Lutte contre le terrorisme - Réponses de M. Bernard Cazeneuve, à des questions à l’Assemblée nationale

Lutte contre le terrorisme - Réponses de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, à des questions à l’Assemblée nationale (Paris, 03/06/2014)

Monsieur le Député, vous avez, avec des mots justes et beaucoup de dignité, exposé la situation de nombre de nos quartiers, confrontés à l’existence sur leur territoire de jeunes qui ont basculé dans l’extrémisme, la violence et le radicalisme. Tourcoing n’est pas la seule ville confrontée à ce problème, il y en a d’autres en France, et c’est bien la difficulté à laquelle nous sommes confrontés.

Je voudrais à mon tour, comme vous l’avez fait, m’incliner devant la mémoire de ceux qui ont perdu la vie au Musée juif de Bruxelles, et dire, comme vous l’avez dit, que ces actes d’une extrême violence, d’une grande barbarie n’ont rien à voir avec l’islam de France, qui est intégré à la République et en partage les valeurs. Il faut se garder des amalgames. Je veux rendre hommage à votre propos pour l’avoir rappelé.

Je veux également dire très clairement notre détermination à lutter, sans trêve ni pause, contre cette violence, ces meurtres, ce terrorisme. Nous le faisons par le biais d’un plan présenté en conseil des ministres à la fin du mois d’avril et qui fera l’objet d’un débat au Parlement au cours des prochaines semaines. Je présenterai en outre en conseil des ministres, à la demande du président de la République et du Premier ministre, à la fin du mois de juin, des dispositions législatives en appui à ce plan.

Celui-ci repose sur trois axes : prévenir les départs - c’est important car c’est sur le théâtre des opérations que la violence s’opère - ; démanteler les filières ; accompagner les familles. C’est autour de ces trois axes que nous aurons à débattre au Parlement d’un plan fort, efficace, pour qu’aucune place ne soit laissée à cette violence dans notre pays.

Monsieur le Député, je voudrais, en complément de ma réponse à M. Darmanin et en réponse à votre question, préciser quelles sont les mesures incluses dans ce plan.

J’indiquais la volonté que nous avons de prévenir les départs : dès le lendemain de la présentation de ce plan en conseil des ministres, j’ai pris une instruction qui permet, dès lors que des parents nous ont signalé le départ possible de leurs enfants, d’interdire la sortie du territoire de ces mineurs en les inscrivant au système d’information Schengen et au fichier des personnes recherchées. Cette inscription enclenche mécaniquement la coopération de tous les pays de l’Union européenne pour empêcher ce départ sur le théâtre des opérations djihadistes en Syrie. Pour les majeurs, il faut prendre une disposition législative ; celle-ci sera inscrite dans le texte de loi dont vous aurez à débattre après qu’il aura été présenté en conseil des ministres à la fin du mois de juin.

Par ailleurs, il faut démanteler ces filières, il faut combattre l’accès sur internet à des vidéos, à des instruments de propagande, à des photos incitant ces jeunes à basculer, car beaucoup de ces jeunes basculent dans la violence par une relation sur internet exclusive de toute autre. Je sais que, sur tous les bancs de cette assemblée, des propositions sont en cours de préparation : elles seront examinées avec la volonté de les faire aboutir. Le plan, qui sera présenté sous forme de texte de loi au Parlement, permettra d’aller au bout de cet objectif.

Enfin, une fois que les personnes sont revenues sur le territoire national après avoir été confrontées à la violence, il faut des dispositifs de suivi, il faut des dispositifs d’empêchement, il faut que la sécurité soit assurée. C’est la raison pour laquelle tous nos services de renseignement et de police travaillent ensemble, mais aussi avec les autres services des pays de l’Union européenne, pour faire en sorte que ces terroristes ne soient jamais en état d’agir sur le territoire national./.


Monsieur le Député, vous avez parlé, avec beaucoup de pertinence, de sujets très sérieux sur lesquels nous sommes rassemblés.

Vous évoquez d’abord les moyens. Vous avez tout à fait raison de dire qu’il faut que nos services de renseignement et notre police disposent des moyens nécessaire à la lutte contre l’insécurité sous toutes ses formes, plus particulièrement à la lutte contre le terrorisme. C’est la raison pour laquelle (…) nous avons décidé de reprendre les recrutements, à hauteur de près de 500 postes par an.

Pour ce qui concerne les services de renseignement, je veux aussi vous rassurer tout à fait : (…) la DGSI va gagner 416 emplois car, comme vous, nous pensons qu’il n’est pas souhaitable de désarmer nos services de sécurité et de renseignement au moment où ils doivent faire face à des défis aussi importants.

Vous avez raison également de souligner qu’il est nécessaire de procéder à des écoutes, des interceptions de sécurité, dans le cadre du droit en vigueur pour assurer le bon fonctionnement de la justice et pour lutter efficacement contre ceux qui commettent des actes délictueux (…).

Je tiens enfin à vous indiquer que le gouvernement est absolument déterminé à ce que l’Union européenne joue totalement son rôle en matière de renseignement et de coopération entre les services de police. C’est la raison pour laquelle j’ai organisé avec la ministre de l’intérieur belge une réunion le 8 mai dernier à Bruxelles, et il y en aura une autre demain à Luxembourg. Il s’agit que, dans ce monde dangereux, l’Europe s’arme pour être efficace contre le terrorisme./.

(Source : site Internet de l’Assemblée nationale)

Dernière modification, le 09/06/2014

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