Libye - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec le quotidien « Le Figaro »

Libye - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec le quotidien « Le Figaro » (Paris, 09/09/2014)
(…)

Q - En Libye, le chaos s’est installé. N’a-t-on pas trop tardé ? Que peut-on faire maintenant ?

R - Rappelons-nous ce que nous avons collectivement entrepris et réussi au Mali : une opération militaire de grande ampleur pour libérer ce pays de la menace djihadiste, et un processus politique démocratique.

La dégradation de la situation sécuritaire en Libye pourrait entamer cet acquis. J’alerte aujourd’hui sur la gravité de la situation en Libye. Le Sud libyen est une sorte de « hub » où les groupes terroristes viennent s’approvisionner, y compris en armes, et se réorganiser. Leurs principaux chefs, l’émir Droughdal ou Mokhtar Belmokhtar, y transitent régulièrement. Au nord, les centres politiques et économiques du pays sont désormais menacés d’être contrôlés par ces djihadistes. Or la Libye est à la fois la porte de l’Europe et du Sahara. C’est aussi la zone de tous les trafics, à commencer par le trafic d’êtres humains dont le passage de la Méditerranée sur des embarcations de fortune finance massivement ces groupes. Nous devons agir en Libye et mobiliser la communauté internationale. J’en parlerai dès aujourd’hui à Milan avec mes homologues européens. L’Assemblée générale des Nations unies est une autre occasion à saisir.

Q - Le dispositif militaire français au Sahel, « Barkhane », a pris le relais de l’opération « Serval » au Mali. Ces forces pourraient-elles être utilisées dans le sud libyen pour mettre fin aux trafics que recèle cette région ?

R - Le dispositif « Barkhane » est le rempart de l’Europe face au djihadisme du Sahel. Il peut être amené à « monter » vers la frontière libyenne. Tout cela se fait en bonne intelligence avec les Algériens qui sont des acteurs majeurs de cette région et dont c’est aussi l’intérêt. « Barkhane » doit rassembler l’ensemble des États de la région pour assurer une défense et une sécurité communes. Le premier Forum de Dakar (15-16 décembre) devra notamment répondre à ces enjeux.

Q - Craignez-vous que les ramifications de l’État islamique puissent s’étendre à la Libye et, au-delà, au Sahel et à l’Afrique subsaharienne ?

R - Nous agissons aussi pour éviter qu’un vide sécuritaire se forme, ce qui ne manquerait pas d’avoir des effets dans la région, au nord du Cameroun ou du Nigeria, où Boko Haram s’est, lui aussi, érigé en califat. (…)./.

Dernière modification, le 10/09/2014

haut de la page