Politique étrangère - Passation de pouvoirs - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 12/02/2016)

Monsieur le Premier Ministre, Cher Laurent,

Chère Marie-France,

Madame la Ministre,

Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs,

Je vais d’abord commencer par le « vous ». Vous partez, vous quittez cette Maison, vous l’avez aimée, vous venez de le rappeler avec beaucoup d’émotion, pour rejoindre une autre que, je n’en doute pas, vous marquerez tout autant de votre talent.

Vous saviez, en arrivant ici il y a presque quatre ans, que vous aimeriez cette Maison. Vous l’avez d’ailleurs confirmé il y a quelques jours à l’Assemblée nationale lorsque vous avez utilisé, comme aujourd’hui, le mot « bonheur ». En politique, l’usage du mot « bonheur » est rare, j’aurais presque envie de dire trop rare, parce que nous savons tous les deux, avec toutes les fonctions que nous avons exercées, et les plus hautes, que la vie politique peut réserver des moments difficiles et que le quotidien de l’action gouvernementale est un exercice d’abnégation et d’engagement.

Mais nous savons aussi qu’il n’y a pas de plus grande satisfaction que le devoir accompli au service de la France. Et ce que vous avez accompli, ce que tu as accompli, Cher Laurent, restera au coeur de l’action de ce quinquennat. Tu as été, nous l’avons souvent vu en direct mais nous n’avons pas toujours vu le travail dans les coulisses, l’infatigable artisan de l’accord de Paris et du succès de la COP21. Et tu as su agir en profondeur pour renforcer la cohérence de l’action diplomatique de la France et son influence économique, avec toutes les réformes qui ont été engagées dans ce ministère. Et je me réjouis que tu ais dépensé tant de temps et d’énergie, avec le concours de tous les agents et fonctionnaires de cette Maison, pour que, lorsque j’arrive pour te succéder, beaucoup de choses auront déjà été préparées et engagées.

Et quand la France devait prendre ses responsabilités - je pense au Moyen-Orient, à l’Afrique, ailleurs aussi bien sûr -, tu as fait valoir notre attachement à la paix, au respect du droit et au multilatéralisme. Et tu as toujours rappelé que les solutions militaires doivent être au service d’objectifs politiques.

Et, face à la montée des périls, et ils sont nombreux, l’efficacité de la diplomatie française, c’est une force pour la France, c’est un atout dans la réponse aux crises auxquelles nous devons faire face. D’ailleurs, notre pays est respecté, plus que jamais respecté, attendu, espéré même. La France, par son influence et les valeurs qu’elles portent, a le pouvoir et le devoir de prendre toutes ses responsabilités.

Et c’est le sens de l’action engagée par le président de la République depuis 2012 que ce soit en Syrie, au Sahel, dans la République centrafricaine, en Libye, en Ukraine, ou dans l’ensemble des conflits et des crises que nous devons anticiper et auxquelles nous devons répondre. La tragique actualité en Syrie, avec une crise humanitaire sans précédent et qui ne cesse de s’aggraver chaque jour, notamment à Alep, et les millions de réfugiés qui fuient et luttent pour leur survie, nous rappelle cette exigence absolue. Parce que c’est un impératif moral, parce que c’est indispensable pour lutter contre l’expansion d’un terrorisme devenu une menace directe et immédiate contre notre pays, contre nos valeurs, et contre notre démocratie, nous devons poursuivre inlassablement le travail militaire et diplomatique au service de la solution politique à ce conflit. Les résultats des réunions tenues hier à Munich sont encourageants, encore que nous soyons comme toujours attentifs à ce qui se fera, et nous jugerons d’après les actes des uns et des autres.

C’est également le sens des initiatives que nous devons prendre : redonner un sens et une perspective à l’Europe. Même si beaucoup a été fait et tu as eu raison de le rappeler. La France et l’Allemagne, dont les initiatives communes sont et seront déterminantes, mais également tous les États membres de l’Union européenne, doivent se retrouver rapidement sur une ambition renouvelée. Ce sont non seulement la cohésion et la solidarité de l’Europe qui sont en jeu, mais aussi la survie du projet européen lui-même.

Notre avenir, c’est également l’Afrique où notre nouvelle politique de développement doit maintenant se déployer dans une relation de confiance entre partenaires qui peuvent s’apporter beaucoup aux uns et aux autres.

Je connais la compétence et le dévouement de tous ces agents de cette grande Maison et tu as su trouver les mots pour bien les connaître depuis presque quatre ans. Et, à mon tour, je voudrais m’adresser à toutes et à tous. Pour les assurer de toute ma confiance pour remplir les missions qui nous attendent et conforter la puissance et le rayonnement de la France.

J’ai aussi la chance de pouvoir m’appuyer sur des secrétaires d’État expérimentés. Je pense à Harlem Désir pour l’Europe, à Matthias Fekl, dont tu as parlé, pour le commerce extérieur mais aussi pour beaucoup d’autres choses, et à André Vallini qui change de poste et vient rejoindre cette équipe. Je connais bien chacun d’entre eux depuis plusieurs années, je les apprécie, nous avons de liens d’amitiés et je sais que nous travaillerons efficacement, en confiance et toujours au service des missions qui nous ont été confiées.

Mon Cher Laurent,

Notre pays et notre époque, ont besoin d’expérience, de ténacité et de solidité. Ce sont, entre autres, ces qualités qui te conduisent au Conseil constitutionnel. Et ce sont celles qui m’inspireront aussi pour remplir la mission qui m’a été confiée. Tous mes voeux, toute ma reconnaissance, toute mon amitié pour cette nouvelle étape de sage au service des valeurs et du droit à la tête du Conseil constitutionnel pour que vive notre démocratie, pour que vivent nos valeurs de la République et pour que les citoyens continuent d’avoir confiance. C’est aussi notre responsabilité et je sais que, là aussi, tu réussiras.

Merci de tout ce que tu as apporté. Merci du concours que tu m’apportes pour m’accueillir ici au sein de cette grande administration et merci aussi, Marie-France, pour votre gentillesse. Merci Laurent et merci d’avance à vous tous, Mesdames et Messieurs, pour tout ce nous avons à faire ensemble pour la France./.

Dernière modification, le 15/02/2016

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