- Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius avec « France Inter »

Q - Une question sur la Syrie. La conférence de Genève II est toujours prévue le 22 janvier ?

R - Exact.

Q - Que veut la France ?

R - La France veut, à long terme, avoir une Syrie démocratique libre qui reconnaisse la diversité des communautés, voilà notre objectif. À court terme, très court terme, ces jours-ci, nous voulons une amélioration de la situation humanitaire qui est épouvantable. On en parle moins parce qu’l y a d’autres conflits dans le monde mais la situation est effrayante. Entre les deux, nous voulons qu’à Genève, conformément au mandat de Genève I, on puisse bâtir un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs et qui prépare les élections.

C’est très compliqué ! M. Bachar Al-Assad dit qu’il va envoyer des représentants, mais envoyer des représentants pour discuter de la façon dont il va se priver de son propre pouvoir, c’est quand même assez énigmatique. L’opposition modérée, que nous soutenons, dit quant à elle : on veut bien aller à Genève mais à condition que cela ne débouche pas sur le maintien de M. Bachar Al-Assad.

Donc, l’objectif à moyen et à long terme, c’est une Syrie démocratique unie, libre, respectant les communautés. À court terme, l’objectif, c’est une amélioration humanitaire. Entre les deux, il y a la conférence de Genève qui se présente je dois le dire - ce n’est pas une surprise - dans des conditions quand même très difficiles.

Je crois qu’elle aura lieu mais il ne faut pas simplement que ce soit une conversation. Il faut qu’elle débouche mais, pour les raisons que je vous ai exposées, il est très difficile d’imaginer un débouché positif rapide.

Q - Vous voyez une transition avec ou sans Bachar Al-Assad ? Deuxième question : est-ce que la France serait aujourd’hui favorable « comme l’Iran », à des arrangements constitutionnels en Syrie qui garantiraient, quels que soient les résultats des différentes élections, un pouvoir et une sécurité surtout à chacune des communautés constituant la Syrie ?

R - L’Iran, vous savez, a une grande différence avec nous car nous nous n’avons pas de troupes en Syrie. Quand vous voyez le rôle du Hezbollah et le rôle des commandants Iraniens en Syrie c’est quand même l’un des éléments - avec les Russes - qui alimente le conflit.

Q - Justement, l’opposition syrienne craint que l’allégement des sanctions pour l’Iran n’aille renforcer le flux financier les combattants soutenus par l’Iran par la Syrie, le Hezbollah.

R - C’est pourquoi la Coalition nationale - dont j’ai reçu le Premier ministre récemment - dit : « nous souhaitons un accord mais nous souhaitons que dans cet accord l’Iran retire directement et indirectement ses troupes ». Cela me paraît légitime.

Q - Une transition avec ou sans Bachar Al-Assad et, deuxièmement, les arrangements constitutionnels…

R - Personne ne peut imaginer qu’après 125.000 morts et dans la situation désastreuse où est la Syrie - dont M. Bachar Al-Assad est le principal responsable - la conséquence soit de reconduire M. Bachar Al-Assad.

Q - Oui, mais, lui, il l’imagine.

R - Contrairement à ce qu’il peut penser, il n’est pas le seul maître de la Syrie ; c’est le peuple syrien qui en définitive doit décider. Il s’agit donc de respecter les termes de Genève I et le mandat de Genève II par un accord entre certains éléments du régime - pas Bachar Al-Assad - et l’opposition modérée, de bâtir un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs. Je me tiens à ces termes ! Dans la lettre d’invitation qui devrait être envoyée par le Secrétaire général des Nations unies aux différents participants, ces termes, je le pense, seront repris et le fait d’accepter de venir signifiera qu’on est d’accord avec ce mandat.

(…)

Q - Est-ce qu’il faudrait ou pas garantir des droits particuliers, spécifiques, à chacune des communautés…

R - Un petit peu à la libanaise ! En tout cas, il faut que chaque communauté, les alaouites, les druzes, les kurdes, les chrétiens, etc., voient son existence et ses droits reconnus et préservés, c’est un élément-clé en Syrie.

Q - Et est-ce que vous voyez l’Iran accepter les conditions de la convocation à cette conférence ?

R - J’en ai discuté avec les responsables Iraniens. Ils disent d’une part que c’est aux Syriens de décider. Concrètement, ils soutiennent, et même très activement, soit directement, soit indirectement par le Hezbollah, le régime de M. Bachar. Je pense donc qu’ils doivent respecter le premier aspect et être moins présents directement en Syrie qu’ils ne le sont. (…)./.

Dernière modification, le 10/12/2013

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