Syrie - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, au Sénat (Paris, 08/01/2014)

Je vous ai apporté la lettre que nous a adressée M. Ban Ki-moon pour nous inviter à participer à la conférence de Genève II. Il y insiste notamment sur le communiqué publié après Genève I, qui détaille les objectifs à poursuivre : une « transition conduite par les Syriens », « un accord sur une autorité transitoire dotée des pleins pouvoirs exécutifs formée sur la base d’un consentement mutuel », « le respect des droits de l’Homme », des forces de sécurité et des institutions « placées sous une direction qui inspire confiance à la population sous le contrôle de l’autorité transitoire ». M. Ban Ki-moon ajoute que la participation d’un pays vaut adhésion à ces objectifs. Genève II qui, je l’espère, aura lieu, vise à mettre fin aux massacres et à créer les conditions de la transition.

L’Iran pour le moment rejette ces objectifs qu’il qualifie de « conditions ». Oui ce pays importe, Madame Durrieu, mais encore faut-il qu’il adhère aux objectifs de la conférence. Si Bachar el-Assad envoie des représentants à Genève, c’est qu’il accepte que ses pouvoirs soient transmis à un gouvernement transitoire. Quant à l’opposition modérée, celle que nous soutenons, elle est divisée et fait face à beaucoup de difficultés ; si elle vient à Genève, c’est qu’elle aura accepté les objectifs dont j’ai parlé.

La France n’est ni l’Europe à elle seule, ni le conseil de sécurité des Nations unies à elle seule. Un de mes premiers actes, en arrivant au Quai d’Orsay, a été de réunir les amis de la Syrie. C’était une époque où il n’y avait pas l’Iran en Syrie, pas le Hezbollah, pas de terroristes, M. Bachar Al-Assad était sur le fil. Il aurait fallu pousser un peu... Mais il y avait les élections aux États-Unis, les pays arabes étaient divisés... L’affaire a été gelée jusqu’en février 2013. La position de la France n’a pas changé. Il existe une alliance objective entre Bachar Al-Assad et les terroristes, dont un groupe a pris le contrôle de puits de pétrole ; à qui croyez-vous qu’ils vendent leur pétrole ? Au régime... Le problème s’enkyste, a des excroissances au Liban, en Jordanie, en Irak, avec des conséquences redoutables.

Deux extrémismes, en somme, se renvoyant la faute l’un l’autre. Les Russes disent qu’ils ne veulent pas du chaos ; mais le chaos, c’est aujourd’hui. Nous risquons, demain, une partition de la Syrie et la propagation des terrorismes, au Caucase et ailleurs.

L’opinion publique trouve tout cela bien ennuyeux... On entend dire que l’Afrique, que la Syrie sont loin. Non, elles sont tout près ! Une puissance globale comme la France ne peut détourner le regard. Bref, ayons une vision globale. (…)./.

Dernière modification, le 10/01/2014

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