Lévi-Strauss a eu 100 ans !

par Tobie Nathan

Le 28 novembre 2008, le jour de son anniversaire, le musée du Quai Branly a rendu hommage à Claude Lévi-Strauss pour sa centième année. Ses plus grands textes ont été lus, la journée durant par une centaine de personnalités du monde des arts et de la science, parmi lesquels Alexandre Adler, Ali Baddou, Hélène Cixous, Jérôme Clement, Julia Kristeva, Claude Lanzmann, Bernard-Henri Lévy, Daniel Mesguich, Gérard Miller, Erik Orsenna, Valérie Pécresse, Patrick et Olivier Poivre d’Arvor et tant d’autres encore… Des projections de photographies et de films, des visites thématiques ont été organisées dans le musée à la découverte des populations rencontrées par le plus célèbre des ethnologues français.

Né en 1908 à Bruxelles de parents français, Claude Lévi-Strauss a fait des études de droit et de philosophie. Reçu à l’agrégation de philosophie en 1931, il a enseigné deux ans aux lycées de Mont-de-Marsan et de Laon. Nommé professeur de sociologie en 1935 à Sao Paulo, au Brésil, il a organisé et dirigé plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie, à la rencontre des populations kaingang, caduveo, bororo, nambikwara et tupi-kawahib.

De retour en France à la veille de la guerre, il fut révoqué à cause des lois anti-juives du gouvernement collaborationniste de Vichy. Il réussit à s’enfuir aux Etats-Unis en 1941, s’échappant sur un paquebot où il voyagea en compagnie d’André Breton et de Victor Serge. C’est en Amérique qu’il rédigea sa thèse sur les « structures élémentaires de la parenté », qui sera publiée en France en 1949. À l’issue de la guerre, Claude Lévi-Strauss devint conseiller culturel auprès de l’ambassade de France aux Etats-Unis.

De retour en France en 1949, nourri de la pensée des grands anthropologues anglais (Radcliffe Brown et Evans Pritchard) et américains (Franz Boas), profondément inspiré par ses prédécesseurs français (Emile Durkheim et Marcel Mauss), il fonda l’anthropologie moderne française. En 1955, il publia Tristes tropiques, qui le rendit célèbre, un livre écrit en quelques mois sur commande de Jean Malaurie qui fondait sa collection « Terre Humaine » et qui, au delà du récit de voyages, bouleversa la pensée occidentale. C’est en 1959, qu’il fut élu à la chaire d’anthropologie sociale du Collège de France — chaire qu’il occupa jusqu’à son départ à la retraite, en 1982.

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, La pensée sauvage, L’efficacité symbolique, les quatre tomes des Mythologiques, La potière jalouse… son œuvre a fécondé les travaux des plus grands penseurs en philosophie et en sciences humaines : ceux de Michel Foucault, de Jacques Lacan, de Gilles Deleuze, de Pierre Bourdieu. Les textes de Claude Lévi-Strauss sont entrés dans « La bibliothèque de la Pléiade » aux éditions Gallimard, l’année de ses cent ans. Pour un écrivain, entrer dans La Pléiade est chose rare. Y être publié de son vivant est exceptionnel ! Il faut dire que cette œuvre a eu un rayonnement international éclatant, sans équivalent dans la pensée française actuelle.

Claude Lévi-Strauss est surtout connu pour avoir introduit en anthropologie une méthode empruntée au domaine de la linguistique : le structuralisme, qui peut être défini comme l’effort de s’extraire des observations empiriques pour parvenir aux structures de pensée inconscientes communes à tous les êtres humains.

Mais Claude Lévi-Strauss a aussi publié des livres destinés à un public plus large. Par deux fois, il a répondu aux propositions de l’Unesco pour deux célèbres conférences, Race et histoire en 1952, et Race et Culture en 1971, par lesquelles il rendait définitivement impossible toute pensée raciste.

Dans ses derniers livres, il a poursuivi une œuvre morale dont on peut dire qu’elle s’est engagée dans la protection des différences, des espèces naturelles et de la diversité culturelle du monde. Mais il ne fut jamais bien optimiste. Dès 1955, dans Tristes tropiques, il écrivait déjà : « L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave… » Bien des aspects de notre monde globalisé, tendent à lui donner raison.

Du 16 au 19 février 2009, l’Institut Français de Tel-Aviv lui rendra hommage à son tour par la diffusion d’un film qui lui est consacré et par l’organisation d’une grande conférence, avec Catherine Clément.

Tobie Nathan

Pour en savoir plus : Levi-Strauss par Catherine Clément, collection « que sais-je ? », Paris, PUF, 2002.

Dernière modification, le 22/01/2009

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