Entre 20 et 30 % des femmes qui subissent une fécondation in vitro (FIV) souffrent de dépression. De nombreux praticiens estiment que le traitement hormonal impliqué dans les procédures de FIV en est le principale responsable. Mais les nouvelles recherches de l’Université de Tel-Aviv montrent que, si cela est vrai, d’autres facteurs sont encore plus influents.
Selon le Dr. Miki Bloch de la Faculté de médecine de TAU et du Sourasky Medical Center de Tel-Aviv, le stress, la dépression pré-existantes, et l’anxiété ont plus d’impact que l’hormonothérapie sur le niveaux de dépression au moment de la FIV. Ensemble, ces facteurs peuvent également influer sur les taux de succès des FIV - si la dépression est très importante.
Récemment publiée dans Journal of Fertility and Sterility, les recherches du Dr. Bloch précisent la participation des différents états hormonaux comme des déclencheurs de la dépression lors d’une FIV, à la fois pour les protocoles à long terme et à court terme.

Les protocoles à long et court termes
Dans le protocole de FIV à long terme, explique le Dr Bloch, les femmes reçoivent des injections qui bloquent l’ovulation, ce qui entraîne une forte baisse des taux d’œstrogènes et de progestérone. Cet état persiste pendant une période de deux semaines avant que la patiente ait des injections d’hormones pour stimuler l’ovulation, jusqu’au prélèvement des œufs afin de les féconder puis de les réimplanter dans l’utérus. Le protocole FIV à court terme ne comprend pas la période initiale de deux semaines de l’induction d’un état hormonal faible.
Certains gynécologues estiment que la dépression est plus probable quand une femme subit une thérapie de longue durée FIV à cause de ces deux premières semaines de répression hormonale. Mais les recherches du Dr. Bloch ont démontré que la différence entre les deux procédures est négligeable - les taux de dépression et d’anxiété pour les femmes qui subissent le protocole long et ceux qui subissent le court sont exactement les mêmes.
Dr. Bloch et ses collègues chercheurs ont mené une étude d’assignation aléatoire, dans laquelle 108 femmes qui sont venus au Centre médical Sourasky de FIV ont été assignés au protocole à long terme, soit au protocole à court terme. Elles ont reçu des questionnaires et des entrevues au début de la thérapie et à quatre autres moments au cours de la FIV.
Les résultats, dit le docteur Bloch, montrent toujours une augmentation des taux de dépression chez les patientes des deux groupes, quel que soit le protocole qu’elles ont subi. Les deux premières semaines de la répression hormonal, explique-t-il, n’ont donc aucun impact si une femme fait l’expérience de dépression lors d’une FIV. "Une fois que l’ovulation débute, son taux d’œstrogènes monte à des niveaux élevés. Puis, après la réimplantation de l’ovule dans l’utérus, il y a une chute abrupte des niveaux hormonaux, a-t-il expliqué. Cette importante chute d’œstrogène, est une caractéristique de ces deux protocoles, et est responsable de l’état émotionnel de la patiente.
Prévenir le stress chez les femmes réceptives
Quelle que soit l’effet spécifique des hormones, au cours de leur étude le Dr Bloch et ses collègues ont découvert que le stress et l’anxiété pendant le traitement ont un impact significatif sur les taux de dépression des patients. Par rapport à une population « normale », les femmes qui subissent une FIV ont des niveaux très élevés d’anxiété et de dépression avant même le début du traitement. Pendant l’avancée du protocole, explique le Dr Bloch, les femmes subissent une augmentation de l’anxiété au sujet de la réussite de l’implantation.
Les femmes qui ont des antécédents de troubles d’anxiété ou de dépression avant le traitement de FIV sont encore plus sensibles, dit-il. Cela est probablement dû au fait que ces femmes sont émotionnellement plus vulnérables aux conséquences de la procédure de FIV, plutôt qu’à l’augmentation des niveaux hormonaux, dit le Dr Bloch.
Choisir le bon protocole
Quand il s’agit de taux de dépression, le type de protocole que la patiente subit, que ce soit à court terme ou à long terme, n’a pas d’impact, conclut le Dr Bloch. La combinaison du stress entourant le traitement, les antécédents personnels de troubles psychiatriques, et une forte baisse des taux d’œstrogènes sont les principaux facteurs contribuant à la dépression pendant le traitement FIV. Bien que les médecins doivent considérer les besoins individuels des patientes au moment de choisir un protocole de FIV, le présent rapport suggère que le type de protocole n’est pas en soi un facteur important dans l’induction de la dépression.
D’après Annelyse Thévenin, VI Chercheur