Point de Presse du Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, M. Bernard Kouchner, avec la presse française

Il s’agit aujourd’hui de ma troisième ou quatrième visite ; la troisième après la Conférence de Paris. Vous savez qu’il y a un suivi de la Conférence de Paris. J’en suis revenu parfois un peu désespéré, en tout cas pas très optimiste sur le Processus de paix et, parfois, j’en suis revenu très optimiste. Cette fois-ci, nous sommes dans une période difficile, très difficile puisqu’il n’y a pas de gouvernement. Il y a, certes, encore le Premier ministre et son gouvernement mais on attend la formation du gouvernement israélien de Mme Tzippi Livni.

De loin, on pense que le Processus d’Annapolis, la tentative de faire la paix et de construire un Etat palestinien solide à côté de l’Etat d’Israël, est terminé. Cette fois, pourtant, je trouve qu’il y a un changement. Ayant été durant plusieurs heures à Jénine, je sens que quelque chose se passe, que quelque chose a rétabli la confiance chez les Palestiniens, en parlant avec les Israéliens, y compris avec les plus hauts responsables. Tout le monde pense que quelque chose est en train de se passer.

Contrairement à l’opinion répandue, même s’il y a des difficultés - le changement d’administration ici, le changement d’administration aux Etats-Unis -, j’ai l’impression que cela pourrait marcher.

Q - Vous semblez convaincu qu’Israël va attaquer l’Iran ? Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

R - Je ne suis pas du tout convaincu mais tout le monde sait que c’est un danger et une possibilité. Ne pensez pas - puisque je dois le préciser - que je confonde "hit : to strike", et "eat : to swallow". C’est une erreur que j’ai demandée de corriger à trois reprises dans ce digne journal. Mais enfin, vous savez comment sont les journalistes !

Q - Vous pouvez clarifier ce que vous avez voulu dire ?

R - Il s’agit là d’une erreur grammaticale ; cela n’a aucun intérêt par rapport au fond de l’article. Enfin, ce n’est pas pareil de manger un pays que de taper, de viser un pays. C’est bien sûr une possibilité ; tout le monde le sait et tout le monde, enfin beaucoup de gens, s’emploient à empêcher cette sinistre alternative rappelée depuis un an et demi par le président Sarkozy : ou bombarder l’Iran ou être bombardé par l’Iran. Il est évident que le problème se pose.

La position de Mohamed El Baradeï n’était pas très claire, très facile à lire mais maintenant, après le nouveau rapport de l’AIEA, vous comprenez, c’est facile à lire : pas de réponse aux demandes. Très clairement, selon la position des scientifiques, des observateurs de l’ONU, de l’AIEA, ce qui se passe en Iran ne peut pas être au service d’un nucléaire civil.

La question se pose évidemment de façon très angoissante. Nous essayons d’y répondre à notre mesure. La France a toujours dit : dialogue, dialogue, dialogue et jamais de sanctions toutes seules.

Nous avons essayé et si vous faites référence à ce papier : "we failed I said, but we failed our own", nos seules tentatives personnelles - mais il y a eu aussi celles par exemple des Six avec les Américains à Genève - n’ont pas abouti. Il faut donc continuer, continuer.

Q - Quand il n’y aura plus de dialogue, que faudra-t-il faire ?

R - Il faudra s’obstiner pour que l’on puisse trouver une solution pacifique, peut-être dans le cadre général du Moyen-Orient. Nous avons le sentiment que les choses bougent, aussi bien entre la Syrie et Israël, avec des intermédiaires comme la Turquie et l’Egypte, et entre le Hamas et Israël. Tout cela évolue d’une façon plus ouverte qu’il y a un an et on va continuer à essayer de dialoguer, à faire en sorte que les résolutions internationales soient plus précises et plus suivies.

Le dernier épisode s’est déroulé aux Nations unies, la semaine dernière, avec une résolution permettant de maintenir l’unité des Six : la Chine, la Russie, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Il est également prévu une réunion à Charm el-Cheikh, le 26 novembre prochain, si je ne m’abuse. Vous voyez que nous ne perdons pas espoir du tout même si c’est difficile, je le reconnais.

Q - Monsieur le Ministre il y a des informations qui proviennent de Paris selon lesquelles la France proposait la mise en place d’une force de paix sur la frontière israélo-palestinienne. Pourriez-vous nous les confirmer ?

R - Cela fait trois ans ou quatre ans que nous avons évoqué cela - un certain nombre de plans le prévoyaient - si, dans le cadre d’un processus de paix, des forces internationales étaient nécessaires et que l’on pense que l’Union européenne, dans ces conditions, pourrait répondre positivement.

L’Union européenne a étudié cette question. Il n’y a pas de cadre pour le moment mais nous sommes prêts à y répondre, si nous sommes utiles, dans tous les domaines y compris celui-là.

Voyez par exemple à Jénine ! Qui a formé la police palestinienne ? Nous l’avons proposé et nous l’avons réalisé. C’était une demande très précise adressée à l’Union européenne, en particulier à la France, et nous l’avons fait. Nous en sommes très fiers. Hier, c’était vraiment visible. Si on nous demande plus, on le fera mais je vous assure qu’il n’y a pas de nouvelle demande. S’il y avait un processus de paix, il a été souvent question de déployer des forces internationales qui pourraient être une armature d’entraînement, d’éducation, de formation ; je pense que c’est possible.

Q - Ce que j’ai entendu et ce qui était peut-être nouveau, c’est que vous pensez que le développement de cette force pourrait aider les partenaires dans la discussion et dans la négociation, à surmonter leurs difficultés…

R - Mais qui a dit ça ? Qui le demande ? Je n’ai jamais entendu une telle demande. Un journaliste m’a posé la question et je répète que, depuis plusieurs années, nous avons été saisis mais pas de façon très précise puisqu’il n’y a pas eu de cadre de paix. Si nous sommes de nouveau saisis, pourquoi pas dans le cadre de la police, c’est très simple, nous l’avons déjà fait dans ce cadre ; la formation a eu lieu à Jéricho et en Jordanie. Je vous assure qu’il n’y a pas, hélas, de nouveautés dans ce domaine.

Q - Il y a quelques jours, un ministre israélien a menacé le Liban et le Hezbollah ? Est-ce que M. Barak vous a parlé de cela ? Est-ce que vous sentez qu’Israël pourrait être prêt à attaquer le Liban ?

R - Je ne pense pas. Monsieur Barak ne m’a pas parlé, sinon en termes généraux, de la menace du Hezbollah en la recadrant, en la replaçant dans l’ensemble à la fois des difficultés, comme on l’a vu, des progrès dans la région, des progrès des pourparlers, des contacts indirects pour les uns, directs pour les autres. Il n’y a pas eu de menaces particulières du ministre de la Défense à ce propos aujourd’hui.

Q - Monsieur le Ministre vous avez réaffirmé les efforts de la France pour accélérer la libération de Gilad Shalit, la France aurait transmis des missives entre les protagonistes. Concrètement quelles missives, combien, à qui ? Un petit peu plus de détails peut-être ?

R - Vous savez en gros quel fût la démarche de la France, je n’ai pas à donner de détails à ce propos. Nous verrons bien, mais nous essayons, sans interférer, c’est à dire sans briser les pourparlers, négociations, influences qui s’exercent déjà et en particulier par l’intermédiaire de l’Egypte. Nous avons souvent proposé nos services, dans la mesure où nous n’étions pas des dérangeurs, où nous n’étions pas en train de briser les faibles espoirs qui existaient, les espoirs plus forts qui existent maintenant. La France est disponible mais rien pour le moment ne nous pousse à être plus actif, afin ne pas déranger ce qui se fait déjà.

Q - Et la France est bienvenue dans ces négociations ?

R - La France est disponible. Bienvenue, peut-être mais personne ne nous le demande. Je veux dire que personne ne nous le demande précisément. Si on nous le demandait, je pense que nous serions non seulement disposés, mais nous demanderions, nous consulterions, nos alliés, nos amis, dans la région.

Officiellement, nous avons dit qu’un certain nombre de prisonniers, grâce à l’obstination de la France, avaient été libérés. Nous pensions aux infirmières bulgares, à Ingrid Betancourt et nous avons cité Gilad Shalit. Si on peut faire quelque chose, nous le ferons.

Q - Est-ce que pour cela vous iriez jusqu’à prendre contact avec le Hamas dans la bande de Gaza pour obtenir cette libération ?

R - Si en consultant nos amis, comme je viens de le dire, il semblait utile de le faire, nous le ferions, mais pas seuls, pas comme cela. Encore une fois, il y a des efforts qui sont menés avec difficulté depuis plus d’un an.

Q - La France a des contacts avec le Hamas dans la bande de Gaza ?

R - Croyez-vous ? Je ne vous réponds pas. Officiellement, nous n’avons aucun contact. Officieusement, vous le savez, ce n’est pas très difficile de rentrer dans Gaza. Il y a des organisations internationales, en particulier des organisations françaises, des ONG. Nous avons recueilli un certain nombre de renseignements que tout le monde recueille par l’intermédiaire d’une aide que nous continuons à faire passer, que nous voulons renforcer vis-à-vis de la bande de Gaza. Mais non, nous n’avons pas de contact.

Q - Si le Hamas vous invitait de façon officielle à vous rendre à Gaza, peut-être pour parler du sort de Gilad Shalit ?

R - Cela n’a pas été fait, vraiment pas. Encore une fois, si nous ne dérangions rien et si nous étions utiles, nous le ferions sûrement. Mais même encore durant cette dernière visite, personne ne nous a dit que nous pourrions être utiles pour le moment.

Q - Est-ce qu’un accord de paix syro-israélien retarderait l’accord de paix israélo-palestinien ?

R - Je pense que si les problèmes généraux du Moyen-Orient et en particulier ceux concernant l’Iran devenaient plus importants, ce qui risque de se passer, c’est que la négociation entre les Israéliens et les Palestiniens deviendrait secondaire. Nous désapprouvons formellement cette perspective mais on avait le sentiment que c’était cela qui se passait. C’était une raison supplémentaire de venir ici et de tenter, autant que faire se peut, à ma modeste échelle, de rappeler que c’est très important. C’est le début de tout, il faut que l’on règle la question de l’Etat palestinien nécessaire. Cela risque en effet de passer au second plan et ce serait absolument dommageable./.

Dernière modification, le 21/07/2009

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