
| HAARETZ (LE PAYS)
BARAK SOUTIENT L’INITIATIVE FRANÇAISE DE TREVE ; OLMERT S’Y OPPOSE : IL N’Y A PAS DE CRISE HUMANITAIRE A GAZA | MAARIV (LE SOIR)
DES ROQUETTES SUR BEER SHEVA | |
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| YEDIOT AHARONOT
(LES DERNIERES NOUVELLES ) AU CŒUR D’ASHDOD | THE JERUSALEM POST LA PROPOSITION DE TREVE DE PARIS DIVISE OLMERT ET BARAK | |
ISRAËL-PALESTINIENS
Des roquettes s’abattent sur Béer Shéva
Des roquettes tirées par le Hamas ont atteint hier soir, pour la première fois, la ville de Béer Shéva (187 000 habitants), septième ville d’Israël et « capitale du Néguev », située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de la bande de Gaza. Aux alentours de 21 heures, rapporte le Yediot Aharonot, deux roquettes se sont abattues sur la ville, l’une sur un jardin d’enfant, qui était naturellement vide à cette heure-ci, et l’autre dans une zone inhabitée. Il n’y a pas eu de blessé, mais neuf personnes ont été prises de panique. La mairie a décidé que les écoles resteraient aujourd’hui fermées, et l’université Ben-Gurion, l’un des six grands établissements universitaires israéliens, a elle aussi fermé ses portes.
Les roquettes ont continué de s’abattre hier sur toutes les régions situées dans un rayon d’un peu plus de 40 kilomètres de la bande de Gaza, et notamment dans les localités d’Ashdod, de Kiryat Malakhi, d’Ashkelon, d’Ofakim et de Netivot, ainsi qu’à Rahat, la plus grande ville bédouine d’Israël. Au total, indique le journal, quarante-quatre roquettes Qassam et obus de mortier ainsi que huit roquettes Grad ont été tirés hier vers le territoire israélien, faisant dix blessés légers et des dégâts matériels.
Aujourd’hui dans la matinée, rapporte le site YNET du Yediot Aharonot, le Hamas a poursuivi ses tirs vers le sud d’Israël et en début d’après-midi, on comptait une quarantaine de roquettes dont quatre sur Béer Shéva. Une de ces roquettes a frappé un lycée de la ville qui était fermé suite à la décision de la mairie de ne pas ouvrir aujourd’hui les établissements scolaires. A Ashkelon, une salve de roquettes a fait deux blessés légers.
De son côté, indique le Yediot Aharonot, Tsahal a poursuivi hier ses raids aériens, visant notamment le cabinet du Premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, plusieurs ministères, six résidences de responsables du Hamas, des ateliers de fabrication de roquettes, l’université islamique, la marine du Hamas, une mosquée servant de centre d’opérations à l’organisation islamiste et une quarantaine de tunnels servant à la contrebande entre l’Egypte et la bande de Gaza. L’armée a également ciblé plusieurs camions transportant des roquettes Grad et visé les auteurs de tirs vers Béer Shéva. Selon le Haaretz, quarante Palestiniens ont été tués hier dont au moins cinq civils.
Les représentants du Quartette de la communauté internationale se sont entretenus hier pour débattre de la proposition française de « cessez-le-feu » humanitaire de quarante-huit heures et des possibilités de trêve à plus long terme. La ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, devrait se rendre jeudi à Paris pour s’entretenir avec le président Nicolas Sarkozy. En fonction de l’évolution de la situation, ajoute le Haaretz, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, voire même le président Sarkozy lui-même, pourraient se rendre en Israël la semaine prochaine afin de promouvoir un cessez-le-feu.
Le Premier ministre Ehud Olmert s’est lui entretenu avec plusieurs dirigeants étrangers auxquels il a fait part de quatre conditions pour le mise en place d’une nouvelle trêve dans la bande de Gaza : l’arrêt des tirs de roquettes et d’obus de mortier ; l’arrêt d’autre actes hostiles tels que la pose de charges explosives le long de la clôture entre la bande de Gaza et Israël ; l’arrêt de la contrebande d’armes entre l’Egypte et la bande de Gaza ; et la mise en place d’un dispositif d’inspection chargé de contrôler l’application de ces engagements.
Au cours d’une rencontre nocturne, rapporte le Maariv, le Premier ministre, Ehud Olmert, le ministre de la Défense, Ehud Barak, la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, le chef d’état-major, Gaby Ashkenazi, le directeur du Shabak, Yuval Diskin, ainsi que d’autres responsables des services de sécurité ont débattu de l’initiative française. Au cours de cette réunion, des désaccords seraient apparus entre, d’une part, Ehud Barak, favorable à une trêve, et, d’autre part, Ehud Olmert et Tzipi Livni, qui estiment nécessaire la poursuite de l’opération militaire.
Cette réunion en petit comité a été suivie aujourd’hui d’une réunion du cabinet restreint de sécurité au cours de laquelle il a été décidé que Tsahal poursuivrait l’opération militaire. Au terme de cette réunion, rapporte le site YNET, le Premier ministre Ehud Olmert a déclaré : « Nous n’avons pas lancé l’opération à Gaza pour la terminer alors que les tirs se poursuivent comme à son début. Nous avons fait preuve de retenue et Israël a laissé sa chance à la trêve ».
Au cabinet du Premier ministre, ajoute le site, on affirme aujourd’hui que l’initiative française n’est pas à l’ordre du jour, que d’autres initiatives diplomatiques sont envisageables mais qu’aucune d’entre elles n’a encore été débattue sur un plan pratique. Le Premier ministre a vivement critiqué ceux qui réclament un arrêt de l’opération à ce stade, ajoutant toutefois : « Si les conditions changent et si nous estimons qu’elles offrent une solution garantissant une meilleure situation de sécurité dans le sud du pays, nous envisagerons cette possibilité. Pour l’instant, nous n’en sommes pas là ».
Au cours de la réunion, Tsahal a fait un compte rendu des cibles touchées. Les autorités militaires estiment que 390 Palestiniens ont été tués depuis le début de l’opération dont 40 civils. Les responsables militaires ont également présenté aux ministre les précautions qui sont prises pour limiter le nombre des victimes civiles et notamment les quelques cent mille appels téléphoniques qui ont été lancés à des habitants de la bande de Gaza pour les prévenir de l’imminence de bombardements.
Commentaires :
Au quatrième jour de l’opération « plomb durci » on voit apparaître les premières fissures dans le consensus entre les différents dirigeants israéliens, écrivent Amos Harel et Avi Issacharoff dans le Haaretz. Ces désaccords au plus haut niveau concernent la question : Faut-il tenter de mettre fin à l’opération le plus rapidement possible ?
Comme lors de la deuxième guerre du Liban, en 2006, le débat porte sur les opportunités de sortie du conflit. Lors de sa réunion hier avec le Premier ministre Ehud Olmert et la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, le ministre de la Défense, Ehud Barak, a affirmé qu’Israël doit envisager une trêve de quarante-huit heure durant lesquelles on pourra vérifier si le Hamas est prêt à cesser tout tir de roquettes. Barak est d’avis qu’une telle démarche devra se faire dans le cadre d’une initiative plus large telle que la proposition du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.
Il serait bien entendu naïf de croire que seules des considérations militaires sont prises en compte, en dehors de tout calcul politique. Face à la confusion d’hier on peut commencer à tirer quelques conclusions : Il est compliqué de mener une guerre en hiver, il est préférable de ne pas lancer une opération militaire en période électorale et l’option d’un cessez-le-feu devient de plus en plus pertinente.
Pour Aluf Benn du Haaretz, les quatre conditions pour la mise en place d’une trêve dont a fait part hier Ehud Olmert montrent qu’Israël n’est pas pressé de mettre un terme à l’opération à Gaza. En effet, non seulement il est peu probable que le Hamas accepte la mise en place d’un dispositif spécial destiné à empêcher la contrebande vers la bande de Gaza, mais il sera aussi difficile de trouver des inspecteurs prêts à remplir cette mission.
De même, le cessation des hostilités à ce stade placerait Israël dans une situation de match nul face à l’Etat miniature créé par le Hamas à Gaza. Les Palestiniens ont prouvé qu’une part importante du territoire israélien est à portée des roquettes et que les lourds bombardements n’ont pas brisé leur détermination.
Par conséquent, on ne peut considérer la proposition française de trêve que comme une pause temporaire, estime le commentater. Si, comme on peut s’y attendre, le Hamas poursuit ses tirs, Israël pourra lui imputer la responsabilité de la situation et bénéficier d’un soutien plus fort pour la poursuite de l’offensive, tant sur le plan intérieur qu’international. A ce propos, il semblerait que les désaccords qui sont apparus entre les différents dirigeants israéliens sont plus le résultat d’un manque de concertation que de véritables différences sur le fond.
La communauté internationale dispose néanmoins d’un créneau étroit pour tenter d’exercer son influence et d’agir pour la mise en place d’un nouvel accord de cessez-le-feu. Pour cela elle devra convaincre le Hamas de cesser les tirs et Israël que la poursuite de l’opération militaire ne lui permettra pas d’obtenir de meilleures conditions pour un cessez-le-feu./.