Syrie - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, à l’Institut du Monde Arabe

Nous qui souhaitons une Syrie unie, démocratique, laïque et qui respecte toutes les minorités, nous soutenons ceux qui partagent ces principes et nous pensons que l’opposition modérée, malgré toutes les difficultés et les divisions parmi ceux qui les soutiennent, représente la solution politique indispensable pour régler ce conflit.

Syrie - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, à l’Institut du Monde Arabe (Paris, 19/03/2014)

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Parmi les échecs, figure la tragédie syrienne, qui est entrée dans sa quatrième année. Faisons preuve de lucidité : il n’y a pas d’autre solution que politique puisque que ce conflit est devenu international. Ceux qui se battent du côté de Bachar al-Assad sont des Syriens mais il y a aussi beaucoup d’Iraniens et d’Irakiens avec des armements russes, c’est la vérité.

La conférence de Genève II, convoquée pour trouver une solution diplomatique, n’a pas permis d’avancer suffisamment. Je souligne à quel point l’opposition modérée, que nous soutenons, a été tout à fait responsable dans ses prises de position. Nous la soutenons car nous considérons que M. Bachar al-Assad ne peut incarner l’avenir de son peuple. Il cherche, parait-il, à se faire réélire, ce qui serait une mascarade tragique .

Mais il n’est pas question non plus de soutenir les terroristes. D’un point de vue politique et pratique, le régime et les groupes terroristes, qui se présentent comme hostiles l’un à l’autre, forment le recto et le verso d’une même médaille.

Nous qui souhaitons une Syrie unie, démocratique, laïque et qui respecte toutes les minorités, nous soutenons ceux qui partagent ces principes et nous pensons que l’opposition modérée, malgré toutes les difficultés et les divisions parmi ceux qui les soutiennent, représente la solution politique indispensable pour régler ce conflit. Comme il n’est pas question de faire l’impasse sur la communauté alaouite, il faut trouver un accord entre l’opposition modérée et certains éléments du régime.

C’est l’espoir que nous avons mis dans Genève II mais, pour le moment, cet espoir est déçu. On a dit que la France avait tort car elle avait soutenu l’opposition modérée depuis plusieurs années et qu’elle n’avait pas gagné. Mais il s’agit d’une cause qui continue d’être juste. Si on avait davantage écouté la France et quelques autres, dont des pays arabes, au moment où nous avons pris position, à l’époque il n’y avait ni Iraniens, ni armements russes en quantité, ni terroristes en Syrie. Et tout le monde disait qu’il suffisait d’un mouvement pour que le régime perde sa force. Mais c’était la période des élections américaines et il avait des divisions dans le monde arabe. Cette idée, possible à l’époque, est devenue beaucoup plus complexe aujourd’hui.
Pour la Syrie, c’est un drame effrayant, mais c’est aussi très difficile pour les pays voisins comme la Jordanie, avec des centaines de milliers de réfugiés, l’Irak dont on parle peu et le Liban. Il y a une lueur d’espoir pour nos frères libanais avec un gouvernement qui a été constitué. Cela signifie qu’un certain nombre de puissances qui se penchent, parfois trop fortement, sur le Liban, ont signé un bon de sortie. Dans ce pays, que nous aimons tous, les réfugiés syriens représentent un quart de sa population. Et nous espérons que le Liban aille de l’avant, et c’est le sens de la réunion qui a eu lieu à Paris il y a quelques jours.

Pour la Syrie nous cherchons une lueur d’espoir et il n’est pas certain que les derniers évènements russo-ukrainiens favorisent une ouverture de la part du régime du président Poutine.

La France se tient toujours aux côtés de ceux qui veulent la paix comme l’opposition modérée qui prône une solution de réconciliation et qui proclame qu’il n’y a pas d’autres solutions que politique./.

Dernière modification, le 21/03/2014

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