Lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Paris, 17/02/2015)

Réponse de M. Manuel Valls, Premier ministre, à une question à l’Assemblée nationale

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Monsieur le Député, cela a été dit avec des mots forts, par vous-même et par le président de l’Assemblée nationale, à Copenhague, samedi, on a voulu frapper les mêmes symboles que ceux qui l’ont été à Paris il y a quelques semaines : la liberté d’expression, la liberté de créer, la police, dont la mission est de protéger, et des juifs, parce qu’ils sont juifs. Les mêmes symboles.

Le Danemark, comme d’autres pays de l’Union européenne, travaille très étroitement depuis deux ans et demi avec la France, le ministre de l’intérieur le sait, parce qu’il est confronté comme nous, comme d’autres pays - pas seulement en Europe d’ailleurs - à ces filières djihadistes, au dévoiement d’une partie de la jeunesse qui ne sait plus où elle en est mais qui accomplit le pire.

Oui, nous devons lutter avec la plus grande détermination contre le terrorisme, le djihadisme, l’islamisme radical qui a décidé de nous faire la guerre.
Cette guerre, vous l’avez dit avec des mots forts, Monsieur le Ministre, ne concerne pas que l’Europe. Je veux dire ici, comme vous tous j’imagine, mon horreur, mon indignation face aux crimes accomplis par Daesh contre des chrétiens coptes en Libye, à qui nous devons rendre aussi hommage dans cet hémicycle.

L’antisémitisme, la haine du juif, la haine d’Israël, l’antisionisme sont souvent les moteurs de ce terrorisme, mais aussi de l’antisémitisme dans notre pays, qu’il soit ancien ou nouveau, ce vieil antisémitisme de l’extrême droite ou celui que l’on peut malheureusement retrouver dans nos quartiers populaires.

Une immense tâche nous attend tous, à l’école, dans la société, pour, comme le rappelait le ministre de l’intérieur, mobiliser la société. Le président de la République a lui aussi, ce matin, trouvé les mots justes pour qualifier la profanation du cimetière juif de Sarre-Union, la profanation de ce patrimoine juif séculaire. La communauté juive est profondément ancrée en Alsace. C’est là qu’est né le capitaine Alfred Dreyfus, à Mulhouse, et c’est sans doute sa défense qui fut l’un des actes fondateurs de la République.

Monsieur le Député, nous ne devons rien laisser passer. Nous avons laissé passer trop d’actes et de mots. Aucun mot n’est excusable. Je l’ai dit hier, ma personne n’est en rien engagée dans cette affaire mais je demande à nos compatriotes, à travers vous, parlementaires, dont je connais la vigilance, de ne plus laisser passer aucun mot, que ce soit celui d’un gamin qui vient de profaner un cimetière juif ou celui d’un ancien responsable politique. Se rend-on bien compte de l’effet que peuvent avoir dans notre société, sur les esprits faibles, les paroles d’un ancien ministre, ancien président du Conseil constitutionnel, lui-même résistant, qui reprend au fond cette vieille rengaine de l’antisémitisme selon laquelle le juif serait responsable ?

Je dis ici, avec force et détermination, à nos compatriotes juifs que nous sommes là pour les protéger, qu’ils doivent être conscients que nous les soutenons, qu’ils sont cette part de France inestimable. Je dis aussi à l’ensemble de nos compatriotes que nous sommes fermement décidés à lutter contre l’antisémitisme, ce mal qui ronge notre société et qui doit susciter la plus grande détermination. Cette détermination, le ministre l’a rappelé, passe d’abord par le rassemblement autour des valeurs de la République, à commencer par la laïcité, le rassemblement autour de ce que nous sommes, nous, de notre identité française, de notre fierté d’être Français. C’est peut-être là le meilleur moyen de lutter contre cette haine et cet antisémitisme./.
(Source : site Internet de l’Assemblée nationale)

Dernière modification, le 19/02/2015

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