêmement au centre de l’Assemblée générale. Le président Abbas va s’exprimer dans quelques heures, le Fatah et le Hamas se sont parlés, que diriez-vous de ce discours ?
R - Le président français a reçu le président Abbas vendredi dernier. J’étais en déplacement à New York mais le président français m’a informé de ce qui s’était dit. Nous allons voir ce que le président Abbas propose, quelles sont ses analyses. Ce que veut la France est que, point un, le cessez-le-feu soit poursuivi et que, point deux, la négociation reprenne sur le fond. Un cessez-le-feu est absolument utile mais il faut aller plus loin, c’est-à-dire changer cette situation où, d’un côté à Gaza il peut y avoir des roquettes envoyées sur Israël et, de l’autre, on a une réaction israélienne extrêmement dure. Plus généralement, cela passe par une analyse politique avec ce qu’on appelle les paramètres. Nous sommes ouverts à toute solution qui permette d’aller dans ce sens-là. J’irai même plus loin, nous constatons, et c’est une réflexion que j’ouvre, que ce conflit est à la fois très grave, profond, on l’a vu lorsqu’il a ré-éclaté récemment, mais qui a une nature un peu particulière parce qu’il existe sur cette planète des conflits pour lesquels le problème principal est de savoir quels sont exactement les paramètres de la solution. C’est cela la difficulté principale. Une fois les paramètres de la solution trouvés, on peut penser qu’elle soit négociée et appliquée. Là, avec le conflit israélo-palestinien, je simplifie mais pas trop, les paramètres sont à peu près connus. Vous avez une série de plans qui permettent de définir des paramètres, que ce soit le plan américain, que ce soit le plan de l’Arabie saoudite repris par la Ligue arabe, que ce soit le plan européen. A peu de chose près, les paramètres sont connus. Mais là, la difficulté est que, lorsqu’on regarde historiquement à travers les trente dernières années, les deux côtés entrent en négociations, ils avancent et au moment où ils devraient conclure, impossible. Cela s’est produit plusieurs fois. Nous arrivons à l’idée que c’est très difficile pour eux-mêmes de conclure parce que s’y opposent notamment des raisons politiques. Car c’est très difficile pour le gouvernement israélien, quelles que soient d’ailleurs les époques, d’arriver à une conclusion qui soit en même temps acceptable par l’autre partie et c’est très difficile aussi pour l’autre partie, pour des raisons symétriques.
Là où je veux en venir est que, pour ce conflit, qui est très décisif, il ne s’agit pas seulement de trouver les « fine tuning » des paramètres mais aussi de faire en sorte que, d’une part, les deux parties négocient et, quand ils sont au bord de l’accord, il faut quand même qu’il y ait une pression forte pour qu’ils passent du bord de l’accord à l’accord, et non pas au refus de l’accord. Là, il y a toute une série de possibilités : est-ce que c’est une conférence internationale, le Conseil de sécurité des Nations unies, les membres permanents, une addition des forces des États-Unis, de l’Europe et des pays arabes ? On peut y réfléchir. Mais je crois que nous avons donc deux questions et non une seule : d’une part arriver à reprendre les négociations et à se rapprocher d’un accord sur les paramètres - nous n’y sommes pas car les négociations n’ont pas repris - et parallèlement arriver à faire les derniers mètres qui, depuis des années, n’ont pas pu être faits. C’est la conviction profonde de la France. Je parle de cela avec mes collègues du P5 et j’espère que cette idée va progresser.

Q - M. Abbas souhaite proposer un projet de résolution appuyé par la Ligue arabe qui propose un calendrier pour la date de retrait effectif des territoires. Est-ce que la France soutiendrait ?
R - On va voir ce qu’il y a dans ce projet. Nous, nous avons travaillé avec un certain nombre de pays sur une résolution. Nous allons voir ce que le président Abbas veut proposer, puis nous nous prononcerons sur pièce. Mais, d’une façon générale, il y a des choses qui nous paraissent de bon sens : reprise des négociations, vous connaissez les paramètres, les deux États … Cette affaire ne peut pas durer pour l’éternité, il faut trouver des solutions. À partir de cela, toutes les résolutions et propositions de bonne volonté auront notre soutien. (…)./.

Dernière modification, le 29/09/2014

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