Syrie - Irak - Conférence de presse de M. Laurent Fabius

Syrie - Irak - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (New York, 22/09/2014)
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Q - La Coalition nationale syrienne a appelé aujourd’hui, a formulé la même demande que le gouvernement irakien. C’est une coalition que vous avez reconnue, est-ce de nature à faire changer la position de la Franc
e ?

R - Nous aurons l’occasion de voir le président de la Coalition demain ou après-demain et nous discuterons avec lui. Mais vous avez entendu la position de la France définie par le président français. En Irak, cela nous a été demandé et nous assurons un soutien aérien en même temps qu’un soutien humanitaire et un soutien politique.

Nous ne pouvons pas en même temps tout faire, chacun le comprend. Depuis le début, nous avons dit que nous étions au soutien de l’opposition modérée : et cela dès juin 2012. Peut-être d’ailleurs si on nous avait écoutés à tel ou tel moment les choses eussent été différentes. Nous continuons à dire que cette opposition modérée doit être soutenue et c’est l’accent principal que met la France. Alors soutenue, cela veut dire quoi ? Soutenue politiquement, soutenue en termes de formation, le cas échéant en termes d’armements. Le président de la République avait confirmé qu’il y avait eu un certain nombre de livraisons qui avaient été opérées.

Il n’y a pas à notre sens d’empêchement juridique à ce que les attaques de Daech fassent l’objet de réactions aussi bien en Irak qu’en Syrie. Cela nous semble faire partie, dans l’analyse que nous faisons, de la possible légitime défense, au titre de l’article 51.

Nous, nous voulons nous concentrer sur l’appui, dans les termes que j’ai dits, à l’opposition modérée. Et puis il y a un autre aspect à avoir à l’esprit - qu’évidemment l’opposition modérée a à l’esprit -, c’est qu’il ne faut pas, si des attaques sont menées - elles seront certainement menées - contre Daech en Syrie, que ce soit le gouvernement de M. Bachar Al-Assad qui prenne le relais, parce que, vous m’avez déjà entendu dire cela, le choix ne peut pas être entre les terroristes et les dictateurs. Les peuples arabes, singulièrement le peuple syrien, doit avoir la possibilité d’avoir une Syrie unie qui réunisse les différentes familles ; c’est la thèse que défend l’opposition modérée. Voilà où nous en sommes. Il y aura certainement des conversations, mais c’est la position qui a été définie par la France et donc c’est celle qui sera présentée demain par le Premier ministre à l’Assemblée nationale et par mon collègue Le Drian au Sénat.

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Q - Sur Daech, vous venez de dire qu’à votre avis il n’y avait pas d’empêchement juridique pour des actions contre Daech en Syrie et en Irak. Est-ce que cela veut dire que la France peut soutenir des frappes aériennes en Syrie sans accord du Conseil de sécurité, notamment pour contourner l’obstacle russe ? Et est-ce que cela veut dire que la France pourrait éventuellement participer à des éventuelles frappes en Syrie ?

R - Sur la première question, nous verrons si la question est soulevée mais nos analystes juridiques nous disent qu’il n’y a pas d’empêchement.

Q - Pouvez-vous nous expliquer, surtout au public arabe, quelle serait la particularité française dans cette participation au-delà de la Coalition ? Qu’est-ce qui fait que la France était partante dès le départ, bien avant d’autres pays arabes qui devraient probablement prendre le devant ?

R - La France est l’amie de toute cette région. Quand on me demande ce qui définit la position de la politique étrangère de la France, je dis toujours qu’il y a quatre grands principes, et nous essayons avec le président de la République, à chaque fois, d’inscrire des décisions ponctuelles par rapport à ces grands principes. Le premier de ces grands principes est la paix et la sécurité. La France travaille pour la paix et la sécurité. Évidemment la question est posée au Proche et Moyen-Orient qui est une région qui souvent est en effervescence. Or, nous estimons que le mouvement terroriste Daech en Irak est une grave menace pour la paix et la sécurité de la région et au-delà.

De la même façon, nous avons estimé dès le début que ce que faisait M. Bachar Al-Assad en Syrie était une grave menace pour la paix et la sécurité. N’oublions jamais, parce nous avons tous la mémoire courte, aujourd’hui en Syrie, il y eu près de 200.000 morts. À l’origine de tout cela, il y a une révolte pacifique avec quelques jeunes, cette révolte a été réprimée d’une manière telle que là, au bout de 2 - 3 ans, le bilan est de : 200.000 morts ; la Syrie a volé en morceaux ; le nombre des déplacés et le nombre des réfugiés sont en constante augmentation, des exactions et l’utilisation des armements chimiques contrairement à tous les engagements internationaux s’y déroulent.

Nous considérons donc qu’il aurait été beaucoup plus sage de prendre des mesures dès le début contre le régime syrien et de suivre cette ligne. Cela n’a pas pu être fait pour différents motifs. Aujourd’hui nous continuons à considérer que l’intérêt de la paix et de la sécurité est de lutter contre les mouvements terroristes, Daech bien sûr, mais aussi contre ceux qui ont aidé les mouvements terroristes. Quand vous reprenez la genèse de tout cela, M. Bachar Al-Assad a libéré des terroristes des prisons qui ensuite sont devenus pour une part Daech. En outre, il faut couper les finances de ces mouvements. Daech contrôle maintenant des puits de pétrole à production importante. Ces puits de pétrole existent physiquement, il existe des camions qui transportent ce pétrole, il y a des gens qui l’achètent. On dit même, puisque ce que vous faisiez allusion à M. Bachar Al-Assad, que le régime syrien à acheter, voir même continue d’acheter un certain nombre de ces productions. C’est contre tout cela qu’il faut s’élever.

La spécificité de la France, qu’on voudrait contagieuse dans le bon sens du terme, est de travailler dans l’intérêt de la paix et de la sécurité des peuples arabes et de ne jamais confondre les musulmans avec les terroristes. C’est un abus de langage, c’est la raison pour laquelle on m’a parfois un peu brocardé mais je continue à dire que je ne suis pas d’accord pour appeler ce mouvement qui se nomme lui-même État islamiste. Il est en effet étrange de faire le crédit à son ennemi d’accepter le nom qu’il se donne. Ce n’est pas un État, il voudrait être un État mais il n’a absolument pas la légitimité d’un État. Il n’est pas représentatif des musulmans. (…)./.

Dernière modification, le 24/09/2014

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