Quai d’Orsay - Déclarations du porte-parole - 29/10/2013

- Syrie

Q – Je reviens sur la question syrienne et sur l’esprit de Genève. Cela veut-il dire que M. Brahimi, en disant que l’on peut laisser un rôle à Bachar Al-Assad dans la transition, est en contradiction avec l’esprit de Genève. N’y aurait-il pas une ambiguïté dans tout cela ?

R – Je vous rappellerai ce que le Ministre a dit lors de la conférence de Londres : Bachar al-Assad n’a aucun rôle à jouer dans cette transition, si ce n’est de partir. Son principal rôle sera de permettre la transition en quittant le pouvoir, c’est ce que le Ministre a rappelé à Londres.

Q – Et donc vous êtes en contradiction avec ce que dit M. Brahimi ?

R – Non, la France est dans son rôle en exprimant sa position. Lors de la conférence de Londres avec ce qu’on appelle le Core Group, une déclaration a été adoptée par ces pays « Amis de la Syrie » proposant une vision de ce que devrait être le processus politique pour permettre la fin de violences en Syrie. Et la fin des violences en Syrie, le ministre l’a bien dit à Londres, ça ne peut être que le départ de Bachar al-Assad qui est le responsable des violences aujourd’hui dans ce pays depuis deux ans et demi et qui bloque une issue pacifique.

Q – Autre chose, l’opposition, la coalition que vous soutenez, réclame des garanties quant à l’aboutissement de ce processus, c’est-à-dire le départ de M. Assad. A votre avis, qui est en mesure d’apporter ces garanties, qui pourrait fournir ces garanties à la coalition ?

R – Cela fait partie des discussions et du processus politique de Genève. Ce sera aux parties de déterminer ces conditions et ces garanties. Je ne peux pas les donner avant que la discussion ne s‘engage. Mais ce sera l’un des objets des discussions de Genève.

Q – Qui est la partie qui pourrait donner ces garanties ? Est-ce que c’est la Russie, les Etats-Unis, la conférence en tant que telle, les Nations unies ?

R – Je crois que ce sera un peu tout cela à la fois : les Nations unies qui apportent leur caution à ce processus politique, leur légitimité, leur crédibilité, mais aussi les Etats qui entourent ce processus et le facilitent et qui sont actifs pour permettre au processus d’aboutir et à la conférence de se tenir, et la France au premier chef.

Q – Il y a eu des menaces venant de quelques organisations de l’opposition militaire en Syrie contre la participation d’autres partis de la coalition à la conférence. Chose que M. Lavrov a qualifiée de révoltante. Est-ce que vous avez commenté ces menaces ?

R – Vous savez que nous considérons la coalition comme l’interlocuteur politique légitime, celle qui incarne la Syrie de demain, celle qui prépare un nouvel avenir pour le peuple syrien en rassemblant toutes les communautés, en préparant une plate-forme démocratique et de nouvelles institutions pour la Syrie. C’est cette coalition qui est pour nous l’interlocuteur politique légitime et je ne vais pas faire de commentaires sur des groupes qui se sont exprimés mais qui pour nous ne représentent pas le peuple syrien.

Q – Ce sont 19 organisations.

R – Mais quelle est leur représentativité ? Pour nous, la coalition regroupe l’ensemble des forces de l’opposition syrienne, elle est représentative du peuple syrien, elle rassemble toutes les communautés. C’est l’interlocuteur crédible et légitime qui prépare l’avenir de la Syrie, de nouvelles institutions, l’instauration d’une démocratie dans le pays, ce qui est attendu par le peuple syrien depuis deux ans et demi et que malheureusement le régime de Damas refuse obstinément en s’enfermant dans une logique de violence.

Q – Toujours sur Brahimi qui ne semble pas exclure une éventuelle participation ou rôle de l’Iran à Genève 2. Qu’en est-il de la position de la France. Est-ce que la position française a évolué à ce niveau ?

R – On l’a déjà dit : tous ceux qui veulent participer au processus de Genève sont les bienvenus dès lors qu’ils en acceptent les objectifs et les paramètres fixés notamment par la résolution du Conseil de sécurité qui prévoit la transition politique et le transfert des pouvoirs à un organe exécutif doté des pleins pouvoirs. C’est l’objectif de Genève pour pouvoir obtenir la fin des violences.

Q – Est-ce que la position iranienne a évolué ?

R – Il vous faut interroger la partie iranienne. Ce n’est pas à moi de dire ce que pense l’Iran de ce processus. A Londres, le communiqué final dit clairement que les participants de Genève 2 doivent accepter sans équivoque les objectifs de la conférence, c’est-à-dire le transfert des pouvoirs à un organe exécutif doté des pleines compétences. C’est l’objectif de la conférence de Genève.

Q – Je reviens sur la question syrienne et sur l’esprit de Genève. Cela veut-il dire que M. Brahimi, en disant que l’on peut laisser un rôle à Bachar Al-Assad dans la transition, est en contradiction avec l’esprit de Genève. N’y aurait-il pas une ambiguïté dans tout cela ?

R – Non parce que Genève, c’est la transition. C’est la fin du pouvoir de Bachar al-Assad. Alors d’une certaine façon, on peut considérer effectivement qu’il a un rôle, dès lors que son rôle est bien circonscrit à celui de son départ, c’est-à-dire à celui de son abandon du pouvoir.
Aujourd’hui, ce que la communauté internationale attend de Bachar Al-Assad, c’est qu’il s’engage dans une transition et qu’il cède son pouvoir à un organe exécutif doté des pleines compétences.

Q – Selon vous, c’est ce que M. Brahimi a en tête ?

R – Vous le lui demanderez mais c’est ce qui a été clairement dit à Londres dans le communiqué final.

Q – Confirmez-vous l’enlèvement d’un Français à Damas, il y a deux jours ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour sa libération ?

R – Nous sommes en train de nous renseigner sur la situation exacte de ce compatriote. C’est tout ce que j’ai à dire sur le sujet.

Q – Puisqu’il n’y a pas d’ambassade de France à Damas, quel biais utilisez-vous pour contacter les citoyens français ?

R – Notre consulat général à Beyrouth suit la situation de nos compatriotes encore en Syrie et vous savez que la famille de ce compatriote a été reçue à Beyrouth hier. Par ailleurs, il y a d’autres pays qui sont représentés en Syrie et qui peuvent être, pour nous, des relais pour obtenir des informations.

Q – Y a-t-il une ambassade qui représente les intérêts de la France en Syrie ?

R – Oui en effet, c’est la Roumanie qui a toujours une ambassade à Damas.

- NSA

Q – Selon vous, que peuvent et que veulent obtenir les Européens en envoyant diverses délégations à Washington pour exprimer l’agacement européen face à l’affaire NSA. Je pense en particulier à la délégation des eurodéputés du Parlement européen qui y séjournent actuellement.

R – Le président de la République, le ministre des Affaires étrangères ont exprimé la semaine dernière chacun avec leurs homologues - le président avec le président Obama et Laurent Fabius avec John Kerry – ce que nous attendons des Etats-Unis : nous attendons que ces pratiques cessent et nous souhaitons l’établissement d’un code de bonne conduite et de confiance avec les Etats-Unis sur ses activités de renseignements.
C’est l’objectif à la fois dans un cadre bilatéral et dans un cadre européen. C’est ce qui a été décidé dans le cadre du Conseil européen la semaine dernière, pour ce qui est de la partie européenne du processus avec une initiative française soutenue par l’Allemagne et ouverte à l’ensemble des autres Etats membres de l’Union européenne.

Dès que nous avons été informés, nous avons demandé aux États-Unis des explications. Nous devons connaître l’étendue exacte des activités de renseignements passées et établir avec les autorités américaines un code de bonne conduite pour l’avenir. Ainsi, si ces pratiques étaient confirmées, elles cesseraient immédiatement.

– Liban

Q – Concernant ce qui se passe à Tripoli, avez-vous un commentaire ? Il y a des morts, des bombardements, des accrochages et la situation s’envenime.

R – Sur la situation au Liban, vous connaissez notre position. Nous appelons à la responsabilité et il faut tout faire pour éviter que le conflit syrien ne soit importé au Liban. C’est la position de la France, c’est le message que nous passons aux autorités libanaises chaque fois que nous avons des contacts avec elles. Pour nous, le maintien de la stabilité du Liban est un objectif prioritaire.

Dernière modification, le 30/10/2013

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