XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Irak

Discours d’ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(…)

La France est en mouvement. Sur tous les fronts.

D’abord au Moyen-Orient.

Ici même, l’an dernier, j’exprimais ma conviction qu’une intervention internationale était nécessaire en Syrie. À la suite de l’utilisation par le régime des armes chimiques, il s’agissait d’empêcher de nouveaux massacres. Je vous disais que l’inaction faisait le jeu des extrémistes. Hélas, la démonstration est faite et elle est implacable !

Je regrette que la mobilisation internationale pour régler la situation en Syrie ait fait à ce point défaut, notamment au Conseil de sécurité. Nous en mesurons aujourd’hui toutes les conséquences : le régime de Bachar Al-Assad poursuit, sans aucune retenue, sa politique de répression ; les réfugiés se massent, chaque jour plus nombreux, dans les pays voisins ; et les groupes terroristes gagnent de nouvelles positions. Voilà le résultat.

Mais le danger n’a pas simplement grandi, ce qui serait déjà un péril. Il est devenu immense. Le conflit a débordé en Irak, un pays - pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas - qui était déjà soumis aux divisions, aux conflits inter-religieux et à l’instabilité. L’État islamique, en tout cas qui se prétend comme tel, s’est engouffré dans la brèche, parce que le terrorisme se nourrit toujours du chaos.

Ce groupe a conquis de larges parties du territoire irakien, en plus de ce qu’il avait déjà quasiment en possession en Syrie. Il menace aussi bien Bagdad que le Kurdistan irakien. Il s’en prend aux minorités, les chrétiens d’Irak, les Yazidis et d’autres aussi. La France a donc décidé de prendre ses responsabilités. Elle a fourni une aide pour venir en aide aux populations réfugiées, notamment au Kurdistan d’Irak. Elle a également livré des armes aux forces engagées en première ligne contre l’État islamique. Depuis, et tant mieux, d’autres pays européens nous ont rejoints, mais nous ne pouvons pas en rester là. Notre soutien doit être amplifié pour préserver l’unité de l’Irak et permettre que chaque communauté vive en paix.

C’est pourquoi j’ai lancé une initiative. Elle vise à améliorer la coordination (quand je dis « l’améliorer », c’est l’organiser) de l’action internationale contre l’État islamique, sur les plans humanitaire, sécuritaire mais aussi militaire. C’est le sens de la conférence internationale que la France propose de réunir ici même, à Paris, dès lors que le gouvernement irakien aura été constitué.

Car pour vaincre l’État islamique, pour vaincre le terrorisme, la première condition, c’est que les Irakiens eux-mêmes se rassemblent.

Pour vaincre l’État islamique, pour vaincre le terrorisme, il faut aussi que la communauté internationale prenne la dimension du danger et organise une mobilisation à cette hauteur, dans le respect du droit international.

Pour vaincre l’État islamique, chaque pays doit également s’engager à lutter contre les filières djihadistes, les filières du terrorisme international et prévenir les départs de jeunes fanatiques sur les zones de combat. Le Conseil de sécurité en sera saisi le 25 septembre prochain. Quant à la France, elle n’a pas attendu puisque nous mettons d’ores et déjà en œuvre un plan anti djihadistes. Il a été adopté en Conseil des ministres au mois de mai.

Une large alliance est nécessaire, mais je veux que les choses soient claires : Bachar Al-Assad ne peut pas être un partenaire de la lutte contre le terrorisme. C’est l’allié objectif des djihadistes. Il n’y a pas de choix possible entre deux barbaries parce qu’elles s’entretiennent mutuellement.

La France est également en soutien des pays de la région qui accueillent les réfugiés. Je pense à la Jordanie mais également à la Turquie et forcément au Liban. Aujourd’hui, le tiers de la population qui vit au Liban est d’origine syrienne, par la force des choses. Au Liban, nous sommes liés par un pacte d’amitié et nous veillons à préserver, autant qu’il est possible, l’unité de ce pays ami. Nous avons, là encore, décidé de livrer à son armée, en liaison avec l’Arabie saoudite, des moyens opérationnels. Ils lui sont indispensables pour assurer la sécurité dans une région déjà tourmentée, non pas simplement par ce qu’il se passe en Syrie et en Irak, mais aussi compte tenu de la résurgence du conflit israélo-palestinien qui a connu, ces dernières semaines, une phase dramatique. (…)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification, le 04/09/2014

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