Politique étrangère - Lutte contre le terrorisme - COP21- Union européenne - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, lors de la conférence des ambassadeurs tchèques (Prague, 24/08/2015)

Monsieur le Ministre, Cher Lubomír,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord je voudrais vous remercier très chaleureusement parce que s’exprimer devant les ambassadeurs de la République tchèque c’est à la fois, bien sûr, un témoignage d’intérêt pour la France mais aussi, et Lubomír vient de le confirmer, un témoignage d’amitié vis-à-vis du ministre des affaires étrangères. Je suis très heureux de me retrouver dans ces murs chargés d’histoire, un lieu qui est marqué, Lubomír, par l’héritage de vos illustres prédécesseurs : je pense à Edvard Benes, à Jan Masaryk à Jiři Dienstbier, ce sont de grandes personnalités.

C’est donc avec plaisir et intérêt que je prends part à l’ouverture de vos travaux. Nous avons d’ailleurs, et je ne sais pas qui a commencé, la même procédure en France. Cet après-midi, ce qui explique que je partirais après notre session, j’ouvrirais la Semaine des ambassadeurs. Il y a un immense changement car auparavant cela s’appelait la Conférence des ambassadeurs et maintenant c’est la semaine des ambassadeurs. Je pense que c’est une très bonne idée de réunir périodiquement ceux et celles qui bâtissent la politique étrangère de leur pays.

Je suis venu à Prague plusieurs fois, puisque j’ai comme souvenir les rencontres entre Václav Havel et François Mitterrand. Finalement la politique étrangère c’est, quand on y réfléchit, géographie plus histoire.

Au-delà des symboles, je veux souligner la qualité de la relation entre nos deux pays. Ce qui explique que nous avons eu l’honneur d’accueillir vos grands dirigeants dans les mois qui se sont écoulés, nous avons eu le président Zeman et le Premier ministre Sobotka qui sont venus en France. Vous avez eu le Premier ministre Manuel Valls à Prague pour la signature du plan d’action 2014-2018 de notre Partenariat stratégique. Et j’ai eu le plaisir, Cher Lubomír, de t’accueillir très récemment à Paris mais nous nous voyons très souvent à Bruxelles et je dois répéter ce que j’ai dit au Premier ministre c’est que nous sommes vingt-huit pays européens, les conversations sont souvent assez longues et j’apprécie Lubomír pour deux raisons. La première c’est que, en général, nous sommes d’accord et la deuxième c’est que, comme moi, il s’exprime brièvement.

Nous avons des choix politiques qui sont très convergents et, dans le même temps, un dynamisme de notre coopération dans de multiples domaines : échanges culturels, scientifiques et universitaires ; échanges économiques qui atteignent un volume global de 10 milliards d’euros. Près de 500 entreprises françaises sont installées ici, où elles ont permis la création de 100.000 emplois et nous avons des entreprises tchèques qui travaillent en France. L’investissement continu faisant de la France le 4ème investisseur dans votre pays en 2014. Nous sommes aussi votre 5ème partenaire commercial. Quand je regarde l’ensemble du champ de notre relation, je ne vois pas d’éléments de fâcherie et je vois, au contraire, beaucoup de sujets où nous pouvons et nous voulons travailler ensemble.

Sous l’impulsion du Premier ministre, le gouvernement tchèque a fait le choix de l’Europe. Je connais tes convictions européennes, cher Lubomír, et c’est notamment grâce à votre travail que la République tchèque est aujourd’hui un partenaire très actif et très écouté en Europe centrale et dans l’Union européenne. Votre pays assume d’ailleurs actuellement la présidence du groupe de Visegrad et la France, comme l’a montré la présence du président français au sommet de Bratislava en juin, suit avec beaucoup d’intérêt cette forme originale et pragmatique de coopération que vous avez su développer avec vos voisins d’Europe centrale. Nous souhaitons continuer à travailler avec le V4 et aussi amplifier notre travail.

Notre relation bilatérale est d’autant plus importante au sein de l’Union européenne que nous sommes confrontés aux mêmes défis. Comment y répondre ensemble par une diplomatie performante, au service de nos intérêts et de nos valeurs ? Comment peser sur notre environnement, et non pas seulement le subir ? Ce sont les questions principales auxquelles le ministre et les ambassadeurs doivent répondre.

Comprendre pour agir : c’est la clé d’une diplomatie efficace. J’ai attentivement regardé votre concept de politique étrangère car je suis en train de travailler sur les mêmes sujets et il y a beaucoup d’analyses et des priorités que nous partageons.

D’abord, comprendre. Quelques mots qui seront peut-être trop généraux sur un certain nombre de traits déterminant de ce monde qui est en changement profond.

Si l’on veut aller plus loin, le fait nouveau est que nous sommes confrontés, de manière simultanée, à des crises géopolitiques multiples. À l’est, la Russie - le président de la République sera cet après-midi à Berlin pour discuter avec le président Porochenko et Madame Merkel - a déstabilisé l’Ukraine tout en faisant pression sur les autres pays du partenariat oriental. Au sud, le monde arabe est entré dans une phase nouvelle, qui, si l’on est objectif, mêle certains facteurs d’espoir - je pense notamment à la transition démocratique tunisienne - et beaucoup de tragédies : la crise syrienne, le chaos libyen, les attentats en Tunisie, la progression de Daech en Irak et en Syrie, la guerre au Yémen. En Afrique, même si c’est un continent qui se développe formidablement, les foyers de tensions se multiplient, de la bande sahélo-saharienne à la Corne de l’Afrique, sans oublier la région des Grands lacs ou la République Centrafricaine.

Pourquoi tant de crises dramatiques, et tant de crises à la fois ? Je crois qu’il y a beaucoup plus de crises dramatiques qu’auparavant à cause de trois explications principales.

La première est ce que j’appellerais, pour reprendre une expression que vous utilisez dans votre concept, la multipolarité non organisée du monde. Pendant très longtemps à l’issue de la guerre nous avons été dans le monde bipolaire de la Guerre froide, où il y avait deux puissances qui faisaient la loi. Les États-Unis et l’URSS s’opposaient mais, quand elles étaient d’accord, implicitement ou explicitement, les crises étaient réglées et c’était le monde bipolaire que nous avons connu.

Ensuite il y a eu une période assez brève, que j’appellerais un monde unipolaire celui de l’après-Guerre froide, après la chute du Mur de Berlin dominé par une seule puissance, les États-Unis.

Maintenant nous sommes entrés dans une troisième période et nous souhaiterions aller vers une situation multipolaire organisée mais aujourd’hui nous n’y sommes pas. Bien sûr, il y a des pays manifestement plus influents que d’autres mais pour moi, nous sommes dans le cas d’un monde zéro polaire. Aucun pays seul ou l’alliance de deux pays ne peut résoudre les crises et nous sommes dans une période intermédiaire où la volonté politique de la France comme celle de la République tchèque est d’agir pour faciliter l’émergence d’un monde multipolaire qui soit organisé, régulé par le droit, mais ce but est encore loin d’être atteint. Aussi nous avons changé de monde, ce n’est plus le bipolaire, ce n’est plus l’unipolaire, ce n’est pas encore le multipolaire organisé, c’est une espèce de situation intermédiaire où personne ne fait la loi et où tout le monde fait la loi.

La deuxième explication à cette simultanéité et multiplicité des crises est ce que j’appellerai « l’éclatement de la puissance ». Certes, ni les acteurs non étatiques, ni les groupes armés autonomes ne constituent totalement de nouveaux venus dans le système international. Mais avec AQMI, Boko Haram et surtout Daech, le défi lancé aux États organisés, aux frontières, aux organisations internationales, au système westphalien dans son ensemble - à un moment où c’étaient les États et personne d‘autre qui faisaient la diplomatie - a atteint dans la période récente une ampleur sans précédent. Dans le même temps, beaucoup d’États en Afrique et au Moyen-Orient s’affaiblissent ; leur autorité politique est sapée par des problèmes économiques, par l’affirmation d’identités séparées et même par des guerres civiles - sans que ces États connaissent pour autant un effondrement complet. Ils deviennent la proie de groupes armés et de réseaux transnationaux. La prise de Mossoul en Irak par Daech, en juin 2014, restera l’une des expressions spectaculaires de ce phénomène. Il y a véritablement un éclatement de la puissance qui rend beaucoup plus difficile la solution des crises.

S’y ajoute, troisièmement, « la dispersion de la capacité destructrice ». L’exemple de l’utilisation d’armes chimiques contre les Kurdes en Syrie par Daech, si elle était prouvée, en constituerait une illustration terrifiante. D’où l’importance de la lutte contre la prolifération mais aussi contre les groupes armés autonomes qui, même avec des moyens limités et compte tenu de leur stratégie de la terreur, peuvent infliger des dommages majeurs. Dépolarisation du monde, éclatement de la puissance, dispersion de la capacité destructrice - ces trois tendances dessinent un monde que je résumerais d’une formule : davantage de forces à contrôler et moins de forces organisées pour les contrôler.

Face à ce monde nouveau, notre action peut être guidée, me semble-t-il, par plusieurs priorités. Et quand je regarde les priorités de la France et celles de la République tchèque, je vois beaucoup de convergence.

La priorité numéro un, surtout pour nous qui sommes membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies, c’est la paix et la sécurité. Lorsque le président de la République ou moi prenons telle ou telle décision, c’est par rapport à cet objectif. Il ne s’agit pas seulement de vivre en paix chez nous - ce qui est essentiel car la première tâche d’une politique étrangère c’est la défense de la maison et de son peuple - mais compte tenu de notre histoire et sans être arrogant, je reprends le qualificatif de Lubomír, nous pensons que la France doit chercher à oeuvrer à la paix du monde.

Du Sahel à l’Ukraine, de la Libye au Proche et Moyen-Orient, les défis pour la sécurité collective sont immenses. L’un des traits nouveaux c’est que désormais tout est international, donc ces défis nous concernent et impliquent l’effort de tous.

La République tchèque prend sa part : je salue l’engagement de votre pays dans l’Union européenne et au sein des enceintes multilatérales - ONU, OTAN -, la participation des troupes tchèques à des opérations internationales en Afghanistan et au Mali, l’assistance militaire que vous apportez à l’Irak pour lutter contre Daech et contre le terrorisme et avec la nomination d’un général tchèque à la présidence du comité militaire de l’OTAN qui témoigne de la reconnaissance internationale envers l’engagement concret de votre pays, tout cela fait, qu’il s’agisse de la France ou de la République tchèque, même si nous nous trouvons dans des situations, à certains égards, différentes, que l’objectif numéro un c’est de travailler pour la paix et pour la sécurité.

Cela signifie renforcer notre lutte contre la menace terroriste. La France, vous le savez, a été comme d’autres durement frappée en janvier dernier. Je saisis l’occasion pour te remercier, Lubomír, pour ta présence à Paris aux côtés du Premier ministre lors de la marche du 11 janvier. Nous savons la tâche ardue, et ce combat de long terme, mais la France continuera de tout mettre en oeuvre pour répondre à la menace terroriste. Le levier européen est essentiel, nous devons plus encore qu’aujourd’hui en exploiter les potentialités.

Construire un monde plus sûr, cela implique de redoubler d’efforts face aux crises à nos frontières. Je pense d’abord à la crise russo-ukrainienne. L’Union européenne a su se montrer unie, et elle doit le rester car c’est notre force. Le Partenariat oriental, né à Prague en 2009, garde sa pertinence. La mise en oeuvre des accords de Minsk doit demeurer notre priorité : c’est à cette aune que nous déciderons de maintenir ou de lever les sanctions envers la Russie. Et ce sujet sera abordé, cet après-midi à Berlin, par les présidents français et ukrainien et la chancelière allemande et il est probable qu’une réunion dans le format « Normandie » ait lieu prochainement.

Dans cette crise, la France a assumé et continue d’assumer ses responsabilités de puissance de paix, en lien étroit avec l’Allemagne dans le cadre du « format Normandie » et avec ses partenaires européens. Nous avons également pris nos responsabilités en décidant, au regard de la situation sur le terrain, d’annuler la livraison des deux navires Mistral à la Russie. Cet exemple montre que la France comme d’autres pays, essaie de faire le maximum pour travailler pour la sécurité et pour la paix.

L’arc d’instabilité qui s’est développé autour de l’Europe doit nous conduire à une évolution de la politique européenne de voisinage. Elle a été entamée par le commissaire Hahn, en lien avec la Haute représentante Mogherini ; les premières orientations seront présentées à l’automne prochain. Cet exercice est important. Notre objectif doit être d’éviter une vision simpliste où les États dits de l’Est de l’Europe s’occuperaient de l’Est et les États du Sud du voisinage Sud. Ce serait une erreur stratégique car les défis sont globaux et nous concernent tous. Au sein de l’Union, nous devons proscrire les domaines réservés et c’est l’approche sur laquelle la France et la République tchèque sont d’accords.

Construire un monde plus sûr, cela nécessite aussi une relance du processus de paix israélo-palestinien. Je connais, Cher Lubomír, ton engagement personnel et tes efforts pour développer un dialogue équilibré avec nos homologues israélien et palestinien. Nous devons contribuer, et cela est difficile, à ramener les parties à la table des négociations sans perdre de vue notre objectif commun : la solution des deux États, qui garantisse la sécurité d’Israël et rende justice aux Palestiniens. La France ne ménage pas ses efforts pour y parvenir. Face au blocage actuel - et le mot est faible - qui présente le double risque de l’enlisement et de l’embrasement, personne ne peut croire que cette question israélo-palestinienne pourra se régler toute seule ou que l’on pourra, pendant deux décennies, continuer comme aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle la France essaie de mobiliser la communauté internationale dans le cadre d’un Groupe international de soutien, qui comporterait le Quartet et s’étendrait aussi aux pays arabes et à quelques pays européens. Nous pensons qu’il n’est pas très pertinent de trouver des solutions à ce conflit sans y inclure les pays arabes. Nous discutons de cela avec nos amis européens, avec les Américains et avec d’autres. Nous avons abordé cette question lors du conseil des affaires étrangères de juillet et nous aurons l’occasion d’y revenir dans le cadre du Gymnich, début septembre. Pour résumer ma pensée, il faut faire bouger les choses même si cela est très difficile, sinon c’est un foyer de tensions extraordinaires.

Enfin, ce monde plus sûr passe par une politique européenne de sécurité et de défense plus ambitieuse. Le Conseil européen de juin dernier a tracé une feuille de route : renforcer nos moyens ; aider les pays tiers à renforcer leurs capacités, afin de leur permettre de gérer leurs crises avec notre soutien, notamment en Afrique. Une coopération approfondie entre l’UE et l’OTAN est également nécessaire. Il convient aussi favoriser le développement des industries de défense européennes et j’ai eu le plaisir d’inviter en France, au nom de mon collègue de la défense, votre ministre de la défense. La mise au point d’une stratégie de sécurité et de politique étrangère doit donner lieu à une concertation étroite entre nous.

J’en viens à ce qui doit constituer, me semble-t-il, notre deuxième priorité : l’organisation et la préservation de la planète. Mieux organiser la planète requiert en priorité de réformer l’ONU, qui ne joue pas le rôle qu’elle devrait jouer, et nous allons célébrer en septembre prochain le 70ème anniversaire de cette Organisation qui, malgré les blocages et les insuffisances, demeure garante du droit international et du système multilatéral. La France, comme la République tchèque, croit en cette Organisation mais elle a besoin d’être améliorée et nous plaidons pour deux propositions.

D’abord, l’élargissement du conseil de sécurité qui ne correspond pas à l’état du monde en 2015 en termes de représentativité et donc la légitimité et nous devons notamment donner une place accrue aux pays émergents. D’autre part - et c’est une initiative plus originale difficile à faire prévaloir - nous plaidons, sans changer les textes, ce qui est très difficile au niveau de l’ONU, pour un encadrement du droit de veto en cas d’atrocités de masse. Nous constatons que, dans le cas de la Syrie, le Conseil de sécurité est paralysé par le véto et cela a de conséquences très négatives qui affaiblissent le Conseil de sécurité. Nous avons proposé à nos collègues du Conseil de sécurité que lorsqu’il y a des atrocités de masse constatées par le Secrétaire général des Nations unies, les cinq membres permanents renoncent volontairement à leur droit de véto. Il me semble que cela serait, à la fois en termes pratiques et symboliques, une évolution considérable. Nous nous heurtons à des résistances mais nous continuons ce combat soutenu par 70 pays dans le monde.

Mais, si nous voulons que l’ONU reste ou revienne au centre du jeu international, cette année du 70e anniversaire peut être l’occasion d’avancer sur ces questions. La France ne ménagera pas ses efforts en ce sens, pour une raison : le multilatéralisme est au coeur de notre vision du monde et de notre diplomatie.

La préservation de notre planète constitue un autre enjeu majeur en 2015. La France, vous le savez, accueillera en décembre la 21ème Conférence des Nations unies sur le changement climatique, la COP21. C’est un exercice très difficile car, comme le veut l’organisation des Nations unies il faut mettre d’accord 196 parties et c’est une matière très difficile. Les choses avancent dans le bons sens, l’Europe est un atout puissant, et elles se présentent beaucoup mieux qu’avant la conférence de Copenhague parce que maintenant tout le monde reconnaît que le phénomène existe. Les scientifiques ont accompli un travail énorme - et surtout le GIEC qui a obtenu le prix Nobel de la Paix - en montrant que les conséquences du dérèglement climatique ne sont pas seulement sur le climat mais sur différents sujets qui vont de l’alimentation aux migrations avec des conséquences sur la paix et la guerre. Les migrations sont déjà très difficiles à enrayer mais imaginer ce que cela signifie si la température augmente de 4° voire de 5° degrés d’ici la fin du siècle.

Si parallèlement, à cette sécheresse, des phénomènes extrêmes se développent, vous pouvez imaginer les conséquences sur les flux migratoires qui peuvent atteindre des centaines de millions de personnes.

Troisième point positif : de grands pays, qui jusqu’à présent étaient réticents, ont changé de position notamment la Chine et les États-Unis. L’Europe est très en avant et elle doit le rester pour jouer le rôle d’aiguillon. Le résultat attendu à Paris sera très utile pour la matière traitée mais aura aussi beaucoup de conséquences sur la croissance car tout ce qui concerne l’énergie verte donne des opportunités de croissance.

Paix et sécurité, organisation et préservation de la planète : ces deux priorités doivent s’accompagner du renforcement de l’Union européenne, avec une réorientation de la politique européenne.

C’est d’abord en retrouvant le chemin de la croissance que l’Union européenne redeviendra plus forte et plus légitime. Vous avez en République tchèque une bonne croissance mais connaissez la situation de la plupart des autres pays d’Europe et la politique menée par l’Union européenne doit favoriser davantage la croissance. Vous connaissez le plan Juncker, les négociations dans le cadre du partenariat transatlantique, aussi il y a toute une série de perspectives qu’il faut ouvrir pour arriver à relancer l’Europe.

Autre chantier déterminant : la consolidation et la stabilisation de la zone euro. Nous avons considéré que si la Grèce sortait de la zone euro, comme il en avait été question, cela aurait eu des conséquences lourdes sur le plan financier mais aussi sur le plan géopolitique pour l’ensemble de l’Europe et pas seulement pour la zone euro. Finalement nous avons trouvé un compromis et j’espère qu’il sera respecté.

Nous tirons de tout cela qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire pour rendre l’Europe plus efficace, plus proche de ses citoyens, mais sous sommes très réticents à l’idée que cela pourrait être fait par un changement des traités.

Se pose la question du référendum britannique et nous avons des positions très voisines : nous souhaitons que le Royaume-Uni puisse rester en Europe parce que c’est une force et nous allons essayer de l’y aider mais pas au prix du démantèlement de l’Union européenne. C’est ce chemin qu’il faut trouver et nous espérons que nos amis britanniques trouveront ce chemin. Il faut attendre pour connaître leurs demandes précises et essayons de travailler pour faire en sorte que le Royaume-Uni puisse rester dans l’Union européenne.

Ce sujet pose la question très difficile de la différenciation au sein de l’Union. C’est une problématique ancienne qui correspond déjà en partie à la zone euro et à Schengen mais la crise économique, le sujet britannique et la question des migrations donnent une tonalité particulière à cette question.

Sur la question migratoire, les États membres sont plus ou moins exposés selon leur situation géographique et leur attractivité ; ils possèdent des capacités d’accueil différentes ; ils ont accompli dans le passé des efforts plus ou moins grands ; chaque opinion nationale a une sensibilité sur cette question. Mais aucun pays ne peut s’en sortir tout seul. Il faut que nous trouvions les moyens pour à la fois, bien sûr, faire notre devoir pour accueillir des personnes persécutées pour des raisons politiques ou religieuses, mais dans le même temps, dire - et j’espère que cela ne vous choquera pas - quand il s’agit d’immigration économique que nous ne sommes pas en situation d’accueillir toute la misère du monde.

Il faut aussi contribuer à des solutions politiques. Une grande partie des migrants arrivent de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Syrie et si vous n’arrivez pas à aider à une solution de la cause, vous aurez du mal à aider à la solution de la conséquence. Mais il faut être beaucoup plus efficace en étant à la fois charitable mais ferme, ce qui n’est pas une attitude grossière. Sinon, nous risquons d’avoir des réactions de l’opinion publique qui peuvent démolir complétement la construction européenne.

Je salue la décision qui a été prise par le gouvernement tchèque et je sais que, comme partout en Europe, il y a des discussions internes car ce sont des sujets compliqués et où la sensibilité est à fleur de peau, mais je suis sûr que nous allons pouvoir cheminer. La France est consciente de ses responsabilités et vous avez vu que nous avons dû prendre des décisions fermes notamment en ce qui concerne Calais compte tenu du flux de migrants en direction du Royaume-Uni.

Je voudrais conclure en vous disant ceci, Cher Lubomír,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Je vous remercie à nouveau de m’avoir invité à m’exprimer devant vous. Notre rencontre d’aujourd’hui traduit la proximité et l’amitié entre nos deux pays. J’ai employé à plusieurs reprises cette expression car elle résume vraiment le sens de ma visite et la perception qu’a la France : que la République tchèque fait partie du premier cercle de nos amis. C’est dans cet esprit-là qu’il faut travailler ensemble.

Dans les années qui viennent, comme aujourd’hui, nous avons et nous aurons besoin d’une République tchèque pleinement impliquée dans la construction européenne. Vous resterez ainsi fidèles à votre histoire et à votre géographie, au coeur de l’Europe. Être à Prague, c’est éprouver très intensément l’esprit européen - c’est ressentir que vous êtes une partie essentielle de l’Europe et qu’une part essentielle de l’Europe est ici. Merci./.

Dernière modification, le 31/08/2015

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