Lutte contre le terrorisme - Forum mondial de la démocratie - Intervention de M. Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des affaires européennes, au Conseil de l’Europe (Strasbourg, 18/11/2015)

Madame la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Chère Michaëlle Jean,

Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Cher Thorbjørn Jagland,

Madame la Présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Chère Anne Brasseur,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Maire de Strasbourg, Cher Roland Ries,

Madame la Vice-présidente du Conseil régional d’Alsace, Chère Lilla Merabet,

Mesdames, Messieurs les Élus,

Mesdames, Messieurs,

Vous êtes venus du monde entier ici à Strasbourg pour une idée, la démocratie.

Vous êtes de toutes les nationalités, de toutes les cultures, mais vous incarnez un même mouvement universel de l’humanité pour la liberté.

Et c’est ici, à Strasbourg, capitale européenne de la démocratie, au Conseil de l’Europe, que vous êtes venus vous rencontrer, vous allier, vous conforter.

Vous voir ici, c’est une inspiration, c’est un réconfort, c’est aussi un renfort.

Vendredi dernier, la barbarie a frappé Paris. Une fois encore. Avec une ampleur sans précédent. Vendredi soir, à Paris et Saint-Denis, 129 personnes sont mortes, 352 ont été blessées, plusieurs sont encore dans une situation d’urgence médicale.

Ils étaient venus assister à un match de football, ils étaient allés à un concert de rock, ils étaient à la terrasse d’un café, entre amis, entre collègues, en famille, ils étaient jeunes pour beaucoup, ce sont nos enfants, leurs amis, ils étaient français, mais aussi de 18 nationalités d’Europe et du monde entier.

Ils respiraient l’air libre d’une ville libre, l’air de la liberté qu’on respire en Europe et dans les démocraties, et ils ont été fauchés par la haine fanatique des terroristes.

Fauchés par ce même terrorisme qui a tué à Copenhague, à Bruxelles, et encore ces dernières semaines à Beyrouth, à Ankara, en Égypte ou en Tunisie. Ce terrorisme qui avait tué déjà à Madrid et à Londres.

La France a été attaquée, l’Europe entière est touchée. Et partout dans le monde, les amis de la liberté sont en deuil. Partout se sont affichés sur les monuments des grandes villes le bleu, le blanc, le rouge, partout a retenti la Marseillaise chantée en choeur. Pour dire la solidarité, pour résister, pour que l’emportent la liberté et la fraternité contre la haine et la mort.

Merci à vous tous, à vous Monsieur le Secrétaire général, à vous Madame la Présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, pour ces témoignages de solidarité venus du monde entier.

Face à cette barbarie meurtrière qui fanatise des jeunes pour tuer d’autres jeunes, qui se réclame d’une religion, mais qui en réalité tue sans distinction, là-bas, en Syrie, en Irak, les minorités parce qu’elles sont yezidis ou chrétiennes, mais aussi les musulmans, les chiites parce qu’ils sont chiites, les sunnites quand ils ne se soumettent pas à son interprétation de l’islam, et ici ceux qui dessinent parce qu’ils veulent continuer à dessiner librement, les juifs parce qu’ils sont juifs, les jeunes parce qu’ils écoutent de la musique, les amoureux parce qu’ils sont au café, face à ce totalitarisme absolu et meurtrier qui ne représente aucune civilisation puisqu’il veut toutes les détruire, y compris les traces de celles du passé comme il l’a montré à Palmyre, nous devons nous dresser avec force.

Les terroristes veulent nous intimider et nous diviser. Nous devons faire le contraire : les combattre et nous rassembler. Les détruire et nous unir. Refuser les amalgames. Répondre avec la force de la démocratie et de l’État de droit.

C’est pourquoi ce Forum mondial de la démocratie, le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’Homme sont si importants pour nous. C’est pour préserver cet acquis, vivre dans des pays et sur un continent fondés sur le droit et la liberté de chaque citoyen sans distinction d’origine ou de religion que nous nous battons. Et nous mènerons ce combat en coordination avec toute la communauté internationale en y mettant toute la force du droit.

Nous devons répondre à l’échelle internationale car le mal est international.

Votre solidarité n’a pas de prix. Notre cohésion est essentielle. Notre unité est vitale. Notre coordination est décisive. Car nous ne devons laisser aucun répit à ces ennemis de l’Humanité.

Notre responsabilité aujourd’hui, c’est que chaque pays et toute la communauté internationale se mobilisent.

C’était déjà le message du 11 janvier à Paris : se tenir ensemble, unis contre la haine et la barbarie, pour combattre le fanatisme et le djihadisme, pour défendre la fraternité, la liberté d’expression, la liberté de croyance.

Cette action résolue, nous devons également la mener de façon particulièrement coordonnée à l’échelle de l’Europe :

- Pour renforcer la coopération policière, judiciaire et entre les services de renseignements. Et je veux rendre hommage aux forces de sécurité et de police qui ce matin encore sont intervenues avec courage pour mettre hors d’état de nuire un commando de terroristes à Saint-Denis.

- Pour adopter la directive PNR sur les dossiers de passagers européens.

- Pour réviser la directive sur le contrôle des armes à feu.

- Pour lutter contre le financement du terrorisme.

- Pour renforcer notre action vis-à-vis des acteurs de l’Internet. L’Internet est un formidable espace de liberté et de communication qu’il faut protéger, mais il ne peut pas devenir une école de formation de la haine et du meurtre, l’espace de la radicalisation, du fanatisme où se répand une rhétorique belliqueuse, antisémite et mortifère.

C’est pourquoi en France, la loi du 13 novembre 2014 renforce la répression de l’apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme, en ouvrant la possibilité de bloquer les sites faisant l’apologie du terrorisme ou y provoquant, en autorisant leur déréférencement, et en facilitant la recherche par l’autorité judiciaire des données dans des serveurs informatique situés à l’étranger.

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

La démocratie est toujours une conquête. Un combat contre l’oppression, contre l’arbitraire, contre les ennemis de la liberté, contre le droit du plus fort. À tout cela elle oppose la force du droit, un cadre constitutionnel et international fondé sur des institutions légitimes et garantissant les droits de chaque personne.

Ce combat, il se mène aussi par l’éducation, par la culture, la création, la liberté de créer et de rire. Il se gagne grâce à ceux qui défendent la démocratie par la plume, par le dessin - vous leur rendez hommage lors de ce forum, à ceux que les terroristes détestent car ils sont libres.

Dans ce combat, la culture est une arme. C’est aussi un bien précieux à préserver. C’est pourquoi le président de la République a proposé hier, à l’UNESCO, d’instaurer un droit d’asile pour ces oeuvres de l’esprit que les terroristes de Daech souillent ou détruisent.

Je veux saluer ici ces combattants de la liberté, de la paix, des droits de l’Homme dans le monde, ce que votre Forum mondial met à l’honneur.

Saluer ceux qui sont ici, comme Tawakkol Karman, Prix Nobel de la Paix de 2011 pour son action dans la défense des droits des femmes au Yémen.

Saluer ceux qui ont obtenu le Prix Nobel de la paix en 2015 : le quartet du dialogue national en Tunisie, pays qui connaît aussi le prix du sang pour défendre certaines valeurs.

Saluer le message que n’a cessé de tenir, envers et contre tout, Aung San Suu Kyi en Birmanie, un message de liberté, de tolérance, de pluralisme, qui commence à porter ses fruits alors que l’espoir n’existait plus.

Ces combattants, ils nous montrent le cap. Ne pas avoir peur, c’était aussi l’appel essentiel du maire de Strasbourg. Ce sera un des thèmes que vous développerez lors de ce Forum.

Nous le devons aux citoyens français et européens, mais aussi aux futurs citoyens, ceux qui se réuniront pour le Forum des enfants, vendredi matin.

Nous devons leur dire que ce combat sera long, difficile, mais que notre société est forte, qu’elle ne cèdera pas face à la terreur.

Nous devons leur dire que le terrorisme a toujours échoué, et qu’il échouera encore.

Nous devons leur dire que dans tous les combats, contre les totalitarismes, contre l’oppression, la démocratie a toujours triomphé.

Vous qui êtes la jeunesse du monde, nous ne vous promettons pas que ce sera un combat facile. Il sera long, il demandera du courage, de la détermination. Mais nous vous promettons que nous le mènerons avec vous.

Nous sommes frappés ensemble, nous répondrons ensemble, nous vaincrons ensemble ce mal absolu, ce terrorisme qui veut nous détruire.

Vive le Forum mondial de la démocratie, vive l’Europe, vive la République, vive la France.

Je vous remercie./.

Dernière modification, le 23/11/2015

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