
"Cher Arno Klarsfeld représentant de l’Association des Fils et Filles de Déportés juifs de France,
Cher Consul Général de France à Jerusalem M. Frédéric Desagneaux, chère Consule générale de France à Tel Aviv, Mme Colette le Baroin, Cher Consul général de France à Haïfa, M. Jean-Christian Coppin
Chers élus de l’assemblée des Français de l’étranger
Chers Robert et Valérie Spira,
Très chers compatriotes,
Chers survivants, enfants de survivants de la Shoah, ainsi que vous qui êtes liés par la famille, l’amitié, le souvenir
Merci au KKL qui nous accueille depuis maintenant 30 ans
Nous sommes, en ce jour de Yom Hashoah, réunis comme chaque année à Roglit pour nous souvenir, face à ces pierres où sont inscrits les noms des 80 000 juifs déportés de France vers les camps de la mort nazis, au sein de cette forêt où ont été plantés 80 000 arbres nous rappelant qu’ils restent vivants dans nos mémoires et que leur souvenir continue à grandir sur la terre d’Israël.
L’Europe s’est trouvée, voilà plus de soixante dix ans, plongée dans un cauchemar dont nous continuons à porter la honte et l’angoisse. Des millions d’individus ont subi dans leur chair, leur culture, leur dignité, cette incompréhensible barbarie qui se voulait un ordre nouveau. Les hommes, les femmes, les enfants furent déportés et massacrées, les intelligences brisées, les livres brûlés. Tout ce qui faisait l’honneur de l’homme fut piétiné. Et le peuple juif connut l’enfer.
Vous étiez des hommes et des femmes qui aviez porté très longtemps et très loin votre foi, vos questions sur le monde, sur Dieu, sur la nécessité de vivre ou de souffrir, sur le bonheur d’aimer. Vous ne compreniez pas, personne n’aurait pu le comprendre, pourquoi l’on vous haïssait tant, pourquoi l’on vous appelait « des unter menschen ». Vous avez été pourchassés dans toute l’Europe, humiliés, pendus, fusillés, torturés, brûlés.
La France a sa part de responsabilité dans cette barbarie : des policiers, des fonctionnaires, des hommes politiques, le Maréchal Pétain en premier lieu, et bien d’autres, comme des archives montrées récemment l’ont encore montré, ont collaboré avec zèle avec l’occupant nazi, devançant ses désirs, édictant des lois iniques. Sans leur lâcheté, leur servilité, tant de vies auraient pu être sauvées.
C’est une tache indélébile sur notre histoire.
La France aura aussi été la première avec Londres à s’opposer, trop tard il est vrai, mais la première tout de même, à l’Allemagne nazie. 250.000 soldats français, on l’oublie trop parfois, sont morts sur le champ de bataille. Trois quarts des juifs de France ont également pu être sauvés. C’est de tout les pays occupés, le pourcentage le plus élevé. Nous le devons aux Justes, ces humbles mais merveilleux héros, au travail d’associations comme l’OSE, l’organisation de secours aux enfants, et bien sûr à la Résistance.
Sans ces « porteurs de bombes, ces passeurs de messages, ces incendiaires, ces contrebandiers », ces « enfants de 20 ans au sourire de source et ces vieillards plus chenus que les ponts » que saluait Robert Desnos avant de mourir lui aussi dans le camp de Terezin, sans tous ces héros, nous honorerions aujourd’hui la mémoire de bien plus que 80.000 noms.
Ce combat contre la barbarie que les Justes, les résistants, et les Juifs eux-mêmes ont initié, il faut le poursuivre. Vous connaissez l’action déterminée du Président Sarkozy contre l’antisémitisme. Ce combat porte ses fruits, en 2010, les chiffres établis par les organisations juives montrent que les actes antisémites ont baissé de plus de 40 pour cent en France entre 2009 et 2010.
Certes, il n’y a pas de quoi petre satisfait. Un seul acte antisémite sera toujours un acte de trop, un acte inadmissible. Notre combat continue, contre les actes mais aussi contre les mots. « La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut », disait René Char : parce que les mots sont lourds de sens, notre devoir est de nous opposer aux mots qui incitent à la haine du peuple juif.
Nous restons vigilants, toujours, quand certains continuent de nier la Shoah et parlent encore de rayer Israël de la carte. La France, vous le savez, est en première ligne pour dénoncer les propos négationnistes du Président iranien, comme pour le conduire à renoncer à la bombe nucléaire.
Cette vigilance permanente, nous en puisons la force dans le terrible souvenir de l’Holocauste, dans notre engagement à ce que l’on n’oublie jamais qui étaient ces personnes et ce qu’on leur a fait. Il ne suffit pas de dire « plus jamais ça ». Il faut continuer à œuvrer contre l’oubli ou pire peut-être l’indifférence.
Serge et Beate Klarsfeld , en créant l’Association des fils et filles de Déportés de France, ont permis à des centaines d’orphelins de sortir de leur isolement, d’une souffrance qui ne portait pas alors de nom, et de se retrouver dans une communauté de destin. Ils ont donné une voix aux orphelins de la Shoah, à l’échelle nationale et aussi internationale.
A leur suite, il est de notre devoir à tous de lutter contre les tentatives d’oubli, de banalisation ou de falsification, contre tous ceux qui cherchent à gommer une vérité insoutenable.
Sa plus belle victoire sur la barbarie, le peuple juif l’obtient dans chacun des pas, chacune des respirations des enfants de survivants. Votre existence est une réponse, celle de l’humanité à ceux qui veulent la détruire. C’est cette forme de revanche du monde juif, du peuple d’Israël, force de vie, sur ceux qui l’avaient voué à la mort !
Je souhaite qu’il en soit de Roglit comme de l’oeuvre d’Albert Cohen, qui disait que si son Ode à [ses] frères humains « pouvait changer un seul haïsseur », il n’aurait pas écrit en vain. Puissent ces 80.000 arbres ne pas être seulement un témoignage du passé terrible, mais aussi un remède contre la haine, un serment pour la paix des cœurs.
Merci de votre attention"