Je t’aime moi non plus ?

Publiée le 3 janvier 2014 dans le Haaretz

Je t’aime moi non plus ?

PNG

Il y a un peu plus d’une semaine, les 28 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont proposé à Israël un partenariat spécial privilégié, comme aboutissement du processus de paix. Une offre exceptionnelle puisqu’à ce jour seule la Turquie, un pays de 80 millions d’habitants candidat à l’adhésion à l’UE, avait reçu une telle invitation. Les chefs des diplomaties européennes ont esquissé ce qu’ils avaient à l’esprit : des liens économiques avec Israël intensifiés, des relations culturelles approfondies, des partenariats commerciaux, scientifiques, universitaires revigorés, un dialogue politique et de sécurité intensifié. En d’autres termes, un saut qualitatif exceptionnel de la relation entre les 28 Etats membres de l’Union européenne et Israël. Soit ce qu’ont réclamé en quelque sorte les centaines de milliers de manifestants de la place Maidan en Ukraine. Ce à quoi aspirent de nombreux pays des Balkans, d’Europe orientale et du pourtour méditerranéen. Ce que les gouvernements israéliens successifs réclamaient également depuis plusieurs années.

Quelle fut la réaction du gouvernement et de la classe politique israélienne - opposition comprise ? Rien. Aucune réaction. Pas même d’accusé de réception de l’offre européenne. Un silence assourdissant, dans un pays où tant de personnes se disent préoccupés des expressions ou velléités de boycott d’Israël, boycott que l’Union européenne refuse et récuse.

Etait-ce que l’offre européenne était assortie de conditions terribles ? Non, l’offre est faite sans condition autre que de faire aboutir le dialogue engagé avec les Palestiniens, selon les modalités que les deux parties jugeront bonnes.

Quelles conclusions les Européens doivent-ils tirer du silence d’Israël ? Que le pays, n’ayant pas besoin de l’Europe, Israël ne se sent pas si isolé qu’il le laisse parfois croire ? Qu’il n’y a pas d’appétence chez les Israéliens pour un approfondissement de la relation avec l’UE ? Qu’Israël entend les Européens quand ceux-ci exercent une pression amicale mais reste sourd quand ils s’efforcent de dessiner un avenir partagé ? Que l’Europe est hors de propos ? Je ne le crois pas. Attention aux malentendus. Ne laissons pas passer une opportunité importante.

Il n’est pas trop tard pour qu’Israël accepte la main tendue européenne. L’Union européenne, ses 500 millions d’habitants, premier partenaire commercial d’Israël, premier partenaire scientifique de ce pays, première destination touristique des Israéliens, l’Europe avec laquelle tant d’Israéliens ont des liens personnels et familiaux intenses, ne se rétractera pas.

L’Union européenne accorde beaucoup d’importance à sa relation avec Israël. Elle a de l’amitié et de l’admiration pour ce pays jeune et démocratique, innovant et dynamique. Elle besoin d’Israël, d’un Israël prospère, en sécurité, en paix avec les Palestiniens et ses voisins, pour envisager dans les années et décennies à venir un Moyen-Orient plus démocratique, plus stable, plus coopératif.

J’invite donc les autorités israéliennes, les membres du gouvernement et de l’opposition, les députés de la Knesset, les entrepreneurs, les chercheurs, les artistes et les intellectuels à prendre la parole et à nous faire part de leur vision des relations futures avec l’Union européenne. Faites-nous part de vos idées et propositions concrètes. Ecrivez-vous à l’adresse suivante : ambafranceisrael@gmail.com. Ouvrons le débat. Nous vous présenterons les résultats.

Et engageons le dialogue euro-israélien sur le partenariat spécial privilégié proposé. Regardons l’avenir ensemble.

Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Israël

Dernière modification, le 03/01/2014

haut de la page