Lutte contre le terrorisme - Daech - Irak - Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec « BFMTV » (Paris, 11/06/2015)

Q - Concernant les frappes aériennes en Irak, parce qu’en Syrie vous ne pouvez pas.

R - Vous savez en politique étrangère, il faut savoir quel est l’objectif. Après, on adapte nos décisions à l’objectif. Quel est le problème en Irak ? Daech, terroristes effrayants. Si on veut combattre Daech, le faire reculer puisque ce sont des assassins, il faut - c’est la grande leçon - qu’il y ait une action militaire et une action politique. Concernant l’action militaire, on peut aider, on aide puisque nous sommes dans une coalition et que nous utilisons des avions.

Q - Il y a cent, cent cinquante frappes françaises à peu près.

R - Oui, il y en a pas mal.

Q - Combien ?

R - Je ne sais pas exactement, mais enfin ce sont surtout les Américains qui frappent.

Q - Nous continuons à intervenir. Nous continuons à frapper militairement.

R - C’est l’action militaire. Comme vous l’avez vu, il y a un certain nombre de reculs de Daech mais il y a aussi des avancées. Daech a pris récemment une ville importante dans le sud et menace d’une certaine manière Bagdad.

Il faut donc être très attentif et c’est là qu’intervient le politique. Nous disons que c’est d’abord aux Irakiens de lutter contre Daech ; on ne peut pas lutter de l’extérieur. Si on veut que les Irakiens, qui sont à la fois des chiites, des sunnites et des kurdes, s’engagent vraiment dans la lutte contre Daech, il faut que leur gouvernement soit inclusif, c’est-à-dire que leur gouvernement n’agisse pas uniquement pour les chiites mais que les kurdes et les sunnites soient mis dans le coup. Or pour le moment, ce n’est pas assez. Le Premier ministre, M. Abadi, voudrait le faire mais ce n’est pas la réalité.

J’ai présidé une réunion récemment à Paris où il y avait tous les membres de la coalition. J’ai dit à M. Abadi, le Premier ministre irakien : « Nous vous soutenons sur le plan militaire, avec les avions et cætera, mais nous vous demandons que votre gouvernement soit vraiment inclusif dans sa pratique pour que tout le monde en Irak lutte contre Daech, ce qui n’est pas le cas ».

Voilà où nous en sommes, mais il n’est pas question pour nous, les Français, d’envoyer des troupes au sol.

Q - Pas question d’envoyer des troupes au sol en Syrie, évidemment, pas question de frapper en Syrie puisqu’il n’y a pas de mandat si j’ai bien compris.

R - Oui, pour cela et pour une autre raison parce que la question syrienne est différente. Daech progresse, malheureusement.

Q - Et Daech contrôle cinquante pourcent du territoire syrien et une bonne partie du territoire irakien.

R - Daech contrôle 300.000 km2 entre l’Irak et la Syrie.

Q - La France est grande, 550.000 km2.

R - Oui. Là-bas, il y a beaucoup du désert mais vous voyez l’ampleur. Or, nous, ce que nous disons, là encore, c’est que la solution doit être d’abord politique. C’est bien que vous posiez la question parce que parfois les choses sont un peu embrouillées.

Quelle est la bonne solution en Syrie ? La bonne solution, c’est d’avoir un gouvernement d’union nationale avec, d’une part, l’opposition qui actuellement est poursuivie et, d’autre part, des éléments du régime. Je dis les choses telles qu’elles sont.

Q - Vous dites qu’il faut que la Syrie se dote d’un gouvernement d’union nationale avec des éléments du régime et l’opposition.

R - La Syrie doit se doter d’un gouvernement d’union nationale, avec des éléments du régime et de l’opposition, mais pas M. Bachar Al-Assad, qui est responsable de centaines de milliers de morts. Évidemment, si on disait : « L’avenir de la Syrie, c’est Bachar Al-Assad », la moitié de la population irait chez les terroristes. Ce n’est pas simplement une raison morale, c’est une raison d’efficacité, mais si on veut éviter l’effondrement de la Syrie, il faut travailler à un gouvernement d’union.

Q - Vous y travaillez ?

R - Nous y travaillons avec à la fois les Arabes, les Américains et les Russes.

Q - Et les Russes aussi ?

R - Et les Russes, bien sûr.

Q - Qui sont associés ?

R - Bien sûr. (...)./.

Dernière modification, le 12/06/2015

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