XXIIe Conférence des Ambassadeurs

Discours d’ouverture de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 28/08/2014)

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Chers Amis,

Je veux d’abord vous remercier d’être là, les uns, les autres, vous toutes et vous tous qui faites notre diplomatie, vous dire qu’il ne faut pas mal interpréter le fait que cette réunion se tienne à l’Élysée ou, plutôt, qu’il faut bien l’interpréter : cela montre la grande proximité des liens entre cette Maison et le Quai d’Orsay.

Et puisque j’aborde cette grande proximité, chacun comprendra qu’en commençant, j’ai, comme vous, une pensée pour notre ami Paul Jean-Ortiz, qui a magnifiquement travaillé à la fois pour notre diplomatie, pour le Quai d’Orsay et pour cette Maison.

La conférence des ambassadeurs a été préparée cette année par Pierre Sellal. Je veux beaucoup le remercier à la fois pour la préparation qu’il a accomplie avec son équipe et pour le travail tout à fait remarquable qu’il a effectué comme secrétaire général de notre Maison depuis maintenant plusieurs années, et dire à son successeur, Christian Masset, que nous savons qu’il aura la même efficacité ; chacun, ici, le connaît, connaît ses grandes qualités. Et le secrétariat général, avec lui, reste en de très bonnes mains.

Sur le fond, comme ceux d’entre vous qui ont la vue la plus perçante ont pu le discerner, le thème général que j’ai choisi, c’est la « diplomatie globale ». Pourquoi ? Le propos du président de la République répondait tout à fait remarquablement à ce choix.

Globale, parce que nous sommes et nous devons être partout présents dans le monde.

Globale aussi - c’est un autre aspect - parce que je pense que le métier d’ambassadeur est en train de changer. Je n’ai pas une expérience suffisante mais je crois comprendre que l’on est passé d’un accent, qui longtemps a été mis pour des raisons complètement compréhensibles, sur la dimension stratégique, vers d’autres dimensions. C’est maintenant la diplomatie économique, la diplomatie culturelle, la diplomatie climatique - on va en parler -, la diplomatie sportive et d’autres encore.

Je pense que ce qui fait le centre et l’intérêt extrême de la mission de nos ambassadeurs maintenant, c’est que cette mission doit être globale. C’est-à-dire que, de même que la France doit jouer sur tous les instruments, toutes les colorations de la palette, de même les ambassadeurs, qui sont les patrons de notre action à l’étranger, doivent jouer de tous les éléments de la palette.

C’est pourquoi, non seulement géographiquement mais disciplinairement, maintenant, votre action et la diplomatie que nous menons ensemble doit être globale.

Les sujets de ces deux journées - et je remercie beaucoup celles et ceux qui vont y participer- découlent de cette vision. Nous allons d’abord parler économie. J’en profite pour dire une grande bienvenue à Thomas Thévenoud qui est, à mes côtés, le nouveau secrétaire d’État qui a repris le commerce extérieur, la francophonie et le tourisme. Mme Girardin aurait voulu être à nos côtés mais je l’ai réquisitionnée pour aller participer à la séance d’inauguration du président Erdogan. Et Harlem Désir est parmi nous.

Globale, donc.

Nous allons parler économie dans un instant. Ensuite, nous allons parler climat puisque cela fait partie des tâches principales que la France - donc les ambassadeurs - aura à assumer au cours de cette année. D’autres sujets viendront dans notre délibération collective soit en séance plénière, soit dans des séances plus spécialisées, mais il n’y a pas de hiérarchie.

Il y aura en particulier une session plénière très importante consacrée à la diplomatie culturelle au sens large, qu’il ne faut pas laisser de côté sous prétexte que la mode serait plutôt à l’économie.

Nous parlerons aussi - mais je laisse de côté beaucoup d’autres choses - du tourisme, puisque je crois que notre dernière séance plénière sera consacrée à ce sujet très important par lui-même et dont, maintenant, le Quai d’Orsay a la charge. Vous avez noté qu’à partir d’une évolution qui avait commencé depuis longtemps mais qui avait été affirmée au moment où je suis devenu ministre des affaires étrangères, le président de la République, le Premier ministre et moi-même, nous avons voulu amplifier cette évolution. Désormais, nous nous occupons aussi du commerce extérieur, du tourisme, et nous devons, par définition, travailler de plus en plus avec l’ensemble des ministères. C’est aussi une manière de dire que la diplomatie est globale.

Ce qui fait que, sans vouloir théoriser les choses, je pense que cette Maison, le ministère des affaires étrangères, devient de plus en plus le ministère de l’action extérieure de l’État. Je crois que c’est une évolution qui, peu à peu, finalement, touchera la plupart des pays, en tout cas les grands pays tels que le nôtre.

Voilà, je veux limiter à cela mes mots d’introduction.

Deux mots, simplement pour terminer.

D’une part, bien sûr, vous remercier, je ne cesserai de le faire, pour le travail tout à fait exceptionnel que, aussi bien à l’administration centrale que dans les postes, vous-mêmes et vos collaborateurs accomplissez. J’ai, c’est le triste privilège de l’expérience, dirigé pas mal de maisons dans l’État et j’ai coutume de dire que, vraiment, celle-ci par la qualité, la compétence et le dévouement de ses serviteurs, est certainement l’une des toutes meilleures. Je dis « l’une » parce que l’on m’a appris, en tant que diplomate, qu’il ne fallait pas se fâcher avec trop de monde. Donc, merci.

Puis, un dernier élément pour dire qu’à la fin de la cette semaine, j’aurais le plaisir de vous accueillir à La Celle Saint-Cloud, où le ministre des affaires étrangères dispose d’un château qui n’est pas désagréable. Nous finirons ensemble car je vous ai invité, tous nos ambassadeurs et leurs conjoints et tous les ambassadeurs étrangers en poste à Paris, pour un moment gastronomique. J’ai lu une phrase, qui m’a plu, de Talleyrand, qui était un homme intelligent et qui avait du jugement, qui a dit : « Le meilleur conseiller ou le meilleur atout d’un diplomate, c’était son cuisinier ». Je ne veux pas, ici, traiter de problèmes budgétaires, mais cela me semble tout à fait vrai et la gastronomie est certainement l’un des meilleurs ambassadeurs de la France. Comme il faut à la fois prêcher l’exemple et parler de sujets que l’on connaît, j’ai demandé à une vingtaine de grands chefs de venir nous faire la cuisine samedi.

Voilà ce que je voulais dire en quelques mots sans aller au fond des sujets. Le président de la République a évoqué tout cela d’une façon extrêmement éloquente et convaincante. Ce soir, le Premier ministre viendra nous parler mais plus de ce que fait le gouvernement puisque par tradition, il y a une répartition des fonctions./.

Dernière modification, le 09/09/2014

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