
Demander à de grands acteurs de lire des grands textes ? Curieuse idée venue de France et que le Cameri a accepté avec enthousiasme de mettre en scène dans son célèbre théâtre. Et l’on verra, et entendra, au cours de ces trois jours de mars, le mythique Belle du Seigneur d’Albert Cohen lu en hébreu par les voix des comédiens Sasson Gabai. Keren Mor, Oded Leopold. Et Evgenia Dodina s’emparer avec fougue d’Albert Camus quand Stephane Freiss va, en français et avec son humour habituel, partager les angoisses de Sayed Kashua. Acteurs de cinéma et de théâtre stars dans leur pays, Nicole Garcia, Richard Berry et Agnès Jaoui viennent aujourd’hui en Israël par envie de lire David Grossman, Amos Oz, Etgar Keret, Zeruya Shalev. Ils retrouveront sur scène Rivka Michaeli, Reymond Amsalem, Ania Bukstein, Alex Anski, Olah Shor-Selector, Nathan Datner, qui ont envie, eux, de mettre leur formidable talent dans la lecture d’auteurs français déjà connus des lecteurs israéliens. Et… les écrivains eux-mêmes qui liront quelques pages de leurs livres.

Il a fallu six mois à Roselyne Dery, Attachée pour le livre auprès de l’Ambassade de France et Nir Ratzskovsky , génial traducteur, pour choisir : la mère algérienne de Camus, Fania la rêveuse, qui insuffla à son fils Amos Oz l’amour du livre, la jeune fille devenue épouse et mère de Zeruya Shalev, la puissante Nora des Trois femmes puissantes de Marie N’Diaye, l’amoureuse Lotte des Derniers jours de Stefan Zweig et la fantasque parisienne née sous la plume d’Anna Gavalda… Avec pour fil conducteur une histoire d’amour , Solal et Ariane dans Belle du Seigneur.
La foire du Livre de Jérusalem à peine fermée, ce festival au Cameri va encore rebondir avec l’arrivée de Michel Houellebecq en Israël pour parler de La carte et le territoire, rencontrer ses lecteurs à l’ouverture du festival de cinéma français. C’est un véritable printemps des romans. Français et israéliens.
Annette Lévy-Willard Conseiller culturel, Ambassade de France
Belle du Seigneur à plusieurs voix
L’enfant de cinq ans, poussé à l’exil de son île natale de Corfou, puis le jeune garçon de 10 ans traité de « sale youpin » par un camelot dans une rue de Marseille, n’aura eu de cesse de chercher dans la langue française, sa langue d’écriture, les valeurs d’humanité de « sa France à lui » jusqu’à nous offrir l’un des plus beaux fleurons de son patrimoine. « Chef d’œuvre absolu » avait titré Joseph Kessel à la publication de Belle du seigneur.
Le roman d’Albert Cohen est absolu par la passion qu’il imagine, poussée au paroxysme, entre le flamboyant Solal et la splendide Ariane, couple sublime et déraisonnable qui passée la splendeur du commencement finira par s’abîmer dans le grotesque et la dérision pour trouver la mort comme seule issue. Absolu aussi par la peinture acerbe, sans concession d’une société bourgeoise et snob qui donne naissance à la cour de diplomates ennuyés et ennuyeux, traînant leur fatuité dans les couloirs d’une Société des Nations impuissante à sauver les frères juifs de Solal devenus apatrides par la folie des hommes. Absolu enfin par le chant de gloire à son peuple, redonnant la voix à ses frères humains convaincus d’une foi millénaire, schizophrénie délirante, seule réponse pourtant à la déraison d’un monde en perdition. Toutes les voix de Belle du Seigneur, servies par une langue bigarrée, ensoleillée, sublime, héritage de la Méditerranée natale, au ton grave ou frivole, poétique ou lyrique, ironique ou cynique, drôle ou burlesque ont précédé jusqu’à la conception de ce festival car il est des livres qui fondent une vie.
Ainsi, je n’imaginais pas pour ce premier festival un plus bel hommage que le talent de nos grands comédiens israéliens rendront à celui qui fut Solal, jusqu’au bout de sa vie, qui déclarait encore, quelques semaines avant sa mort à celle qui fut sa dernière compagne :« Oui, je le redis, être aimé et aimer à quatre vingt cinq ans, alors que je vais mourir dans six mois ou deux ans, est pour moi la seule importance et la seule réponse »
Roselyne Déry Attachée pour le livre
Le festival sera ouvert par Ron Huldaï, le maire de Tel-Aviv Yafo, et Christophe Bigot, Ambassadeur de France. Il se déroulera en partenariat avec la municipalité de Tel-Aviv Yafo, le quotidien Haaretz, le magazine Time Out, la société Air France, le Ministère israélien des Affaires étrangères, le Centre israélien du Livre et des Bibliothèques et TV5 Monde.
Sur titrage en français et en hébreu.
Programme :
Toutes les soirées du festival seront présentées par Yaron Brovinsky et Julia Levy-Boeken.


Mercredi 9 mars 2011, 21h Avec la présence exceptionnelle de Sayed Kashua
Evgenia Dodina lit Albert Camus, Le premier homme
Agnès Jaoui lit David Grossman, La femme fuyant l’Annonce
Pour cette soirée exceptionnelle, David Grossman a lu un passage de son livre qu’il a spécialement enregistré à New York pour participer à distance à l’ouverture du festival au Caméri
Nathan Datner lit Albert Cohen, Belle du Seigneur
Sayed Kashua vient sur scène pour lire quelques extraits de son livre, Les arabes dansent aussi
Stéphane Freiss lit Sayed Kashua, Les arabes dansent aussi
Jeudi 10 mars 2011, 21h Avec la présence exceptionnelle de l’écrivain français Laurent Seksik
Olah Shor-Selector et Alex Ansky lisent Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig
Nicole Garcia lit Amos Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres
Keren Mor lit Albert Cohen, Belle du Seigneur
Vendredi 11 mars 2011, 12h Avec la présence exceptionnelle de Zeruya Shalev
Ania Bukstein lit Marie N’Diaye Trois femmes puissantes
Agnès Jaoui lit Zeruya Shalev, Un mari et une femme
Sasson Gabai lit Albert Cohen Belle du Seigneur
Zeruya Shalev vient sur scène pour lire quelques extraits de son livre, Un mari et une femme
Vendredi 11 mars 2011, 21h Avec la présence exceptionnelle d’Etgar Keret
Oded Leopold lit Albert Cohen, Belle du Seigneur
Rivka Michaeli lit Anna Gavalda , Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part
Etgar Keret et Richard Berry lisent Etgar Keret, Au pays des mensonges
Reymond Amsalem lit Michel Houellebecq, La carte et le territoire
& Samedi 12 mars 2011, 19h
Projection en avant-première du dernier film de Nicole Garcia Un balcon sur la mer
En présence de M. Christophe Bigot, Ambassadeur de France
Cinémathèque de Tel-Aviv
Du 9 au 11 mars au Théâtre Cameri
Sur titrage en français et en hébreu
Billets en vente au théâtre Cameri
19 boulevard Shaul Hamelech Tel-Aviv
Remise exceptionnelle de 50% pour les membres de l’Institut français
d’Israël et pour les abonnés de Time Out et Haaretz
code remise 3707 à préciser lors de la réservation par téléphone au 1-700-707-990
Et également : 03-6060960, 03-6060900
