Semaine des ambassadeurs - Discours de M. Laurent Fabius pour la clôture de la séance « La société civile au coeur de la préparation de la COP21 » (Paris, 26/08/2015)

Dans le cadre de la COP21 la condition c’est que ce soit public, non pas parce que nous avons le goût de la publicité mais parce que la « driving force » c’est la société civile. En raison de la nature profonde de l’objet de la négociation, c’est légitime et indispensable que cette négociation soit l’affaire de tous.

Dérèglement climatique - COP21 - Semaine des ambassadeurs - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21, pour la clôture de la séance « La société civile au coeur de la préparation de la COP21 » (Paris, 26/08/2015)

Tout ce que nous avons entendu au cours de cette journée sur la COP21 nous montre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Vous êtes devenus, les uns et les autres, des spécialistes mondiaux du climat et je voudrais juste remercier nos amis qui sont intervenus cet après-midi - Mme Ségolène Royal, M. Nicolas Hulot, Mme Sharan Burrow, M. Paul Polman, Mme Tasneem Essop et M. Guignard - et je pense que ce que nous avons apporté a été extrêmement utile. L’idée est toute simple, si ce sont les gouvernements qui vont voter mais la réalité, pour que nous arrivions à avoir une société décarbonée, c’est essentiellement grâce à l’action d’autres acteurs que les gouvernements.

Je voudrais faire trois remarques. Si nous avions souhaité demander à un certain nombre d’amis, qui ont bien voulu l’accepter, de la société civile de s’exprimer c’est parce que la négociation diplomatique, et je parle à des diplomates, est d’une nature particulière. D’habitude pour qu’une négociation soit réussie il faut qu’il y ait une part non négligeable de secret. Ces dernières années, j’ai négocié, avec une équipe d’ailleurs remarquable, l’accord sur le nucléaire iranien. La condition c’était que ce soit secret.

Dans le cadre de la COP21 la condition c’est que ce soit public, non pas parce que nous avons le goût de la publicité mais parce que la « driving force » c’est la société civile. En raison de la nature profonde de l’objet de la négociation, c’est légitime et indispensable que cette négociation soit l’affaire de tous. L’affaire des entreprises - et Paul en a parlé d’une façon à la fois très précise et très passionnée - et des organisations syndicales car tout ce qui est fait aura des impacts sur l’emploi et sur les conditions de travail et il y a toute une partie innovatrice et nous avons apprécié les suggestions de notre secrétaire générale, Mme Burrow. Nous ne pouvons pas réussir si on n’y inclut pas une dimension syndicale et sociétale. C’est aussi l’affaire des organisations non gouvernementales et pas seulement celles qui sont engagées dans la défense de l’environnement car elles apportent des solutions pour l’avenir, elles sont les porte-paroles des jeunes générations. Nous avons besoins de tous ceux qui se sont exprimés à cause de la nature même du sujet que nous devons faire avancer.

La deuxième remarque porte sur ce que vient dire le secrétaire général de la COP21. À partir du moment où l’on dit qu’il faut que la société civile intervienne, il faut faire en sorte que pratiquement elle puisse intervenir. C’est le cas dans la préparation de la conférence. Pour les ONG, Laurence Tubiana, qui est une négociatrice remarquable, les rencontre très souvent et je les rencontre tous les deux mois. Nous essayons aussi de travailler dans la préparation de la conférence avec les entreprises dans le cadre du « business dialogue ». Il y a eu une première session à Paris et il y aura deux prochaines sessions à New York puis au Japon. Nous travaillons aussi avec les syndicats et, notamment, il y aura une réunion internationale à la mi-septembre à Paris sur la COP21, nous travaillons avec les scientifiques qui ont fait un travail remarquable et avec les grandes autorités morales et spirituelles. Nicolas Hulot, qui s’est exprimé devant vous, les avait réunies à la fin du mois de juillet pour un Sommet des consciences.

Nous avons la société civile dans la préparation mais aussi dans le déroulement de la conférence. Ségolène Royal a dû vous exposer qu’il y aura toute une série de manifestations associant la société civile - l’agenda pour l’action, une Journée pour l’action - en particulier le 5 décembre, même si l’action aura lieu tous les jours - et M. Guignard l’a souligné, il y aura des espaces « génération climat ». Cela coûte cher mais avoir la chance d’avoir 40.000 personnes qui sont motivées, c’est une formidable occasion de rencontres et d’échanges et il aurait été contradictoire dans les termes d’organiser une conférence sur le climat avec une nécessité de dialogue et pratiquer exactement l’inverse.

La troisième remarque c’est que partout on fait les mêmes demandes, plus ou moins techniques selon l’interlocuteur, mais la principale c’est d’avoir une ambition. Ambition ne veut pas dire que l’on parlera seulement de ce qui existera quand nous ne serons plus là. Ambition pour le court terme et vous en avez parlé, et pour les moyen et long termes, tout cela est lié. Le moyen terme est l’objectif juridique de la conférence avec un accord contraignant et il faut couvrir tous ces horizons avec l’ambition. Il y a une volonté d’engagement et cela n’est pas très facile. Nous n’en avons pas beaucoup parlé ce matin car les discussions sont très complexes, mais il faut que nous trouvions une manière pour que ce que nous allons conclure soit à la fois « legally binding » mais aussi que cela n’empêche pas un certain nombre de pays, et je pense aux États-Unis, de signer cet accord. Faire tout cela alors que les deux principaux pollueurs de la planète ne peuvent s’y joindre n’aurait pas de sens.

Il y a des choses que l’on va traiter dans la conférence et il y en a que l’on va faire cheminer. Par exemple, la question centrale du prix du carbone et nous concevons cette conférence de Paris comme un point tournant. Ce sera, à la fois, un point de départ et un point d’arrivée avec quelque chose que nous n’avons jamais obtenu qui est un accord universel. Il y a aussi une demande d’équité et de justice qui est présente et nous faisons attention à ce point. Si on dit que cette conférence permettra d’avoir des lendemains magnifiques - il y aura des énergies renouvelables à disposition, etc. - comment les gouvernants des pays émergents qui doivent, en premier lieu, nourrir leur population, pourront résoudre le problème des subventions aux énergies fossiles qui leurs coûtent très cher. Si on supprime ces subventions il y a risque éventuel de troubles dans le pays et il faut leur proposer des solutions.

Il y a cet ensemble, que l’on appelle l’équité, à obtenir pour que chacun y trouve sa part et que ce ne soit pas l’égoïsme qui prenne le pas.

Dernier point sur le sujet des chefs d’État et de gouvernement. Il est tout à fait normal de les inviter et ils viendront car c’est une conférence importante et la question du timing se posait. On a éliminé de les inviter à la fin de la conférence pour deux raisons : leur venue serait conditionnée au succès de la conférence et on ne veut pas répéter l’échec de Copenhague où l’on a attendu les chefs d’État pour dénouer les problèmes. Ils vont venir le premier jour et ensuite laisser la place aux travaux de ministres et des négociateurs. Il est très important que les chefs d’État et de gouvernement viennent le premier jour pour donner une impulsion politique./.

Dernière modification, le 08/03/2016

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