Ouverture de la pré-COP - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la conférence de Paris pour le climat, Paris, 08/11/2015)

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Monsieur le Président de la COP20, Mon Cher Manuel

Madame la Secrétaire exécutive, Chère Christiana

Monsieur le Secrétaire général adjoint des Nations unies, Cher Yanos

Mesdames et Messieurs les Ministres et les Chefs de délégation

Mesdames et Messieurs, Chers Collègues et Amis,

Merci beaucoup d’être là, j’allais dire une fois de plus et peu de semaines avant notre réunion de la conférence de Paris

Je suis heureux de vous accueillir avec mon ami Manuel Pulgar-Vidal, président de la COP20, pour ce que nous appelons une pré-COP à trois semaines de l’ouverture de la COP21. Merci beaucoup d’avoir bien voulu répondre si nombreux à notre invitation et d’avoir pris sur votre temps pour assister à cette réunion. Je vous souhaite la très cordiale bienvenue.

Chers Amis et ceci est mon message principal, tout doit être fait pour un succès lors de la conférence de paris. C’est avec cette idée là que Manuel et moi-même nous avons jugé bon de réunir cette pré-COP qui regroupe plus de 60 ministres, 70 pays, c’est-à-dire la plus vaste pré-COP qui a été jusqu’ici organisée.

Je me réjouis que, comme lors des précédentes réunions, l’ensemble des groupes de négociation et des positions géographiques du monde entier soient représentés.

Nous sommes réunis pour trois jours avec un objectif extrêmement clair : avancer vers l’ambitieux compromis de Paris. Je dis ambitieux, car limiter le réchauffement de notre planète d’ici 2100 à 2°C voire 1,5°C c’est à la fois indispensable et, en même temps, très difficile puisque jusqu’à aujourd’hui nous n’y sommes pas parvenus. Compromis parce que la situation des uns et des autres, les positions ne sont pas les mêmes et que, malgré tout, il faut que nous arrivions à la fin de la COP21 a un accord qui nous rassemble tous.

Notre réunion ouvre la dernière ligne droite d’un marathon diplomatique entamé en 2011 à la COP17 de Durban, et qui doit trouver son aboutissement le 11 décembre à la fin de la COP21. Beaucoup de travail a été accompli, beaucoup de chemin a été parcouru mais, comme dans toute course de fond, les derniers kilomètres sont souvent les plus difficiles. Nous devons donc poursuivre notre mobilisation et même l’amplifier. Comme je le disais il y a un instant, tout faire pour que Paris soit un succès.

Je vais dire quelques mots, ensuite Manuel interviendra puis nous discuterons entre nous selon une méthode que je vous proposerai. Cette pré-COP intervient quelques semaines après la session de Bonn - et je salue les co-présidents Ahmed et Daniel ici présents, au cours de laquelle, vous le savez, les négociateurs du groupe ADP ont discuté du projet d’accord. Après des débuts difficiles, les négociateurs sont parvenus à s’accorder sur un texte. Beaucoup auraient souhaité que ce texte soit plus court avec moins d’options, mais ce texte a le mérite d’être structuré, équilibré, doté d’options ambitieuses. Surtout, il est accepté par toutes les parties comme la base pour la négociation finale à Paris. Ce qui n’a pas été toujours le cas lors des précédentes COP.

Je précise, comme je l’ai fait lors des deux précédentes réunions ministérielles informelles, que le but de notre réunion n’est pas de renégocier le texte issu de la session de Bonn. C’est ce texte qui se trouvera sur la table des négociations au début de la conférence de Paris, lorsque les négociateurs du groupe ADP reprendront leur travail dès l’ouverture et pendant la première semaine de la COP.

Mais, pour autant, c’est notre responsabilité de ministres et de chefs de délégation de donner un élan politique et de faciliter ce qui devra être l’accord final. Ce travail a déjà montré son efficacité au cours des derniers mois. Lors des deux précédentes réunions ministérielles informelles, nos discussions ont permis d’avancer.

L’objectif de ces trois journées de négociations informelles est de trouver le chemin du compromis sur le plus grand nombre possible de sujets. Il y a différentes options sur lesquelles nos négociateurs techniques butent encore et, en particulier, de grandes questions politiques. Il nous faut donc, au niveau des ministres et chefs de délégation, trancher entre les grandes options disponibles. C’est sur la base de ce travail indispensable de notre part que les négociateurs, espérons-le, pourront avancer rapidement dès le début de la conférence, après avoir reçu l’impulsion politique des chefs d’État et de gouvernement qui s’exprimeront le 30 novembre - près de 110 ont à ce jour confirmé leur présence. Si cette pré-COP nous permet de confier aux négociateurs, sur un nombre suffisant de sujets, un mandat clair, ambitieux, et ouvert au compromis, alors elle aura rempli son rôle.

Au-delà, cette pré-COP doit également nous préparer, collectivement, à prendre les commandes de la négociation. Vous savez que dans l’ordonnancement qui est prévu, à la fin de la première semaine de la COP, - en réalité le samedi à midi - les co-présidents du groupe ADP m’auront remis le projet d’accord issu des travaux des négociateurs et c’est ensuite aux ministres et aux chefs de délégation qu’il reviendra de boucler la négociation au cours de la deuxième semaine, et c’est moi qui serai chargé, en tant que président, de favoriser la convergence entre tous les pays. À cet égard, notre réunion constitue une sorte de répétition générale, qui peut être utile, de la conférence de Paris.

Quels sujets aborderons-nous au cours de ces trois jours ? Nous vous proposons de nous concentrer sur 4 thèmes principaux : l’ambition, l’équité, les actions concrètes à mettre en oeuvre d’ici 2020, les financements après 2020.

Nous avons défini ces thèmes à partir des résultats de la session de Bonn. Le projet d’accord est désormais stabilisé dans sa structure globale. Il comporte un préambule et 26 articles portant chacun sur un thème précis : adaptation, atténuation, transparence, renforcement des capacités, pertes et dommages, technologies, etc. Dans chacun de ces articles, les mêmes types de questions, d’une nature plus transversale, se posent. En travaillant dès aujourd’hui sur ces questions transversales, nous pourrons avancer dès l’ouverture de la conférence de Paris sur l’ensemble du projet d’accord. Quelques mots sur chacun de ces quatre thèmes.

1/ D’abord, l’ambition. Si nous parvenons au cours de ces trois jours à nous mettre d’accord sur un objectif de long terme clair et opérationnel, nous aurons accompli un pas majeur. Si nous parvenons également à nous mettre d’accord sur le principe et sur la périodicité d’une clause de révision à la hausse des engagements nationaux, permettant de rejoindre progressivement la trajectoire des 2 degrés, une autre grande étape aura été franchie. Et, beaucoup d’éléments que j’ai eus dans les conversations avec les uns et les autres vont dans ce sens. Je précise que le thème de l’ambition ne se limite pas à la réduction des émissions : l’adaptation y occupe aussi une place centrale, de même que les moyens financiers et technologiques qui permettront la réalisation concrète de l’ambition - je salue à cet égard la décision du Fonds vert, annoncée avant-hier, de financer huit premiers projets pour un montant de près de 170 millions de dollars, avec un accent fort en faveur de l’adaptation pour les pays vulnérables.

2/ L’équité. Les pays en développement souhaitent, à juste titre, que les responsabilités passées et les capacités présentes de chaque pays continuent à être prises en considération dans la définition de leurs engagements en matière d’atténuation de leurs émissions et d’adaptation. Quant aux pays développés, ils plaident pour une meilleure prise en compte des circonstances nationales, au-delà de l’appartenance à une catégorie de pays. C’est la question, que vous connaissez tous bien, de la « différenciation », qui traverse l’ensemble des sujets. Je crois que le principe d’une juste répartition des efforts de chacun est accepté, mais des discussions demeurent sur les modalités de mise en oeuvre. Si nous avançons sur ce sujet, les négociateurs, de manière pragmatique, pourront arbitrer en début de COP une série d’options encore non tranchées, dans les articles sur l’atténuation, les financements, la transparence, etc. Cela permettra d’adopter l’accord final.

3/ Troisième thème : les actions concrètes que nous pouvons et devons mettre en oeuvre dès maintenant - c’est-à-dire sans attendre 2020, date à laquelle entre en vigueur l’accord de Paris, mais c’est dans cinq ans, c’est loin. Notre objectif est de reconnaître que l’action pré-2020 est indispensable et que les engagements pris doivent être tenus, en particulier la promesse des 100 milliards de dollars annuels. Nous discuterons également de « l’Agenda pour l’action » et de la manière dont l’accord de Paris pourrait prendre en compte les engagements des acteurs non étatiques en vue des futures COP.

4/ Quatrième thème : les financements après 2020. Nos échanges informels de septembre sur la question des finances avaient surtout porté sur l’engagement des 100 milliards d’ici 2020. Sur ce point, le rapport de l’OCDE, qui a été remis à Lima, n’a pas clos le débat, mais il a permis de le faire progresser. Le paradoxe c’est que jusqu’en 2020 nous n’avons pas mal avancé mais après 2020 les prises de position sont encore peu développés.

Un des enjeux de cette pré-COP consistera donc à avancer sur plusieurs points : la question d’une augmentation des financements pour le climat au-delà de 2020, l’encouragement des pays émergents, qui le souhaiteront et le pourront, à contribuer également à cet effort, le principe d’un renforcement, que beaucoup souhaitent, de la part affectée à l’adaptation, ou encore la transparence et la prévisibilité des fonds.

Ambition, équité, actions d’ici 2020, finances après 2020 : voilà donc les quatre thèmes principaux et il y en d’autres. Tout est lié et je pense, par exemple, aux pertes et dommages, à la question que l’on appelle « response ». Tout cela pourra être adopté soit dans ces quatre groupes, soit lors de la séance plénière de cet après-midi. Afin d’assurer la transparence nécessaire, les conclusions de nos échanges seront mises à la disposition de toutes les parties, y compris celles qui ne sont pas présentes au cours de ces trois jours.

Chers Amis,

Tout doit être fait pour le succès de la conférence de Paris. D’ici le 30 novembre, date d’ouverture de la conférence, l’étape de cette pré-COP est majeure. Ce matin, nous avons rencontré des groupes de la société civile et, à un moment de notre réunion, nous vous ferons part de leurs principales demandes. C’était fort intéressant.

Les questions dont nous débattrons au cours de ces trois journées sont certes complexes et sensibles, car elles engagent pour des décennies le modèle de développement de chaque pays. Mais je suis convaincu que vos partagez tous ce point de vue, l’urgence et la gravité de la menace sont telles que la communauté internationale ne peut plus se résoudre à rester une sorte de puissance impuissante. Vous avez peut-être vu à l’entrée de ces locaux un certain nombre d’affiches qui ont été apposées et qui font partie d’une campagne de communication qui commence ce lundi 9 novembre et qui exprime ce message.

Si nous ne parvenions pas à un accord en décembre, l’opinion publique mondiale, dont les regards sont tournés vers nous, ne le comprendrait pas. Nos concitoyens savent que plus tard, ce sera trop tard.

Nous devons donc, ministres et négociateurs, nous montrer à la hauteur des enjeux et de nos responsabilités. Nous devons, collectivement, trouver le chemin d’un ambitieux compromis. Nous pouvons, ensemble, construire l’espoir.

Ce message, ce sera mon rôle, de vous l’adresser aujourd’hui avec mon ami Manuel, et je continuerai de le porter dans les semaines à venir, avec un seul objectif : aboutir le 11 décembre à Paris au succès que toute la planète attend.

Dernière modification, le 10/11/2015

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