Laurent Fabius - Conférence pour la reconstruction de Gaza

Territoires palestiniens - Conférence du Caire pour la Palestine et la reconstruction de Gaza - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Le Caire, 12/10/2014)

Messieurs les Présidents,

Messieurs les Secrétaires généraux,

Mesdames et Messieurs les Premiers ministres et Ministres,

Chers Amis,

Je remercie chaleureusement l’Égypte, la Norvège et l’Autorité palestinienne de nous avoir rassemblés. Je salue particulièrement notre hôte, l’Égypte, dont les efforts ont abouti au cessez-le-feu du 26 août dernier et qui vient, comme le Secrétaire général des Nations unies, de lancer un nouvel appel à la paix auquel la France s’associe.

1/ Les conséquences de la tragédie qui a frappé Gaza cet été sont dramatiques : plus de 2.000 morts ; 11.000 blessés ; des destructions sans précédent ; et une aggravation du fossé entre Palestiniens et Israéliens sur place et dans l’opinion publique internationale.

La France s’est mobilisée dès le début de la crise. L’aide française en 2014 atteindra plus de 40 M€. Pour les années à venir, la France maintiendra une aide budgétaire équivalente à l’Autorité palestinienne et 30 M€ d’aide-projet seront déboursés jusqu’en 2017.

Mais, puisque je parle finances, comment ne pas souligner la difficulté croissante à trouver les financements internationaux d’une reconstruction appelée ensuite à une destruction, puis à une reconstruction, puis à une nouvelle destruction, reconstructions auxquelles les auteurs de la destruction ne sont même pas appelés à contribuer.

2/ Nous ne pouvons évidemment nous résigner à ce que, tous les deux ou trois ans, Gaza soit détruite. Il faut arrêter ce cycle dramatique et absurde.

Or, comme en 2009, et comme en 2012, rien n’est vraiment réglé sur le fond. Les ferments de la prochaine crise sont là. Gaza est détruite. Le territoire est enclavé. Le processus de paix est absent. La colonisation avance, menaçant la solution des deux États. Comment sortir de ce cycle ?

D’abord, il faut pérenniser la trêve. Les parties doivent reprendre leurs discussions au Caire pour conclure un accord durable sur Gaza. Cet accord doit permettre une levée du blocus. Il doit aussi répondre aux préoccupations sécuritaires légitimes d’Israël et prévenir le réarmement de Gaza.

Le mécanisme pour la reconstruction conclu entre les Nations unies, l’Autorité palestinienne et Israël, est un premier pas. Mais nous savons qu’il faut aller plus loin. Tant que le secteur privé de Gaza ne pourra pas exporter ses produits vers la Cisjordanie, la population restera dépendante de l’assistance internationale. Nous souhaitons qu’il soit mis fin aux restrictions sur la circulation des personnes et des biens dans l’ensemble des Territoires palestiniens, et permettre le développement de la zone C.

La réconciliation palestinienne est un autre élément clef de la stabilisation de Gaza et une étape nécessaire vers la paix. Nous pensons que la Cisjordanie et la bande de Gaza doivent être placées sous une seule autorité légitime. Nous renouvelons notre soutien au gouvernement d’entente sous l’autorité du président Abbas. Tout est lié.

3/ Mais, Chers Collègues, la crise de Gaza traduit avant tout l’impasse politique, et l’inéluctabilité des affrontements dans un tel contexte.

Nous devons tirer les leçons du passé. L’objectif est clair : un État de Palestine indépendant, démocratique, contigu et souverain, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël, sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem comme capitale des deux États. Cette solution des deux États est menacée sur le terrain notamment par la colonisation. Face à ce danger, il nous faudra bien, à un moment, reconnaître l’État palestinien.

En outre, nous pouvons tous constater que périodiquement les négociations s’engagent, que les paramètres des différents plans de paix sont très voisins - Initiative arabe de paix, paramètres européens, propositions américaines, etc. -, mais que, lorsqu’on arrive près du but, les négociations se bloquent pour diverses raisons, notamment de politique intérieure.

Dans ces conditions, nous pensons qu’une certaine réflexion sur l’adaptation de notre méthode doit être envisagée, qui permette de conclure et pas seulement de négocier. Nous devons créer un élan collectif qui, en lien avec les négociateurs, implique davantage l’ensemble de la communauté internationale afin de partager, avec les négociateurs, le coût politique des difficiles, mais nécessaires, décisions à prendre.

Chers Collègues, les autres crises qui traversent toute la région ne doivent pas dissimuler le puissant facteur d’instabilité que représente ce conflit. Personne ne peut exclure une interaction encore plus dramatique entre toutes ces crises. La France croit encore en la possibilité d’un règlement définitif, mais le temps pour une solution indispensable ne sera pas extensible à l’infini. La France est disposée à y apporter totalement sa contribution avec vous tous. Merci./.

^ 6 - Territoires palestiniens - Entretien de M. Laurent Fabius avec son homologue palestinien - Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (Paris, 14/10/2014)
M. Laurent Fabius s’est entretenu aujourd’hui avec son homologue palestinien, M. Riyad al-Malki.

Cette rencontre se déroulait après la conférence du Caire, que M. Laurent Fabius a coprésidée et au cours de laquelle la communauté internationale s’est mobilisée en faveur de Gaza. Elle a permis de rappeler la nécessité de sortir du cycle tragique destruction/reconstruction à Gaza./.

Dernière modification, le 15/10/2014

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