Vœux au corps diplomatique de Laurent Fabius (Paris, 29 janvier 2016)

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mes Chers Collègues du gouvernement,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Marie-France et moi-même nous sommes très heureux de vous recevoir dans cette maison, qui est aussi la vôtre, afin de vous présenter nos vœux chaleureux pour 2016, des vœux de santé, de succès dans votre tâche et de bonheur personnel.

Un mot d’abord sur l’heureuse nouvelle que nous avons apprise il y a une heure. Notre ambassadeur au Burundi m’a fait part de la libération de notre compatriote, le journaliste Jean-Philippe Rémy - que beaucoup d’entre vous, j’en suis sûr, connaissent - et de son collègue britannique Phil Moore. J’avais appelé ce matin à leur libération immédiate. Je me réjouis de ce dénouement rapide. Je rappelle l’attachement de la France à la liberté de la presse, au Burundi comme partout.
Chers Amis, nous étions réunis tous ensemble à la fin du mois d’août lors du « déjeuner des Ambassadeurs » à La Celle-Saint-Cloud. Il faisait beau. De grands chefs français avaient cuisiné pour nous. J’espère que vous n’en conservez pas un mauvais souvenir. J’observe en tout cas qu’aucun retour anticipé dans vos pays d’origine ne m’a été signalé à la suite de cet événement…

La tradition française est que nos cérémonies de vœux soient l’occasion, avant de nous projeter dans l’année qui s’ouvre, de dresser un rapide bilan de celle qui s’en va.
2015 a été, comme on dit en langage diplomatique, « une année particulièrement contrastée ». D’un côté, une année dramatique pour la sécurité et pour la paix, avec un déferlement de violences. Je pense aux crises qui se sont déclenchées ou poursuivies l’an dernier, avec leur cortège de victimes. Je pense aux attentats qui ont frappé la France par deux fois, en janvier puis en novembre. Ces attaques ont bouleversé notre pays : vous avez vu et vécu tout cela de l’intérieur, vous avez partagé notre peine, vous en avez rendu compte à vos capitales.

Ces attentats ont marqué le monde entier et nous garderons tous en mémoire la marche du 11 janvier, ce rassemblement de dirigeants venus de toute la planète dire à Paris leur solidarité avec mon pays. Nous n’oublierons pas non plus l’élan exceptionnel de solidarité internationale après les attentats du 13 novembre. Dans beaucoup de vos pays, des rassemblements populaires spontanés, des Marseillaises entonnées - même par ceux qui ne parlent pas français -, des monuments emblématiques illuminés aux couleurs du drapeau français, de nombreux chefs d’État et de gouvernement venant dans nos ambassades pour exprimer personnellement leurs condoléances - beaucoup d’entre vous sont venus signer notre registre de solidarité ici même au Quai d’Orsay. Nos compatriotes à l’étranger, dont s’occupe avec compétence Matthias Fekl, ont été eux aussi très émus par cette solidarité. L’ensemble du peuple français a été extrêmement sensible à ces témoignages. Je vous exprime, à nouveau, la gratitude de la France.

Nous n’avons pas été - et de loin - les seuls frappés par le terrorisme en 2015 : Copenhague, Karachi, le Bardo, Sousse, Tunis, l’Université de Garissa au Kenya, Ankara, le crash d’un avion russe dans le Sinaï, l’attaque d’un hôtel à Bamako, l’attentat déjoué du Thalys, les attentats-suicides de Boko Haram - la liste est plus longue encore… Beaucoup de vos pays ont payé un très lourd tribut - et ce début d’année 2016 continue malheureusement d’être placé sous le signe du terrorisme, à Istanbul, Tel Aviv, Jakarta, Ouagadougou, en Somalie et dans d’autres régions. La menace terroriste est mondiale, par conséquent la réponse efficace doit l’être aussi : chacun de nos pays a un rôle à jouer.

Dramatique, 2015 a aussi été, d’un autre côté, une année d’espoirs, avec deux grandes avancées diplomatiques qui, l’une et l’autre, ont servi la paix. L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien opportunément signé le 14 juillet éloigne le risque de prolifération nucléaire au Proche et au Moyen-Orient, il restera l’une des contributions les plus notables de ces dernières années à la recherche d’un monde plus sûr. L’accord de Paris du 12 décembre sur le climat enclenche, lui, une dynamique irréversible vers le développement bas carbone, mais il permettra aussi de limiter puissamment les risques de conflits liés au dérèglement climatique - j’y reviendrai.
Alors que la communauté internationale butait sur ces deux sujets majeurs depuis de longues années, les succès obtenus en 2015, auxquels la diplomatie française a été étroitement associée, ont montré que les efforts des diplomates peuvent être efficaces, et que le multilatéralisme peut, sous certaines conditions, parvenir à des résultats excellents. La COP21, en particulier, a prouvé que, sur de grands enjeux universels, nous étions capables d’adopter des méthodes « inclusives », permettant à chaque pays d’être non seulement écouté mais entendu. Si nous avons obtenu à Paris ce succès réellement historique contre le réchauffement climatique et pour le développement durable, c’est aussi grâce à votre engagement. Je vous remercie donc et, à travers vous, vos pays pour leur contribution très positive sans laquelle, par définition cet accord universel eut été impossible

***

2016 s’ouvre dans un contexte mondial difficile. La semaine dernière, en vous recevant, le président de la République a évoqué les principaux chantiers internationaux qui nous attendent, et les priorités de la diplomatie française. Nos quatre priorités n’ont pas changé : la sécurité et la paix, la planète, la relance de l’Europe, et le rayonnement de la France. Je ne vais pas revenir sur chacune d’elle. Je me limiterai à trois « coups de projecteur ».

Le premier sur le climat. La présidence française de la COP21 n’a pas pris fin avec l’accord du 12 décembre 2015 : elle s’étendra jusqu’à la COP22 de novembre 2016, à Marrakech, lors de laquelle nous passerons le relais à nos amis marocains. Cette année doit être ce que j’appelle l’année des « 4 P ».

P comme processus de signature et de ratification. C’est en effet le 22 avril prochain à New York, aux Nations unies qu’aura lieu, l’ouverture de l’accord à la signature. Le président français et la ministre de l’écologie, qui sont pleinement engagés, seront présents, et moi-même président de la COP21. Il est souhaitable que le plus grand nombre possible de pays signent l’accord dès cette date, si possible au niveau des chefs d’État et de gouvernement, puis qu’ils le ratifient dans les meilleurs délais. Je compte aussi sur vous dans ce travail de mobilisation.

P comme précisions concernant les 29 articles de l’accord de Paris et les 140 paragraphes de la décision qui lui est jointe. Tel sera l’objet, en mai, à Bonn, de la première réunion du groupe chargé de préparer les décisions d’application de l’accord et de la décision. À Paris en décembre 2015, nous sommes parvenus à un compromis ambitieux : cet esprit devra perdurer lorsqu’il s’agira en 2016 de traduire les principes et les objectifs en actes.

Le troisième P, c’est la préparation de la COP22 de Marrakech. Nous entendons travailler avec nos amis marocains dans le même esprit constructif qui a marqué notre collaboration avec la présidence péruvienne de la COP20 - j’en profite pour saluer les ambassadeurs de ces deux pays amis.

Le dernier P renvoie à la période pré-2020. Au-delà de la mise en œuvre de l’accord de Paris, dont l’entrée en vigueur est prévue en 2020, un suivi sera nécessaire concernant l’action avant 2020 et ce qu’on appelle le « Plan d’Action Lima-Paris », qui rassemble les initiatives des États et des acteurs non gouvernementaux. La décision a été inscrite dans le document écrit de la Conférence de Paris. Il est demandé à chaque président successif de COP de nommer ce que dans les textes on appelle un « champion ». Cette personnalité de haut niveau sera chargée d’assurer un suivi des engagements pris, d’en susciter de nouveaux, d’encourager les acteurs économiques à se fixer des objectifs de long terme, par entreprise et par secteur, d’associer les ONG à ce travail, enfin d’informer les décideurs politiques. Il me revient de désigner le premier de ces champions - pour un mandat prenant fin en novembre prochain 2016. J’ai choisi une personnalité qui a joué un rôle efficace et apprécié dans le succès de la Conférence de Paris, et qui dispose de l’expertise, des contacts et de la légitimité nécessaires. C’est votre collègue, l’ambassadrice Laurence Tubiana. Nous lui faisons pleine confiance.

J’ajouterai une remarque majeure : toutes ces décisions et ces actions dans le cadre de la COP21 sont importantes d’abord bien sûr pour le climat lui-même ; elles le sont aussi pour l’environnement au sens large, pour la santé publique, pour la sécurité alimentaire, pour le développement, et finalement - c’est un point sur lequel je veux insister - elles seront décisives pour la sécurité et pour la paix. Car un dérèglement climatique incontrôlé conduirait à des conflits généralisés. Raréfaction de la nourriture et de l’eau, risques de migrations massives des populations provoqués par les conséquences du réchauffement, menaces de conflits liés à la maîtrise des ressources fossiles : toutes ces inquiétudes, beaucoup de vos pays y sont déjà confrontés. En agissant contre le dérèglement climatique, en orientant le monde vers les énergies renouvelables et décarbonées, l’accord de Paris fait donc œuvre de paix pour les générations actuelles et futures.

Quelques mots, en second lieu, au sujet de l’Europe, confrontée à des défis majeurs : afflux massif de réfugiés, menace terroriste, croissance économique faible et forces centrifuges - pour ne citer que ces défis-là. 2016 sera une année critique pour l’Union européenne, dont Harlem Désir suit avec talent les actions. La question dominante, outre l’économie, est devenue celle de la sécurité, extérieure et intérieure, alors même que l’Europe n’a pas été construite avec cet objectif central. Nous devrons donc, tout en restant fidèles aux principes qui fondent notre Union, apporter des réponses fortes et rapides à ces défis, en particulier celui de la sécurité.

Un premier aspect concerne tout le continent : c’est l’afflux d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient les atrocités de la guerre. Notre réponse doit être : solidarité vis-à-vis des réfugiés et des pays européens qui ont fourni un effort considérable pour leur accueil ; responsabilité dans la mise en œuvre des décisions prises - et des décisions qui restent à prendre. Cela implique que la répartition des réfugiés décidée à 28 soit effectivement mise en œuvre par chaque État membre. Cela signifie aussi que le contrôle des frontières extérieures de l’Union doit être renforcé - notamment à travers Frontex -, afin de procéder aux vérifications indispensables de sécurité et de refouler les individus potentiellement dangereux. Et cela, très rapidement. Le ministre de l’intérieur est à juste titre très actif en ce sens.

Au-delà, l’Union européenne et tous les États membres devront continuer d’apporter leur soutien aux pays qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés - je pense notamment au Liban, à la Jordanie, à la Turquie. Je participerai à la Conférence de Londres le 4 février prochain, afin d’exposer la contribution de la France pour le soutien aux réfugiés syriens. L’Union européenne et la Turquie doivent travailler à mettre en œuvre le plan d’action conclu en décembre 2015.

Un autre défi, qui concerne là encore l’Europe entière, c’est - toujours dans le domaine de la sécurité - la lutte contre le terrorisme. Des décisions importantes ont été prises en 2015 pour répondre à l’urgence. Leur application est également très urgente. Les avancées nécessaires sont connues : mise en œuvre d’un PNR européen, lutte contre le financement du terrorisme, meilleur contrôle des faux documents de voyage, interconnexion des bases de données pour détecter les terroristes. L’effectivité de ces décisions doit permettre d’achever la constitution d’un véritable « espace européen de sécurité ». Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, la France a invoqué l’article 42-7 du Traité sur l’Union européenne. Nos partenaires européens ont répondu à cet appel et je veux, à travers vous, les remercier.

Sur ces questions prioritaires - les réfugiés et le terrorisme -, l’UE et les États membres doivent travailler de concert car il paraît évident que seule une réponse européenne forte permettra de nous montrer à la hauteur de ces enjeux. Le repli national serait, quand on y réfléchit, une impasse ; mais une action européenne sans un engagement fort des États serait un leurre. L’effort doit être collectif, et porter sur la mise en œuvre urgente des décisions prises au plan européen. Je l’ai dit récemment à mon collègue et ami Bert Koenders, ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, dont le pays assume ce semestre la présidence de l’Union européenne : dans la période que traverse l’Union, la réponse doit être apportée à la fois en termes de « décisions de crise » et de « mise en œuvre des décisions de crise ».
Notre horizon européen ne peut pas se limiter à la réponse aux crises. 2016 doit aussi être consacrée à la construction de l’avenir de l’Union. L’une des questions majeures concerne la place du Royaume-Uni en Europe, avec la perspective du référendum. Le président de la République, le Premier ministre, moi-même, nous nous sommes exprimés sur le sujet. La France souhaite qu’un accord soit trouvé sur les demandes présentées par le Premier ministre Cameron - un accord qui respecte nos principes fondamentaux. Des discussions sont en cours, elles déboucheront, espérons-le, au Conseil européen de février. Notre ligne en tous cas est claire : oui aux réformes nécessaires de l’Union européenne, mais pas à son démantèlement.

Faire le maximum pour construire l’Europe de la croissance et de l’emploi, cela impliquera de mettre en œuvre rapidement les programmes du plan Juncker. Cela impliquera aussi des politiques européennes ambitieuses au service de la transition énergétique - avec la mise en œuvre européenne de l’accord de Paris et la réalisation de « l’Union de l’énergie » - ainsi qu’une véritable politique européenne du numérique.
Mais la priorité principale de notre diplomatie - c’est mon dernier coup de projecteur - ce sera notre engagement en faveur de la sécurité internationale et de la paix, sans lesquelles rien ne serait durablement possible. J’insiste sur cet aspect parce que là est notre priorité « transversale », parfois obscurcie par la violence qui existe partout dans le monde et par le fait que nous sommes amenés à nous protéger et à agir, y compris parfois par la force, mais toujours dans le respect du droit. Oui, notre engagement en faveur de la sécurité et de la paix est prioritaire. Est-il besoin de rappeler que, pour nous, la recherche de la paix n’est évidemment pas la naïveté.
La lutte contre le terrorisme, en particulier contre le groupe Daech, continuera donc d’être au cœur de notre action diplomatique et militaire. Dans ce combat, long, difficile, une mobilisation globale est la condition du succès. Nous la devons à nos concitoyens, qui vivent désormais avec cette menace et attendent de leur gouvernement - c’est notre choix - décisions et fermeté.

Cette lutte contre le terrorisme passe notamment par une action déterminée en Afrique. La France, en la personne du chef de l’État, a pris, prend et prendra ses responsabilités. Au Mali, chacun se rappelle que nous sommes intervenus il y a trois ans, en janvier 2013, afin précisément d’empêcher que ce pays ne tombe aux mains des terroristes et nous étions à une demi-journée près. Action que nous avons prolongée, sur le plan politique, par un soutien aux institutions démocratiques puis à la conclusion et à la mise en œuvre de l’accord de paix signé entre les autorités maliennes et les groupes armés non terroristes au Nord-Mali, et, sur le plan militaire, par l’opération Barkhane dans l’ensemble de la bande saharo-sahélienne. En République centrafricaine, nous sommes également intervenus efficacement en décembre 2013 pour éviter que le pays ne sombre dans la guerre civile, et nous accompagnons aujourd’hui le retour espéré à une « situation normale ». De même, dans la lutte contre Boko Haram, nous soutenons la coopération entre Nigéria, Tchad, Niger, Cameroun, Bénin, et nous plaidons pour un renforcement du soutien international aux pays touchés et à la force africaine qui se met en place. L’enjeu est que les Africains puissent se doter eux-mêmes des capacités leur permettant d’assurer leur sécurité.

Cette lutte contre le terrorisme passe également - toujours dans un objectif de paix et de sécurité - par la résolution de la crise syrienne. 260.000 morts, des millions de réfugiés ou de déplacés, une situation humanitaire dramatique, en particulier dans les villes assiégées : face à cette tragédie, la solution, nous le savons tous, est politique - c’est la position constante de la France. Nous souhaitons que les négociations inter-syriennes, lueur d’espoir, débutent et se déroulent effectivement, ce qui implique une amélioration urgente de la situation humanitaire - c’est-à-dire notamment la garantie d’un accès humanitaire, la fin des attaques indiscriminées contre les populations civiles, la levée effective et immédiate des sièges. La France souhaite que les discussions abordent aussi la question du gouvernement de transition. Avec un objectif clair, une transition crédible, dont M. Bachar al-Assad ne peut à notre sens évidemment pas constituer le terme. Nous soutenons les efforts de l’envoyé spécial des Nations unies, M. de Mistura.

Concernant la Libye, là aussi enjeu décisif pour la sécurité internationale, nous devons faire le maximum pour éviter que ce pays ne devienne une zone-refuge pour Daech. Le processus politique en cours doit conduire d’urgence à l’installation d’un gouvernement d’unité nationale et la communauté internationale se mobiliser plus efficacement pour appuyer les efforts du représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, M. Kobler. La France continuera d’assumer sa part. Agir pour la Libye est absolument indispensable afin de permettre non seulement la stabilité de la région, mais aussi la sécurité de l’Europe et c’est urgent.

Ces crises brûlantes ne nous font pas oublier l’interminable et tragique conflit israélo-palestinien. Il est grand temps pour la communauté internationale d’avancer - cette fois de manière décisive - vers un règlement définitif. En gardant à l’esprit ceci : la sécurité d’Israël constitue une exigence absolue, avec laquelle la France ne transigera pas ; le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité et en paix, et nous devons tout faire pour que ce droit fondamental soit garanti. Mais il n’y a pas de paix sans justice, et la situation actuelle faite aux Palestiniens, qui ne disposent pas d’un État, est fondamentalement injuste. J’avais dit devant l’Assemblée nationale en novembre 2014, au nom du gouvernement, que le règlement définitif du conflit israélo-palestinien et une paix durable au Proche-Orient ne pourraient être obtenus que par la coexistence de deux États souverains et indépendants et que, si l’impasse alors perdurait, la France reconnaîtrait l’État de Palestine. J’avais ajouté que cette reconnaissance n’était pas une faveur, un passe-droit, mais un droit. La France, je vous le confirme, n’abandonnera ni l’exigence de sécurité pour Israël, ni celle de justice pour les Palestiniens.

Depuis de nombreux mois la France a agi en ce sens - souvent trop seule. Nous n’avons cessé de promouvoir un changement de méthode, afin de sortir du face-à-face entre Israéliens et Palestiniens qui n’a pas permis la paix. En 2015, nous avons pris plusieurs initiatives pour tenter d’avancer. Je me suis moi-même rendu au Proche-Orient afin d’essayer de convaincre les parties de reprendre le chemin des négociations. Nous avons saisi le Conseil de sécurité d’un projet de résolution fixant les paramètres et un calendrier de résolution du conflit. En septembre, nous avons mobilisé, au-delà du Quartet, les acteurs arabes clés et les partenaires européens dans le cadre du Groupe international de soutien, réuni lors de l’Assemblée générale des Nations unies.
Malgré les obstacles et la difficulté immense, je veux vous dire ce soir que la France ne renonce pas. Nous constatons malheureusement que la colonisation continue, récemment le Premier ministre israélien est allé jusqu’à reprocher au Secrétaire général de l’ONU d’encourager le terrorisme au motif que celui-ci avait rappelé l’illégalité de la colonisation et demandé son arrêt. Nous ne devons pas laisser se déliter la solution des deux États. C’est notre responsabilité de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et de puissance de paix. La France engagera donc dans les semaines qui viennent des démarches afin de préparer une Conférence internationale rassemblant autour des parties leurs principaux partenaires - américain, européens, arabes, notamment - afin de préserver et de faire aboutir, si c’est possible, la solution des deux États.

Mais, me dira-t-on, cela fait si longtemps qu’on essaie, c’est vraiment très difficile, que se passera-t-il si cette tentative ultime de solution négociée se heurte à un blocage ? Et bien nous devrons être fidèles à ce que j’avais dit fin 2014 au nom du gouvernement à la tribune de l’Assemblée nationale : dans ce cas, nous devrons prendre nos responsabilités en reconnaissant l’État palestinien.

***

Je termine, Chers Amis, en soulignant que notre recherche de la sécurité et de la paix passe aussi par notre action en faveur du développement. Nous venons de lancer une réforme importante à cet égard. Sur ma proposition et celle du ministre des finances, le président de la République a décidé de rapprocher l’Agence française de développement, l’AFD, du groupe de la Caisse des dépôts. Cette réforme donnera à notre politique de développement et de solidarité internationale des moyens considérablement renforcés. La capacité d’intervention de l’AFD, à laquelle Annick Girardin est à juste titre si attachée, augmentera dans les États étrangers de 4 milliards d’euros par an d’ici 2020, dont 2 milliards pour le seul climat, et les dons augmenteront de 370 millions d’euros d’ici à 2020 par rapport à leur niveau actuel - ce qui replacera la France sur le chemin des 0,7% de notre revenu national consacré à l’aide publique au développement. Ce renforcement permettra en particulier d’amplifier notre action dans les pays en crise, notamment au Sahel, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, et de mettre davantage l’accent sur les questions de migrations et de sécurité. Car, là aussi, agir pour le développement, c’est servir la paix.

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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chers Amis,

Chers Collègues,

Tous ces sujets convergent, vous le constatez, vers un objectif prioritaire et transversal : l’exigence de sécurité et de paix. Nous continuerons d’agir en ce sens, dans le respect des valeurs et des principes qui guident notre diplomatie : l’indépendance, l’attachement au multilatéralisme, le respect du droit international, la défense des droits de l’Homme, le dialogue entre les cultures, illustré encore avant-hier par la remarquable « Nuit des Idées » lancée au Quai d’Orsay, que nous organiserons en 2016 dans plusieurs autres pays et renouvellerons l’an prochain ici. Nous continuerons de militer avec passion, Madame la Secrétaire générale de l’OIF, pour la Francophonie. Tant il est vrai que nous avons choisi de mener une diplomatie globale, stratégique, sécuritaire, économique, éducative, culturelle, scientifique, touristique, sportive, avec, dans chaque domaine, un opérateur désormais coordonné avec les autres, au service du rayonnement de la France.

Mes derniers mots seront plus personnels, pour vous remercier de la qualité de nos relations. Nos relations sont placées - je m’en réjouis et cette maison est là pour le manifester à chaque instant - sous le sceau de la confiance, d’un même attachement à la France, et j’ajouterai, au nom de Marie-France et en mon nom, de l’amitié. Vous connaissez peut-être le grand chanteur-poète disparu Jacques Brel ; ce sont ses propres mots de vœux que je vais faire miens pour conclure : « Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns ».

À tous, donc, une excellente année 2016. Beaucoup de succès et de bonheur.

Merci./.

Dernière modification, le 02/02/2016

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